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Le Franc CFA, la monnaie coloniale d’Afrique francophone source de mauvaise gouvernance.

Le Franc CFA, la monnaie coloniale d’Afrique francophone source de mauvaise gouvernance.

Par  Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

Le débat fait rage sur le continent africain pour la sortie de la zone CFA (Colonies françaises d’Afrique) des 15 pays francophones sous-développés utilisant cette monnaie créée en décembre 1945. Au Congo-Brazzaville c’est le calme plat et notre brillant économiste par ailleurs Conseiller de monsieur Denis Sassou Nguesso, monsieur le Professeur Louis Bakabadio ne pipe mot sur une question qui touche pourtant à la souveraineté nationale. Il en est de même de nos autres économistes aussi talentueux qui n’osent pas éclairer la lanterne du peuple congolais.

« Louis BAKABADIO est Docteur d’Etat ès sciences économiques de l’Université Paris II Panthéon-Assas (France). Il a été Doyen de la Faculté des Sciences économiques puis Vice-Recteur de l’Université Marien NGOUABI (Brazzaville, Congo). Il a également été Professeur-visiteur à la Graduate School of Public and International Affairs (GSPIA), au  » Francophone Development Management Seminar « , de l’Université de Pittsburgh (USA). »
Ce débat doit avoir lieu au Congo-Brazzaville car il en va de notre survie en tant que nation. Le Maroc est bien sorti de la zone CFA, et son développement fait pâlir les pays francophones qui utilisent le Franc CFA. Qu’est-ce qu’a apporté le Franc CFA en termes de développement au Congo-Brazzaville après plus de 61 ans d’indépendance ? Posons-nous les bonnes questions et nous aurons les bonnes réponses.
Le sous-développement de l’Afrique francophone a été savamment pensé et orchestré par les élites françaises sous la houlette du Général de Gaulle qui avait mis en place le Franc CFA. Autant dire un boulet à la cheville des pays africains empêchant ainsi tout développement économique et social.
Le mécanisme de prédation des richesses de l’Afrique francophone mis en place consistait à gérer les devises c’est-à-dire les monnaies étrangères générées par les économies africaines par la Banque de France. C’est ce que l’on appelle le cycle Décolonisation-Néocolonisation.
Comme l’explique si bien monsieur Nicolas Agbohou, Professeur d’économie et de droit à l’université de Saint Quentin en Yvelines en France dans une vidéo à voir qui circule sur les réseaux sociaux, que « dès 1945 jusqu’à 1973, les Africains versaient 100% de leurs devises à la Banque de France ; C’était l’infantilisation. De 1973 jusqu’au 20 septembre 2005, ces États versaient 65% de leurs devises ; C’était l’émancipation. Et de 2005 jusqu’à ce jours ces républiques bananières versent 50% des recettes de leur exportation à la Banque de France, avec une monnaie le Franc CFA arrimée à l’euro et sujette à la dévaluation. C’est du vol.
Tous les pays ou unions des pays développés du monde possèdent leur propre monnaie notamment dans le G7, les USA (dollar américain : USD), le Canada (dollar canadien : CAD), le Japon (le yen japonais), le Royaume-Uni (la livre sterling : GPB), la France, l’Allemagne et l’Italie ont en commun la monnaie euro : EUR.
D’autres pays africains ont leur monnaie à savoir l’Afrique du Sud (le rand : ZAR), l’Algérie (le dinar algérien : DZD), l’Angola (le kwanza : AOA), l’Egypte (la livre égyptienne), le Maroc (dirham marocain : MAD), le Nigeria (naira nigérian : NGN), le Botswana (pula botswanais : BWP), etc. Bons nombres de ces pays africains ayant leurs propres monnaies s’en sortent mieux dans la majorité de cas que les pays africains francophone qui utilisent la monnaie coloniale qu’est le Franc CFA.
Le Franc CFA (Colonies françaises d’Afrique) porte bien son nom car bien qu’indépendants, ces pays francophones restent des colonies africaines. Tout un paradoxe.
