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Congo-Brazzaville : L’Etat démissionnaire face au phénomène social dit « MBAPPE »

 Par :  Jean-Claude BERI et Edwige TSONO

Bien que le sujet soit récurent, il ne paraît pas anodin de s’offusquer devant l’ampleur que prend le phénomène dit « MBAPPE » au Congo-Brazzaville. Ce phénomène né au Congo-Kinshasa où il est couramment appelé « Udjana », les jeunes filles mineures du Congo-Brazzaville n’ont pas trouvé mieux que d’importer ce phénomène  dégradant et humiliant en le baptisant « MBAPPE » en référence au jeune joueur de l’équipe de France. La comparaison s’arrête là. N’allez pas chercher dans le comportement de ces jeunes filles l’expression d’un quelconque  « talent » intellectuel,  physique ou sportif comme seul MBAPPE a le secret.

Les « MBAPPE » ici ne sont rien d’autres que l’expression d’une jeunesse en échec sortie du cadre moral du respect des valeurs.

Absence de politique de réinsertion sociale des filles prostituées 

Ce sont des filles mineures dont l’âge varie de 13 à 20 ans nées pour beaucoup d’entre elles dans les années 2000, qui se promènent sans soutien-gorge et sans slip et avec des jupes très courtes. Ces dernières ont pris possession des places publiques,  envahissent des boîtes de nuit à la recherche active des hommes aux revenus conséquents.  Elles osent tout, sont mal vêtues, elles portent des jupes très courtes sans sous-vêtements et prennent des positions suggestives dans les rues devant les parents qui détournent le  regard.

Ces filles souvent issues de milieux sociaux économiquement défavorisés sont très prises dans l’engrenage de la prostitution. Elle s’y laissent entraîner dans une dépravation souvent humiliante. S’exposant avec des tétons en l’air, ces filles séduisent les hommes trois fois âgés qu’elles. Tout y passe,  des hommes mariés, des sidéens, des députés, des ministres, les pervers sexuels… La seule règle à respecter : avoir une poche bien profonde remplie de billets. Ces filles pensent ainsi contourner  une injustice économique ou réparer une frustration sociale.

Pour le cas express du Congo-Brazzaville, les événements qu’a connus le pays depuis le retour sanglant de Sassou au pouvoir (guerres civiles, assassinats en masse, absences de salaires, crise économique…) ont largement contribué à l’expansion de cette solution de perdition.  L’absence d’une vraie prise en main de la jeunesse abandonnée, livrée à elle-même  est l’une des conséquences, parmi tant d’autres, que nous aimerions ici mettre en avant et surtout circonscrire quelques pistes pour tenter d’apporter tant peu soit-il une réponse.

On me reproche souvent  de taper que sur Sassou au lieu de conscientiser notre jeunesse. Je ne pense que marteler par les écrits  puisse changer quoi que ce soit. Le problème est économique. Il faut guérir le mal à la racine. Il faut que le gouvernement puisse offrir une véritable politique de création des emplois-jeunes, une scolarisation de la deuxième chance et une orientation vers l’apprentissage des métiers appuyés par une aide financière pour aider toute cette jeunesse égarée.

Sassou-Nguesso et son gouvernement doivent repenser la politique économique du pays à travers la création des unités de production et de service, revoir la fiscalité du pays qui n’incite pas aux investissements. Sassou-Nguesso et son gouvernement de moribonds savent que pour bâtir une économie prospère, attirer les entreprises, créer des emplois et éradiquer la pauvreté, ils doivent instituer la « bonne gouvernance »,  renforcer les capacités de gestion de l’Etat, étoffer les infrastructures, lutter contre la corruption et instaurer des systèmes financiers transparents. Ils doivent aussi, à l’échelle nationale, combattre les flux financiers illégaux occasionnés par les membres du clan d’Oyo et éviter des placements des recettes de l’Etat congolais sur  des comptes offshore, afin de préserver les ressources financières déjà limitées.

