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Lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle française et franco-africains

 Lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle française et franco-africains

Focus sur le Congo-Brazzaville
Par Guy Mafimba Motoki
Guy Mafimba MOTOKI

Les 10 et 24/04/2022 les français iront aux urnes pour choisir librement, équitablement puis dans la transparence celui qui conduira leur destinée pour les cinq ans avenir. Cette cinquième république qui a instauré le suffrage universel direct est l’œuvre du général Charles De Gaulle.

De Gaulle qui construit sa légende ainsi que sa  »légitimité historique » à Brazzaville est tout aussi le génie maléfique pour les pays francophones .
La Françafrique, le plus long scandale de la République décrit par François-Xavier Verschave, L’auteur décrit alors la Françafrique comme « une nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies, et polarisé sur l’accaparement de deux rentes : les matières premières et l’Aide publique au développement. La logique de cette ponction est d’interdire l’initiative hors du cercle des initiés. Le système autodégradant se recycle dans la criminalisation. Il est naturellement hostile à la démocratie ». Denis Sassou Nguesso est à ce titre l’un des derniers dinosaures de ce système abject.
Ainsi, depuis plus de 60 ans, les élections en France, autrement dit le paradigme née des relations France-Afrique présagent de l’avenir des pays francophones pour les cinq ans avenir. Ces 60 ans dernières années, l’avenir en Afrique francophone, le Congo-B en particulier s’est conjugué pour au moins 4 générations en ces termes : dictatures, démocratures, népotisme, kleptocratie, massacres, coups d’états, assassinats, crimes de guerre, PAS, PPTE, biens mal acquis etc….
A des rares exceptions près à savoir : Le Benin et le Sénégal.
La FrançAfrique telle que l’a pensée De Gaulle consistait à pérenniser le colonialisme sous une autre forme à travers trois piliers : Primo, imposer des hommes liges comme chefs d’Etats ; secundo préserver par tous les moyens l’indépendance énergétique de la France ; terti, garantir la place de la France dans le concert des nations au sein des organisations multilatérales via le vote mécanique en faveur de Paris.
Autant, de Charles De Gaulle à Emmanuel Macron la France a appliqué son sacro-saint principe de la  »défense des intérêts de la France » ; autant en ce début du 21° siècle, le Bigbang Géostratégique, la  »géopolitique des peuples », l’émergence d’une nouvelle élite africaine ainsi que le cyberactivisme sont autant de facteurs qui bouleversent la donne, donc remet en cause les fondements de la FrançAfrique, tout en forgeant aux prix de la réflexion prospective, la convergences des luttes, colères et frustrations qui s’amplifient en Afrique et dans la diaspora, un paradigme novateur pour l’émergence de l’Afrique francophone.
De Charles De Gaulle à Emmanuel Macron les ressorts de  »l’impérialisme français » au Congo-Brazzaville
L’abbé Fulbert Youlou hérité d’une indépendance nominale en 1960 sous la présidence de Charles De Gaulle. Le Congo-B ne représente pas encore un enjeu géostratégique majeur en dépit des enjeux liés à la guerre froide. Le président Fulbert Youlou met sur orbite un pays jadis capitale de l’AEF sans faire des vagues, optant de manière ostentatoire pour le monde occidental en conflit ouvert avec le bloc communiste. Lâché par le général De Gaulle en 1963, lâchage occasionné par les susceptibilités religieuses de Yvonne De Gaulle selon les historiens, Paris n’a pas vu venir la prise de pouvoir des  »révolutionnaires rouges » fraîchement rentrés de Paris et des pays communistes.
