DIASPORA, Politique, Société

L’homme Lissouba, ses idées, et les profito situationnistes (mon point de vue sur Lissouba)

Président Pascal LISSOUBA

Par  Maître Brice NZAMBA

Réfléchir, disséquer et analyser froidement le profil de l’homme LISSOUBA, ses idées, et la responsabilité de ceux qui profitent aujourd’hui de son aura politique, dans la manière qu’il est sorti de la scène politique nationale : c’est être témoin par la pensée de la tragédie d’un homme, tragédie devenue aujourd’hui celle de tout un peuple.

Tragédie parce que, celle-ci dans son sens étymologique, évoque une scène dans laquelle un personnage pourtant doté des atouts considérables le prédisposant à une réussite certaine, est la proie des circonstances malheureuses multiformes allant sans cesse crescendo, jusqu’à la survenance d’un grand malheur qui scelle sa sortie de la scène principale.

Voici un homme, Pascal LISSOUBA, épris de science, connu et reconnu dans son domaine sur le plan international, enthousiaste de la vague socialiste de son temps, qui se retrouve très tôt premier ministre d’un président unanimement reconnu aujourd’hui comme le meilleur de notre histoire pour ses réalisations: MASSAMBA DEBAT.

Cet homme LISSOUBA, après s’être essayé au socialisme scientifique, après avoir connu des revers politiques dus à des concours de circonstances malheureux, et après avoir été rejeté à la conférence nationale par ceux qui bâtissaient, devint en 1992 la principale pierre de l’angle, en devenant le premier président démocratiquement élu au suffrage universel de notre pays.

Pour les détracteurs politiques de cet homme, Pascal LISSOUBA ne serait que l’idéologue de la Tribu Classe, le père même de l’utilisation de la tribu comme support d’accession et de conservation du pouvoir.

C’est ici tout l’intérêt d’analyser froidement et en toute honnêteté, les idées politiques de cet homme sur qui, pour la première fois de notre histoire, le suffrage de la majorité de notre peuple dans toute sa diversité se porta.

Pascal LISSOUBA fut un homme politique de son temps en adhérant à l’idéologie marxiste en vogue dans notre pays dès l’indépendance, laquelle idéologie prétendait offrir une vision scientifique de l’histoire politique du monde, en promettant la libération des opprimés de l’impérialisme du grand capital.

De l’adhésion à cette idéologie qui expliquait que la lutte des classes était le moteur de l’histoire politique de l’humanité, une question apparue, me semble-t-il, à pascal LISSOUBA: Comment identifier la réalité de la lutte des classes dans une société où elles étaient quasi inexistantes? Dans ces conditions, quels seraient les agents sociaux à même de faire avancer l’histoire du Congo?

A ces questions, Pascal LISSOUBA dans le souci d’adapter cette maxime marxiste à la réalité de notre pays, cru devoir souligner qu’à défaut des classes dont la lutte ferait avancer l’histoire politique de notre pays, c’est plutôt les ethnies au Congo, à travers les luttes incessantes de leurs élites respectives qui seraient le moteur de notre histoire politique.

Cette interprétation idéologique de la lutte des classes suivant la réalité socio politique Congolaise, value donc à elle seule au Président LISSOUBA, le titre de « père de la Tribu Classe ».

Pourtant, contrairement à la lecture que ses détracteurs font de cette interprétation, le président LISSOUBA était loin d’être un essentialiste figeant le jeu politique Congolais Ad vitam aeternam dans le carcan de la lutte des tribus.

Il entendait comprendre le jeu politique tel que cela se déroulait en son temps (malheureusement dans notre temps encore), sans désespérer de la possibilité de générer une vraie nation congolaise libre des pesanteurs ethniques.

Cette espérance du président LISSOUBA transparaît clairement dans la lettre dont il a été co-auteur, conjointement avec Henri Lopez, Tchystère Tchicaya, et Monsieur Sathoud, dans laquelle nous pouvons lire:

« La région et la tribu constituent, à l’heure actuelle au Congo, deux réalités objectives qu’il serait souhaitable de prendre en considération. Nous citoyens de ce pays, nous sommes, malgré nous, prisonniers de nos origines ethniques et régionales. Dès lors, nous devons nous attendre à ce que cette appartenance à une région, à une tribu, s’exprime d’une façon ou d’une autre. Il dépend de l’organisation de la vie nationale et du fonctionnement des institutions publiques, pour que cette expression revête un caractère constructif. Quoi qu’il en soit, il ne convient pas de surestimer les manifestations de cette appartenance. Ce n’est pas parce que cette appartenance est réalité qu’elle doit constituer un obstacle à l’édification rationnelle de la nation. En d’autre termes, notre attachement à notre patrie doit nous interdire de penser que, faute de pouvoir venir à bout du tribalisme et du régionalisme au niveau mental, il n’y a plus d’autre voie à l’édification du pays qu’un appui total et exclusif sur sa tribu ou sa région : le Congo de demain sera l’œuvre de tous ses enfants, ou ne sera pas. »

