Economie, Société

L’entreprise au cœur de la diversification à Brazzaville

Benjamin BILOMBOT BITADYS

L’entreprise, si petite soit-elle au Congo-Brazzaville, ne connaît plus la crise. Mieux : elle est devenue le pain quotidien du redéploiement. Arlette Soudan Nonault  a notamment mis la main à la pâte.

C’est à une véritable ode à l’entreprise que le ministre Olga Ingrid Ghislaine Ebouka-Babakas s’est livrée le 3 mai 2019. Brazzaville ambitionne d’améliorer sa gouvernance du secteur public, d’accélérer la diversification de son économie par l’agriculture, le tourisme et le secteur privé pour réduire sa dépendance vis-à-vis du pétrole afin d’échapper au syndrome hollandais.

L’économie du Congo-Brazzaville, ce système des inputs et des outputs, expression chère à Louis Bakabadio, cette organisation erratique, ondoyante et diverse qui cherche à tâtons un modèle d’épanouissement, se trouve écartelé entre le public et le privé, le profit et l’intérêt général, le temps court et le temps long, le temps compté et le temps escompté, la propriété privée et la propriété collective en vogue dans les pays du bloc soviétique.

Le XXIème siècle va amplifier davantage les mutations et les changements structurels qui siéent à l’économie congolaise. L’enjeu, pour Sassou Nguesso, Clément Mouamba, Calixte Nganongo, Olga Ingrid Ghislaine Ebouka-Babakas, Gilbert Ondongo, Jean-Jacques Bouya, Adelaïde Mougany et les agents du « chemin d’avenir », est de réduire la forte dépendance de l’économie du Congo-Brazzaville au pétrole qui représente environ 80 % des recettes d’exportation. Et de réussir par l’usage des outils administratifs et financiers la mutation des entrepreneurs du Congo-Brazzaville en capitaines d’industrie. Tout un programme dans un pays Où le maître de jeu est riche comme Crésus, fêtard comme Monsieur Jourdain (détestable bourgeois gentilhomme), avare comme Harpagon, usurier comme Grandet, cruel comme Néron.

Le Congo-Brazzaville vit maintenant depuis une vingtaine d’années une expérience de libéralisation économique, édictée par la communauté financière internationale dans le contexte des programmes d’ajustement structurel (PAS), qui devrait faciliter le réveil de l’esprit d’entreprise.

La mondialisation de l’économie va s’accentuer, le métier de l’entreprise va être déterminant et capital dans le gain des parts de marché et dans la capacité de la conservation de celles-ci. Le vent de reprise économique annoncée à 5 % de croissance en 2019 ne peut souffler sur l’économie du Congo-Brazzaville que si les pouvoirs publics et les institutions internationales accordent une place de choix à l’entreprise, aux Petites et Moyennes Entreprises, moins rigides et plus flexibles.

Le recensement général des entreprises du Congo-Brazzaville (Regec) lancé le 3 mai 2019 par Olga Ingrid Ghislaine Ebouka-Babakas ( ça n’a jamais été fait) participe donc de cette logique de la primauté de l’Entreprise dans la création de valeur au Congo-Brazzaville. Cette opération vise à identifier les branches d’activités porteuses de l’économie, suivre et évaluer les mesures d’accompagnement de l’entrepreneuriat sur les incitations économiques, les zones économiques, pour promouvoir la diversification de l’économie.

Cette opération concerne les unités économiques exerçant dans un local ou site aménagé, tenant ou non une comptabilité quelle que soit leur taille (boutique, salon de coiffure, atelier de couture, garage auto et moto, dépôt de planches, etc.), les établissements publics exerçant une activité marchande, les coopératives, les groupements d’intérêt économique ainsi que les associations qui exercent formellement une activité (Les dépêches de Brazzaville, 3 mai 2019).

L’idéologie marxiste du PCT considérait l’investissement (le capital) et l’entreprise privée comme le bras armé de l’impérialisme. Conséquence : les Norbert Ntiétié, Koulounda, Massengo, Grégoire Tambassani à Mbanza Nganga, Clovis Mpassi à Mbanza Mpoudi, Tans Kouba à Kindamba, Nkounkou Philippe et Kibaki Makoumbou à Kinkala, Pierre Matingou à Madzia Konda Mambou, Ngoulou Nkounkou, Bikouta, Kibossi, dans le Pool, Daniel Ebina à Djambala dans les Plateaux, Itoua Hilaire et Oyo Norbert dans la Cuvette, les exploitants forestiers dans le Mayombe et Bouyou Georges à Diosso dans le Kouilou qui ont construit leur «  petite entreprise  » à la sueur du front comme l’enseigne La Bible, n’ont pas fait des émules.

CITRACO Corporation, le vaisseau amiral de Patrice Nfina Matsiona, a été (ceci est un symbole) détruit en plein vol par un missile tiré par Yomby Opango et téléguidé par Sassou Nguesso. Les régimes militaro-marxistes qui se sont relayé au pouvoir se méfiaient des chefs d’entreprises et du capital comme de la peste. Et, depuis, le Congo-Brazzaville en paye les frais. Résultat : l’industrie, petite ou grande, privée ou publique, est absente, ce qui nourrit un état de chômage explosif.

La diversification de l’économie du Congo-Brazzaville est en route. Arlette Soudan Nonault a montré l’exemple en inaugurant une boulangerie du centre-ville de Brazzaville. Au même moment, l’administration Sassou multiplie les taxes et les entraves à l’essor des entreprises, les rares routes nationales soumises à des péages. La diversification par l’entremise de l’entreprise marche sur les œufs. Si l’objectif est d’étouffer dans l’œuf l’initiative privée et donc de freiner la diversification de l’économie, l’équipe de Sassou Nguesso et Clément Mouamba ne s’y prendrait pas  autrement.

  Benjamin BILOMBOT BITADYS

 

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