Alphonse Massamba Débat de 1963-1968 prends la tête d’un mouvement révolutionnaire cryptocommuniste avéré à l’image de la Chine et sa sanglante  »révolution culturelle » dirigée par Mao ZeDong. La pensée unique est érigée en dogme, l’économie centralisée en norme, la lutte contre l’impérialisme français la doxa. Paris observe avec inquiétude l’option prise par Brazzaville. Ni homme lige de Paris, ni possibilité d’imposer leur monopole sur les recherches minières, encore moins le vote mécanique du Congo à l’ONU qui échappe à la France de De Gaulle. L’historique reconnaissance de la Chine populaire par la République populaire du Congo en 1963 marque un tournant majeur sur l’option  »révolutionnaire » prise par Brazzaville en cette période cruciale de la guerre froide Est-Ouest. Manifestement, Paris avait perdu la main.
L’arrivée du commandant Marien Ngouabi à la tête de l’Etat amplifia la doxa anti impérialiste contre la France, elle marque la ligne de démarcation Est-Ouest et conforte le Congo comme ranpe de lamcement des mouvements  »révolutionnaires » pour l’émancipation des peuples d’Afrique. Du côté de Paris les présidents Georges Pompidou et Valéry Giscard D’estain qui ont hérité du gaullisme, donc la FrançAfrique ont pour allié Albert Bernard Bongo recruté par la DGSE française et Mobutu Sese Seko agent de la CIA américaine. L’objectif est clair, circonscrire l’activisme révolutionnaire de Marien Ngouabi, au pire penser à sa neutralisation à l’instar de Barthélemy Boganda de la RCA et Félix Moumié du Cameroun. Par ailleurs, Marien Ngouabi mettait à rude épreuve les trois piliers de la FrançAfrique.
Il se présentaion Chef d’Etat libre ; il se dota de l’expertise algérienne pour exiger les contrats pétroliers; enfin, il transforma le Congo en base arrière politique et militaire des mouvements de lutte pour la libération des peuples d’Afrique australe (MPLA, SWAPO, ANC, FRELIMO etc…). Conséquence, l’assassinat du commandant Marien Ngouabi est commandité depuis Paris avec l’aide des valets locaux de l’impérialisme français le 18/03/1977.
1977, Denis Sassou Nguesso est  »l’homme fort » selon le vocable de Paris. Il est le véritable valet de  »l’impérialisme français ». Les archives nous enseignent qu’il a été recruté par la DGSE grâce au général Marcel Bigeard dans les années 60 à l’École interarmes des officiers de réserve de Cherchell en Algérie. En 1976-1977, le général Marcel Bigeard Secrétaire d’Etat à la défense, Michel Roussin directeur de Cabinet du patron de la DGSE et André Tarallo patron d’Elf Congo sous la présidence de Valéry Giscard Destain sont les principaux commanditaires de l’assassinat du commandant Marien Ngouabi sous l’ombre de Jacques Foccart. La Françafrique signa par cet acte, l’un des crimes le plus odieux.
Le renversement du général Yhomby Opango n’est qu’une promenade de santé, celui-ci brillant officier sorti de Saint Cyr n’étant pas dans la boucle, soupçonné d’être proche de la CIA, crime de lèse majesté à son actif, sa plainte contre l’Etat français devant les juridictions internationales à la suite du sabotage des mines de potasse du Kouilou.
De 1974 début du mandat Valery Giscard Destain à 1988 fin du premier mandat de François Mitterrand, la Françafrique triomphant règne en Afrique francophone. Bongo, Mobutu, Eyadema, Sassou, Houphouet Boigny se comportent en véritable sous-préfets de Paris. La France à la maîtrise de son  »indépendance énergétique » à travers le monopole d’ELF Aquitaine auprès des pays producteurs de pétrole du golfe de guinée, les mallettes de la rente pétrolière alimentent les caisses des partis et acteurs politiques français, les dictateurs francophiles se voient dérouler le tapis rouge, siphonnent les fonds de l’AFD sous le regard complice de Paris, votent mécaniquement pour Paris, organisent l’assassinat de Thomas Sankara jugé  »récalcitrant et imprévisible » par Paris.