L’ouvrage « L’Afrique noire est mal partie » de René Dumont paru en 1962, faisait explicitement référence à l’Afrique noire francophone du fait de ces mécanismes scandaleux de prédation des richesses générées par les économies de ces pays mis en place par la France. Il fallait lire entre les lignes car l’auteur français savait de quoi il parlait.
Les pays africains utilisant le Franc CFA restent sous la tutelle de la France qui place à leur tête des supers Préfets appelaient pompeusement par les Africains Président de la République. Au sortir de la guerre civile sanglante du 05 juin 1997, monsieur Denis Sassou Nguesso, putschiste, n’avait-il pas dit lors d’une interview sur une chaine d’information française « qu’il était là pour garantir les intérêts de la France au Congo-Brazzaville ». Alors qui pour garantir les intérêts des Congolaises et des Congolais au Congo-Brazzaville ? Dans un État démocratique, cette phrase aurait dû lui valoir une destitution pour haute trahison. Mais dans la classe politique, il n’eut aucune indignation d’aucune sorte. Les mots ont leur importance, et l’on se plaint que ce soit Total, le bras armé de la France, qui fasse la pluie et le beau temps au Congo-Brazzaville. L’implication de Total dans la guerre civile du 05 juin 1997 mériterait que les historiens congolais s’y plongent pour éclaircir le rôle exact de cette major compagnie pétrolière dans ce drame qu’a vécu le peuple congolais dont les méfaits se font sentir jusqu’aujourd’hui.
Il y a lieu de s’interroger du manque de volonté politique de certains dirigeants africains pour sortir de la zone CFA en vue de la création d’une monnaie commune de ces 15 pays avant d’aller vers la création d’une monnaie de l’Union africaine (UA).
Les chantres du maintien des pays africains francophones dans le giron de la zone CFA sous le prétexte fallacieux de la stabilité de la monnaie Franc CFA sont notamment le Président Ivoirien Alassane Dramane Ouattara qui viole la constitution de son pays pour briguer un troisième mandat sans que son parrain la France ne dise un mot, qui passe ses vacances et se fait soigner en France. C’est le même avec la complicité de la France qui envoya à la CPI (Cour pénale internationale) son prédécesseur le Président Laurent Gbagbo. Comme modèle, on aimerait autre chose. Si cela convient au peuple ivoirien, tant mieux. Monsieur Alassane Dramane Ouattara n’a aucun pouvoir ni mandat pour s’exprimer au nom de l’Afrique francophone, mais au nom de la Côte d’Ivoire.
La crise alimentaire qui découle actuellement de la guerre que fait la Fédération de Russie à l’Ukraine n’augure rien de bon pour les Africaines et Africains déjà sous-alimentés. Même en Europe et notamment en France les prix des denrées alimentaires et de l’énergie flambent. Mais la politique « du quoi qu’il en coûte » mise en place en France permet de soutenir le pouvoir d’achat des ménages français les plus fragiles et les plus exposés à la crise multidimensionnelle qui englobe également les conséquences de la pandémie de la COVID-19.
Que font les dirigeants congolais pour soutenir leur population ? Rien.
Les cours du pétrole et du gaz ayant flambé, les dirigeants congolais avides de cette manne inespérée se lancent dans des dépenses inutiles. Ainsi l’on voit monsieur Denis Sassou Nguesso, soi-disant Président de la République du Congo-Brazzaville devenir le Président de tous les mariages fastueux coutumier, civil et religieux de sa famille et de ses courtisans. Au Congo-Brazzaville ce sont les mariages des milles et une nuit qui s’y passent. Il en est de même des veillées mortuaires dans lesquelles l’homme aime se donner en spectacle, au lieu de donner un cap d’espérance au peuple congolais dépourvu de tout. Les vils plaisirs passent avant tout et cela avec de l’argent public comme un pied de nez fait au peuple congolais qui l’avait congédié en 1992. L’homme a la rancune tenace, ainsi il ne daigne s’occuper des problèmes quotidiens qui impactent négativement la vie des Congolaises et des Congolais. Tout ceci ne doit pas être anecdotique car nous voyons à quel prix monsieur Denis Sassou Nguesso à désacraliser la fonction présidentielle en la rabaissant plus bas que terre. Ce dernier doit se ressaisir car il en va de la survie de notre nation bien qu’ayant usurpé la fonction présidentielle par la force des armes. Il est dur pour nous d’écrire ces mots à l’origine des mauvais maux qui sévissent dans notre pays. Nous avons honte de ce qu’est devenu le Congo-Brazzaville aujourd’hui.