Il apparaît ici trois points essentiels :

-L’ethnie et la région sont des réalités objectives de notre vie politique dont il convient de ne point négliger. La nécessité pour l’organisation institutionnelle de prendre en compte l’expression de ce sentiment ethnique afin de le rendre constructif.- L’impératif de la construction d’une Nation prenant en compte tous les fils du Congo car la circonstance de l’existence du Tribalisme ne doit pas être une raison pour construire le pays en se fondant exclusivement sur sa tribu ou région.

En conséquence, pour les signataires de cette lettre, dont le président LISSOUBA, il est inadmissible de prendre prétexte du tribalisme ambiant pour mettre en avant des idéologies politiques se fondant exclusivement sur la tribu ou la région. Comment quelqu’un dont on dit prôné la tribu-classe aurait-il pu se désavouer à ce point?

La vérité est que le Président LISSOUBA connaissait bien la force du sentiment tribal dans le jeu politique Congolais, et comment ce sentiment a servi de carburant durant notre histoire politique, sans pour autant en faire son cheval de bataille politique car l’homme croyait en l’édification d’une Nation prenant en compte tous les Congolais.

L’objectivité et l’honnêteté nous inclinent à dire que durant toute la présidence de cet homme, c’est en vain qu’on recherchera un membre de sa tribu (nzebi) ou même de sa région(Niari), aux postes stratégiques des gouvernements successifs de son régime comme c’est de coutume avec les autres régimes politiques de notre pays. Nous pouvons donc convenir que l’édification d’une Nation prenant en compte tous les Congolais, ainsi que la nécessité d’inventer un système institutionnel de nature à faciliter l’expression ethnique de façon constructive, sont deux des idées politiques du président Pascal LISSOUBA.

Aussi, ces deux idées viennent s’emboîter à un sens aigu de l’indépendance nationale exigeant que les intérêts nationaux ne soient pas bradés vaille que vaille auprès des multinationales, sens qui lui valut l’ire de la françafrique, ainsi que l’adhésion au panafricanisme.

Les idées de LISSOUBA ne pourront être citées exhaustivement ici, mais nous pouvons retenir les cardinales que sont : l’édification d’une nation par l’utilisation constructive de l’expression ethnique, le sens de la souveraineté de l’Etat, le panafricanisme, et la nécessité de développer le Congo et l’Afrique par l’appropriation de la science et de la technologie.

Cet homme sans conteste compétent, oublia bien vite malheureusement, qu’il était investi de la légitimité populaire, et au lieu de faire œuvre d’autorité que cette légitimité lui autorisait, il se laissa déborder par son proche entourage, la tristement célèbre bande de quatre.

Oubliant sa mission historique de premier président élu de l’ère démocratique de notre pays, exigeant de lui une bonne dose de fermeté et d’autorité vis-à-vis de cet entourage véreux dont la seule préoccupation était de réduire la sympathie qu’il avait auprès du peuple congolais : l’homme LISSOUBA perdit bien vite le contrôle de la réalité du pouvoir.

La bande de quatre en dissipant le capital sympathie du président LISSOUBA auprès du peuple, en donnant l’impression que l’élection de LISSOUBA était l’œuvre d’une Tribu et non celle des congolais d’origines diverses, devint à la vérité, l’alliée objective du putschiste Sassou Nguesso dans sa confiscation du processus démocratique.

Ainsi, lorsque nous constatons aujourd’hui que les mêmes personnes qui ont sues profiter de l’aura politique de LISSOUBA pour occuper des postes de responsabilité sous son régime, les mêmes qui ont sabotées son mandat par leur arrogance et leur égoïsme, sont les mêmes aujourd’hui qui se battent bec et ongles pour le contrôle du parti de LISSOUBA en se réclamant tous de lui, nous comprenons combien de fois l’oeuvre de RUPTURE est plus que nécessaire pour confondre ces imposteurs auprès de notre peuple.

Le président LISSOUBA ainsi que ses idées font partie de l’héritage politique de tous ceux qui ont cru en son œuvre et ne sauraient être l’apanage d’une bande qui jusqu’à ce jour n’a jamais fait son autocritique sur sa part de responsabilité dans le retour au pouvoir par la force du déchu de la conférence nationale.

Maître Brice NZAMBA

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