1989 sonne le glas de la FrançAfrique. Les effets conjugués de l’implosion de l’URSS, la chute du mûr de Berlin ainsi que la crise sociale et financière poussent François Mitterrand de s’arrimer à la  »géopolitique des peuples », ce vent de changement venu de l’Est. Inspiré, François Mitterrand conditionne l’aide au développement de Paris à la démocratie. Tel un château de cartes, tous les régimes autocratiques francophones sont secoués par les conférences nationales souveraines qui décrètent pour la plupart le multipartisme. Au Congo-B, Denis Sassou Nguesso est mis en minorité et battu par la suite au terme d’un scrutin présidentiel libre, équitable et transparent. Auparavant, en 1987, Jacques Chirac premier ministre de François Mitterrand, cohabitation oblige, ne s’est pas gêné d’apporter une aide logistique à Sassou Nguesso pour traquer et tuer le capitaine Pierre Anga, au passage des crimes de guerre ont été commis à Ikonongo. Pourtant, Paris a reculé pour mieux sauter.
De Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy (1995 – 2012) la FrançAfrique est à son apogée. En 1993 et 1997 Jacques Chirac organise le retour de Sassou Nguesso par les armes au prix des larmes et le sang des congolais. Les acteurs français de 1977 sont encore à la manœuvre à savoir : Jacques Foccart, Marcel Bigeard, Charles Pasqua, Pierre Roussin, André Tarallo, Le Floc Prigent etc. Pour mémoire, sitôt sa prise du pouvoir par les urnes, le président Pascal Lissouba en binôme avec Jacques Joachim Yhomby Opango, tous deux formés en France, décomplexés, refusent de courber l’échine face au dicktat de Paris. L’échec de la première tentative de coup d’état en 1993 qui visait la remise en selle du  »soldat de la FrançAfrique » Sassou Nguesso est opérée de façon dramatique en 1997 avec l’invasion de l’armée angolaise sous la couverture logistique, politique et diplomatique de Jacques Chirac. 400.000 morts telle est l’estimation avancée par les ONG les plus crédibles. Notons au passage le veto de la France pour empêcher le déploiement d’une force d’interposition au Congo sur proposition des USA. La dévaluation unilatérale du FCFA en 1995, diktat macro-économique agencée selon les intérêts exclusifs de Paris ont durablement impactée le développement de la zone FCFA Cemac.
Par ailleurs, sous le coup du  »syndrome de Fachoda », François Mitterrand à travers sa lecture et posture politique a occasionné le troisième génocide du 20° siècle au Rwanda.
A l’actif de Nicolas Sarkozy le coup d’état sanglant et la capture sans précédent d’un chef d’Etat élu en Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo puis la destruction de la Libye et l’assassinat de Mouamar Khadaffi.
Il est a noté tout aussi l’accompagnement de Paris, Chirac et Sarkozy notamment, d’entériner des  »Démocratures » à travers des processus électoraux bidons, Paris se chargeant de cautionner les résultats du tyran, le tapis rouge lui est déroulé à l’Élysée.
2017, le retour de la gauche au pouvoir en France à travers François Hollande suscite un espoir réel au sein des forces patriotiques et démocratiques africaines de la diaspora et nationales. Pendant la campagne électorale, François Hollande s’était drapé de la posture de Jean-Pierre Cot. En 1981, Cot entre au gouvernement de Pierre Mauroy comme ministre délégué chargé de la Coopération et du Développement. En désaccord avec la politique africaine de la France, il démissionne en 1982. Opposé à la politique dite « du pré carré » des pays africains, il est partisan du codéveloppement.
