Politique, Société

Le gouffre de kintélé : l’éternel chantier

Le gouffre de kintélé : l’éternel chantier

Patrick Eric MAMPOUYA

Le gouffre de kintélé : l’éternel chantier

 

Imaginé par « l’intellectuel officiel du régime » le chantier de Kintélé est en passe de devenir un gouffre financier. Notre intellectuel des tropiques, panafricaniste illuminé à ses heures perdues avait su convaincre les autorités congolaises d’investir dans son projet extravagant. Ce désormais « éléphant blanc » qui ne dit pas son nom, peine à donner sa pleine puissance. L’ouverture et même l’inauguration de ce mastodonte se fera désormais par module ou par morceau si la situation économique du pays le permet.

Conçu pour former les élites congolaises, africaines dans les domaines des sciences, des technologies et surtout pour rivaliser avec les grandes universités d’Europe et des Amériques (excusez du peu), cet ambitieux projet est en train de devenir un cauchemar pour le budget de l’État congolais.
Initialement prévue en octobre 2018, l’ouverture de l’université de Kintélé, toujours en construction depuis quatre ans, est repoussée année après année. Dans ce projet, la démesure l’emporte sur l’extravagance, l’impréparation à l’amateurisme. Quand on est incapable de mener à bout les petits projets, on ne se frotte pas aux grands projets. Au Congo Brazzaville les autorités démarrent les projets sans avoir réunis la totalité du montant que coute le projet, si vous rajoutez à cela la corruption, le copinage et les autres maux qui minent le pays, vous comprendrez aisément pourquoi il y a des nombreux chantiers à l’arrêt dans le pays. Les boucs émissaires bien trouvé de la baisse du prix du baril de pétrole et de la crise économique ne tiennent plus.

Le projet du siècle qui devait accueillir environ 30 000 étudiants (une ville dans la ville) venant de la république du Congo et de toute l’Afrique, aurait ainsi donné naissance à la plus grande université du pays et de la sous région. Rappelons que le Congo n’arrive même pas à nourrir ses propres populations qui sont biberonnés par la communauté internationale et les ONGs (projet Lisungui, Durquap et autres…). Il devrait intégrer plus de 50 000 personnes (enseignants, administratifs, élèves) avec tout ce que cela implique. (On ne va quand même pas faire manger les professeurs d’université dans les malewa de Kintélé même si c’est exotique).
Ne dit-on pas que toutes les utopies sont réalisables ? A condition d’en avoir les moyens bien entendu.

Composé en majorité d’instituts techniques conçus pour répondre au besoin d’adéquation entre formation, recherche et emploi, le projet compenserait les lacunes de l’université Marien Ngouabi de Brazzaville pour son enseignement exclusivement théorique.
60 à 70% des diplômés sans emploi du pays seraient issus de cette seule université. Notons quand même que les quelques ingénieurs et experts présents dans le pays sont au chômage dans leur grande majorité. Que certains préfèrent s’exilés pour exercer leurs expertises Et que notre pays dans lequel des gisements de pétrole sont exploités depuis un demi-siècle est dépourvu d’instituts de formation dans les métiers de cette précieuse matière première. Voilà en quelques mots les arguments qui ont convaincu les autorités du pays d’investir dans ce qui est en train de devenir un gouffre.

Les dirigeants du Congo pensent qu’ils peuvent sauver l’Afrique au lieu de penser à sauver le Congo d’abord et que les autres dirigeants pensent à développer leur pays d’abord. C’est la même logique qui avait fait de notre pays le financier des pays africain. Grâce à la baisse du prix du baril de pétrole, la supercherie n’avait pas durée longtemps.

Aux problèmes de conception et de faisabilité de cette université de rêve se heurte désormais le casse-tête des équipements en matériel, en enseignants et même en financements. Faire fonctionner une université demande beaucoup de moyen. C’est exactement comme construire une ville nouvelle.
Implanté sur un terrain sablonneux et instable, le campus de Kintélé qui avait accueilli les athlètes des Jeux africains de Brazzaville en 2015 avait été victime des actes de vol et de vandalisme, alors que le site est gardé nuit et jour par au moins une dizaine d’éléments de la force publique. Rajoutons que les difficultés financières actuelles du pays n’autorisent plus les extravagances du passé mais.

Depuis le début des travaux en 2016, seul 60 % des 180 000 mètres carrés de campus ont été réalisés. Le ministre de l’Enseignement supérieur qui espérait l’ouverture d’au moins deux écoles d’ingénieurs et de l’une des deux facultés des sciences et techniques pour octobre 2018 avait vite rangé ses rêves et ses attentes dans les tiroirs. Le Premier Ministre lui-même s’était saisi du dossier après une visite tonitruante en compagnie de tous les spécialistes sur le chantier. Il avait essayé de rassurer en promettant une ouverture prochaine par module l’année d’après, en octobre 2019. Nous y sommes.

Le concepteur du projet, notre panafricaniste illuminé et allumé n’en démord pas, il est intarissable sur les bienfaits de son projet alambiqué. Il a non seulement des réponses à toutes les questions pour excuser les dérives de nos autorités mais en plus il continu à proposer des solutions plus extravagantes que rocambolesques sur son projet mal ficelé qui ne tiennent aucun compte des réalités économiques locales et même de l’instabilité chronique de notre pays et des États africain. Il persiste et affirme sans sourciller que c’est le projet le plus important du demi-siècle de pouvoir de son chef. Notre panafricaniste éclairé ne s’émeut même pas de la responsabilité de nos autorités sur les crises actuelles qui minent le pays, il préfère virevolter sur son fonds de commerce qui est l’esclavage et la colonisation afin de justifier les dérives et les déboires des projets mal ficelés qui manquent pas dans le pays..
.
Les infrastructures de l’université Marien-Ngouabi ne répondent plus à la demande. Environ 25 000 bacheliers de la session 2019 devraient faire le pied de gru devant ses portes cette année. La faculté de droit de l’université de Marien Ngouabi et l’Institut Supérieur d’Éducation Physique et Sportive (ISEPS) devraient migrer vers le mastodonte de Kintélé à partir du 14 octobre 2019 (les installations sportives sont prêtes) mais rien n’est certain pour l’instant surtout pour la fac de droit.
Un véritable casse tête chinois pourtant prévisible pour le Rectorat et pour les autorités qui gèrent le pays au jour le jour.
Une autre université est en cours de construction à Pointe-Noire. Il s’agit de l’université catholique, qui sera consacrée elle aussi aux sciences techniques. Le projet est soutenu par le pétrolier français Total. Décidément le Congo risque de devenir le temple du savoir scientifique et technologique en Afrique. Ne rigolez surtout pas, c’est très sérieux.

Rappelons ici qu’aucune université publique ou privée du Congo ne figure dans le classement des universités africaines. Les étudiants finissants leurs cursus dans les universités privées du Congo se retrouvent souvent dans l’impossibilité de poursuivre leurs études dans les universités européennes référencées. Les cas de rejet des dossiers des étudiants congolais bardés de diplômes d’une de ces 13 universités privées sont légion.

Patrick Eric MAMPOUYA

Laisser un commentaire