Tant que monsieur Denis Sassou Nguesso restera préfet de la France au Congo-Brazzaville depuis déjà 38 années cumulées de pouvoir, le peuple congolais restera dans le noir absolu sans espoir de percevoir le bout du tunnel. L’horizon d’un avenir radieux s’assombrit au jour le jour. Mais peut-on encore parler d’avenir après plus de 61 ans d’indépendance émaillés d’épisodes sanglants dans la plupart du temps ? Le peuple congolais n’a droit qu’aux larmes et au sang qui coule à la place de l’eau potable. C’est nuit noire au Congo-Brazzaville.
La monnaie est une question de souveraineté nationale du ressort du peuple à travers ses représentants élus dans un pays démocratique.
La maison Congo-Brazzaville brûle, et tous ensemble nous détournons notre regard de cette tragédie qui nous frappe de plein fouet. C’est à nos enfants et petits-enfants que nous allons léguer le lourd fardeau de notre désinvolture consécutive à la mauvaise gestion actuelle de notre pays. L’investissement dans l’armement létale n’a jamais fait le développement d’un pays mais favorise le maintien au pouvoir des dictateurs.
Autrefois pays très alphabétisé, le Congo-Brazzaville est devenu l’un des pays les plus analphabétisé au monde. Le phénomène des faux diplômes est là pour nous montrer la pente descendante vertigineuse que nous sommes en train de prendre. Pour paraphraser cette citation d’un sage chinoise nous dirons : « Si vous voulez détruire un pays, inutile de faire une guerre sanglante qui pourrait durer des décennies et coûter cher en pertes humaines. Il suffit de détruire son système d’éducation et d’y généraliser la corruption. » C’est ça le Congo-Brazzaville d’aujourd’hui.
Monsieur Denis Sassou Nguesso est le problème du Congo-Brazzaville, et il ne peut plus faire partie de la solution tant il est néfaste pour le développement et le vivre ensemble dans notre pays. Ne nous voilons pas la face et restons pragmatiques, l’homme a atteint ses limites par le phénomène de Peter, et il faut passer à autre chose. Ce monsieur n’est au pouvoir que pour jouir des avantages matériels que lui confèrent son statut de dictateur. Le peuple congolais assiste sans défense à sa propre perte et à son humiliation.
Le chantier de la reconstruction du Congo-Brazzaville sera gigantesque, à commencer par la sortie de la zone CFA. Les Congolaises et les Congolais doivent s’affranchir de la France comme le font nos sœurs et frères du Mali. Notre seul et unique but est d’apporter le bien-être à notre peuple dans un pays immensément riche ; Ne pas le faire sera une non-assistance à un peuple en danger de mort et de disparition tant ses terres sont maintenant bradées aux étrangers. C’est à nous de trouver les mécanismes d’une redistribution équitable des fruits de notre travail et de nos richesses entre toutes les Congolaises et tous les Congolais.
Peuple congolais, prenons conscience de nos potentialités et nous pourrons déplacer les montagnes. Nos relations séculaires avec la France teintées d’escroquerie, d’arnaque, surtout de corruption sans développement et d’infantilisation de nos dirigeants n’ont plus lieu d’être au XXIème siècle.
« Il ne faut pas rater les débuts », car un cycle nouveau se présente devant nous et c’est à nous de faire de notre mieux pour que le Congo-Brazzaville resplendisse de nouveau.
Notre seule boussole doit être l’intérêt national car le bonheur ne vaut que lorsqu’il est partagé.
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Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

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