Chantre de l’alternance démocratique en Afrique, François Hollande s’est rangé progressivement à la FrançAfrique sous la houlette de Laurent Fabuis, Yves le Drian, Ségolène Royal et Emmanuel Valls qui ont manœuvré de manière décisive permettre à Sassou Nguesso de commettre une double forfaiture sanglante : le viol de la Constitution en 2015 et le hold up électoral en 2016. L’histoire retiendra que sous François Hollande, Bertrand Cochery ambassadeur de France et Jean Yves Olivier le missi dominici de Sassou Nguesso et Yves Le Drian ont imposé à Jean Marie Michel Mokoko et André Okombi Saliss la réconnaissance du holdup de Sassou Nguesso ou la prison. L’histoire retiendra enfin que les crimes de masse commis par le régime de Sassou Nguesso dans le département du Pool n’ont pas été examinés au sein du conseil de sécurité des nations unies suite au veto de la France. De cette duplicité de François Hollande voire la corruption active de Manuel Valls et Yves Le Drian, Sassou Nguesso a innové en matière de changement de la constitution à travers un mode opératoire à trois leviers : coupure internet, embastillement des opposants, fraude électorale, répression ou assassinats. D’où ce statut  »d’Empereur » qui lui a été affublé par Alassane Ouattara, Alpha Condé et IBK.
2017-2022 surgit l’illusioniste et Jupiter Emmanuel Macron. Son discours de Ouagadougou du 28/11/2017 est la parfaite illustration d’un jeune Chef d’Etat français dans la continuité de la FrançAfrique. Autant avec Sassou Nguesso il a tenté de garder une distance maximale, le service minimal, de temps à autre des  »coups de menton », notamment au sujet de la libération de Mokoko et Okombi ; autant sa gestion à géométrie variable des crises Ivoiriennes et Tchadiennes d’un côté, maliennes de l’autre, le disqualifie et réduit son statut d’homme d’Etat. Un contentieux majeur qui dénote de la connivence Brazzaville-Paris, l’empoisonnement maquillé en  »mort Covid » de Parfait Kolelas vainqueur potentiel du scrutin présidentiel de 2021 et citoyen franco-congolais. A ce jour, l’impartialité de la justice française n’est pas établie pour des  »raisons d’Etat ».
Épilogue ! Qui de Marine Le Pen, Emmanuel Macron ou Jean Luc Melonchon peut épouser nos aspirations ?
Au regard de ce qui précède, fort d’un débat bâclé, précisément sur les relations Afrique-France, il faut concéder à Emmanuel Macron sa lucidité d’avoir organisé dans le cadre de sa présidence de l’UE le cadre d’échange UE / Afrique en février 2022 passé à Bruxelles. Emmanuel Macron venait d’acter à travers ce sommet, la fin de la FrançAfrique vue comme un instrument de domination au détriment des peuples d’Afrique.
Pourtant, lors du sommet Afrique-France organisé le 08/10/2021 à Montpellier, 300 jeunes représentants la société civile africaine ont dressé un tableau cinglant des relations incestueuses et mafieuses en la France et l’Afrique en ces termes : « Si les relations entre l’Afrique et la France étaient une marmite, cette marmite serait sale. Je vous demande de la récurer. Si vous voulez préparer un repas là-dedans, je ne mangerais pas, l’Afrique ne mangera plus. Le repas sera prêt, vous serez le seul à table », assène la jeune entrepreneuse burkinabè, Ragnimwendé Eldaa Koama. le Sénégalais Cheikh Fall a demandé au président Macron de cesser « de collaborer avec ces présidents dictateurs ». De son côté, la Kényane, Adelle Onyango exhorte la France à se défaire de la « Françafrique ». « On doit être brutalement honnête, nous Africains, ressentons au quotidien la douleur de la colonisation […] Le déni dans lequel la France se complaît est inconfortable […] Comment accorder votre confiance à ceux qui sont la source de votre douleur quand ils ne la reconnaissent pas ? », a-t-elle interrogé, soulignant au passage « l’arrogance française ».
A ce titre, 7 millions de franco-africains dont la vie est intimement, familialement, de manière directe, en première ou en deuxième génération, liée à l’Afrique doivent se prononcer ces 10 et 24/04/2022 afin d’opérer un bigbang politique qui nous permettra d’ouvrir de nouveaux chemins pour le futur et pour les nouvelles générations dans les relations Afrique / UE.
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Guy MAFIMBA MOTOKI

 

Guy Mafimba Motoki

Guy Mafimba Motoki est analyste et homme politique,

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