Pour Sassou-Nguesso et son gouvernement de grabataires, réformer l’Etat au Congo-Brazzaville est plus facile à dire qu’à faire. Les Congolais observent qu’il y’a une résistance au changement sur tous les plans au sommet de l’Etat par un refus de transformation des mentalités. Les congolais invoquent à juste titre la corruption de l’administration ou son mauvais usage systématique des fonds publics. Quant aux élites du clan d’Oyo, elles pratiquent souvent l’évasion fiscale, notamment au moyen des paradis fiscaux.

Qui va éradiquer cette prostitution juvénile à ciel ouvert au Congo-Brazzaville ?

Au sommet de l’Etat, on observe aucun engouement pour proposer des solutions palliatives face à la prostitution des jeunes filles. Pire, nombreux des membres du clan au pouvoir sont eux-mêmes de friands consommateurs de ce phénomène tant décrié. De même, l’irresponsabilité et la démission de certains parents sont devenues inquiétantes dans la prise en charge de leurs enfants. On peut beau créer un centre de réinsertion pour ces jeunes, ça ne changera rien puisque une fois dehors ils retrouveront la même situation. C’est la misère et la pauvreté et surtout l’oisiveté qui poussent ces jeunes filles à la perdition. Je ne vois pas l’intérêt de taper sur ces pauvres filles qui ne sont que des victimes d’une société à l’abandon et en proie à une vraie crise de valeurs.

Les bébés noirs, les Mbappés ne sont que des phénomènes issus de la mauvaise gestion du pays. L’Etat et les parents sont démissionnaires, comment pouvez-vous admettre qu’une petite fille de 14 ans nourrit une famille de Sept personnes ? Où trouve-t-elle les moyens ?

Beaucoup de gens en parlent et de nombreux parents s’insurgent contre ce phénomène sans y apporter aucune solution. Ils sont fatigués des copier-coller de tout ce qui se passe de mauvais à Kinshasa et les travers des films pornographiques vendus sans restrictions.

À Brazzaville, le 29 novembre 2018, après l’arrestation de 50 jeunes filles dont 32 jeunes filles kinoises, la ministre Inès Bertille NEFER  INGANI  de la promotion de la femme et de l’intégration de la femme au développement a dit que le gouvernement s’est engagé à éradiquer ce phénomène de prostitution juvénile et de proxénétisme dit « UDJANA » ou « MBAPPE ». Seulement cela est resté qu’au stade des mots, des incantations sans suite.

C’est vrai quelques balbutiements de mesures ont été prises par les ministres de la santé Jacqueline Lydia MIKOLO et de la promotion de la femme et de l’intégration de la femme au développement Inès Bertille NEFER  INGANI.  Elles ont su initier un protocole d’accord pour suivre ses enfants et surtout leur prodiguer des soins pour celles qui contractent des infections de longue durée. Mais aussi aller au-delà pour engager une coopération entre KINSHASA et BRAZZAVILLE pour mettre en place un programme communautaire de lutte contre la prostitution infantile. Cela a été pourtant acté  mais dans les faits rien ne se fait de façon concrète. Certainement, ce ne sont pas leurs enfants bien protégés au chaud à l’abri des tentations de la perversion qui sont les victimes.

Quelles solutions peuvent apporter ceux-là mêmes qui ont dilapidé 14. 000 milliards de F.CFA d’excédents budgétaires ?

Le vide social s’accroît de jour en jour et propulse une bonne partie de la population congolaise dans une situation de dénuement totale et de victimes psychologiques aux conséquences aujourd’hui dramatiques,  hypothéquant ainsi l’avenir d’une société congolaise en pleine mutation. L’on empresse à festoyer à coup de milliards à OYO pour la commémoration du 10e anniversaire de la mort d’EDITH SASSAOU, de récompenser certains violeurs et bourreaux, de colmater les traces visibles d’une instabilité et des violences politiques, mais rien n’a été réellement pensé pour les victimes silencieuses de cette tragédie qui sont : les femmes et les enfants.

Tout ceci découle d’une seule cause comme nous l’avions déjà dénoncé le 13 mai 2010 (1) que la  pauvreté, l’éclatement de la cellule familiale, la maltraitance au sein de la famille, la démission de l’école, l’absence de repères éducatifs, sexuels et également le travail précoce…Tous ces facteurs ont fait des enfants des objets sexuels aujourd’hui. A cela s’ajoute ce pseudo « consentement » de la société, qui ferme les yeux sur les abus sexuels sur les enfants.

L’absence d’une véritable politique de prévention engageant l’ensemble des citoyens à tous les niveaux de la société, de manière cohérente : Famille, Ecole, Travailleurs sociaux, Police, Gendarmerie, Justice, mais également responsables politiques est une erreur politique grave. C’est pour cette raison qu’il est totalement exclu de notre point de vue de considérer ce phénomène avec une certaine forme de légèreté inadmissible.

Nous avons l’obligation tous autant que nous sommes de se mobiliser pour  que ce phénomène risible de prostitution des mineures puisse prendre fin et donc lutter contre les causes de leur vulnérabilité n’est pas une mission  que l’on doit mener en vase clos. Elle nécessite une réflexion approfondie associant toutes les compétences en matière d’insertion dans le domaine de l’emploi, du logement, de la santé, de l’accès au savoir… autant de facteurs à même d’empêcher les jeunes d’envisager la prostitution comme un moyen de vivre ou de survivre. L’Etat se doit de protéger les personnes les plus démunies en se donnant les moyens d’organiser, avec des partenaires, des politiques de prévention et de développer des actions, par exemple, dans le domaine de la protection de l’enfance. Il doit aussi être cohérent dans son message, notamment à travers sa législation. Ainsi, en matière de prostitution, à quoi sert-il de vouloir éduquer les jeunes au respect de soi et des autres, si par ailleurs un Etat cautionne , par une attitude laxiste ,  la prostitution, et de ce fait encourage le proxénétisme ?

Le Congo de demain que chaque citoyen rêve est une nation  où  les jeunes évolueront dans un  pays qui annonce aussi clairement ses valeurs de dignité, de responsabilité, de respect, et surtout d’éducation. L’arme pour atténuer ce phénomène existe et c’est la loi. Seulement faudrait-il qu’elle soit respectée par l’autorité elle-même qui en somme affiche un comportement de délinquant s’estimant au-dessus de la loi. L’avenir de toute une jeunesse ne peut être mis en balance avec les  préoccupations mercantiles, c’est un délit politique inexcusable.

Il est plutôt souhaitable qu’une sorte d’Etats généraux de l’enfance soit initié pour prendre en compte dans toute son essence le désarroi profond de la jeunesse congolaise.

Toutefois, ce problème exige une implication  et une  mobilisation de tous les acteurs, en rapport avec la société : Cela implique les parents, les acteurs des milieux associatifs, de la presse et surtout de l’autorité politique. De même, il incombe à chacun de nous de libérer sa part d’humanité et de tendre la main à ces enfants condamnés à la misère en ayant un comportement ferme et digne . Notre silence ou encore notre résignation est un aveu d’échec qui condamne davantage nos jeunes sœurs et frères. Avant d’accuser qui que ce soit, commençons par s’interroger sur nos propres actes et notre propre implication.  C’est ainsi que nous avancerons ensemble vers une reconstruction d’une nation solidaire. Sans vouloir donner de leçons de morale à qui que ce soit, agir même par ces modestes écrits c’est apporter une contribution non négligeable. Construisons dès maintenant cette chaîne de refus de la prostitution infantile. Chacun de nous est le frère d’un enfant abusé par la cupidité des hommes sans morale ni compassion. Agir c’est les aider à recouvrer une dignité.

Jean-Claude BERI et EDWIGE TSONO

(1) http://www.dac-presse.com/prostitution-infantile-devoir-dagir/

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