DIASPORA, Politique

Les Nguesso : de la conquête martiale du pouvoir à l’irréalisable ( ?) rêve dynastique

Les Nguesso : de la conquête martiale du pouvoir à l’irréalisable ( ?) rêve dynastique

Par :   Pascal MALANDA 

 

On prête à Denis Sassou Nguesso le désir de céder les rênes du pouvoir à son fils. Ce qui n’est aujourd’hui qu’une hypothèse ou mieux une rumeur persistante peut devenir une triste réalité demain. D’où l’intérêt d’accorder, en toute sérénité,  à ce potentiel débat toute l’attention nécessaire car il y va de la vie et de l’avenir d’une nation fragile et prompte au désastre.  La grandeur d’un peuple réside dans sa capacité d’anticiper les catastrophes. Sur ce point, le Congo a jusqu’à lors lamentablement échoué. Si notre pays se targue de pouvoir surmonter facilement ses démons en arrêtant les guerres par des négociations, nous n’avons jamais réussi à éviter l’éclatement de ces dernières.

Les grands hommes qui ont marqué l’histoire de l’humanité progressiste et moderne n’ont jamais cédé à la tentation dynastique. Très proche de nous, Nelson Mandela n’a jamais pensé à faire de son fils son successeur à la tête de l’Afrique du Sud, malgré le fait que son aura le lui aurait permis sans problème. Il a préféré transmettre les rênes du pouvoir à Thabo Mbeki, le fils de Govan Mbeki son compagnon d’infortune dans la prison de Rhodes Island. Son dauphin désigné Cyrile Ramaphosa a dû prendre son mal en patience pendant 23 ans avant d’accéder à la magistrature suprême par la voie la plus légale et légitime.

La question qui se pose aujourd’hui est la suivante. Sassous Nguesso aurait-il besoin d’assurer ses arrières ou céderait-il aux caprices d’un rejeton gâté qui aurait pris de l’ascendant sur lui au point de le pousser à la plus inélégante et grossière démarche politique : Une succession dynastique arrangée et potentiellement désastreuse ? Ce serait le comble du déshonneur pour celui qui est revenu au pouvoir le 5 juin 1997 au prétexte de rétablir la démocratie, soi-disant dévoyée par le ‘’népotiste’’ Lissouba. Pourquoi prendrait-il ce risque insensé en sachant que propulsé à la tête du pays dans un cadre non consensuel et légitime, son fils sera exposé à la vindicte populaire et devra faire face à une fronde dévastatrice dans son propre clan ? Ceux qui ont projeté d’abattre l’avion du père hésiterait-il à pendre le fils haut et court jusqu’à ce que mort s’ensuive ?

Ngolo président par intérim

Sassou serait-il irréversiblement fâché avec la constitution ?

Tout  le monde est au courant des contorsions (c’est Noumazalay qui l’affirme dans ses dernières œuvres) auxquelles Sassou a dû se livrer pour s’accorder un deuxième mandat en 2009. Tout le monde sait comment il a brisé le verrou qui lui interdisait un troisième mandat selon sa propre constitution de 2002. Il s’en est débarrassé comme d’un vulgaire mouchoir Kleenex au terme d’un processus qui a coûté la vie à des dizaines de Congolais en 2015. La nouvelle constitution, malgré ses lacunes criardes comporte des dispositions très claires en matière de vacances du pouvoir. Si Sassou, le grand démocrate ( ?), ressent le pressant et impérieux besoin de se retirer, quoi de plus simple en ‘’démocratie’’ ? Il lui suffirait de déposer sa démission et de laisser ‘’sa’’ constitution s’appliquer dans toute sa rigueur. Ngolo, le président du sénat (la cabale qu’il subit serait-elle le fruit du hasard ?) assurerait alors l’intérim de la présidence pendant trois mois. Sa charge principale se réduirait à nommer un gouvernement d’union nationale et organiser des élections libres et transparentes auxquelles il n’aurait pas le droit de se présenter. Dans tous les Etats modernes, la démission des chefs d’Etat ou de gouvernement, quelle qu’en soit la raison (fatigue, maladie, mort etc.) donne sereinement lieu à des élections anticipées qui aboutissent à de nouvelles instances acceptées par tous. Le dernier et élégant exemple en date est l’Espagne où le premier ministre n’ayant pas survécu à une motion de censure, s’est dignement plié à la dure loi de la politique : Il s’est retiré sans tergiverser un seul instant. Même dans la très lointaine histoire biblique, on voit comment Moïse transmet le pouvoir, au vu et au su de tout le peuple d’Israël, non pas à son frère Aaron, mais à Josué fils de Nun.

Josué désigné comme successeur de Moïse (Nombres 27.12-23)

« 12 L’Eternel dit à Moïse: «Monte sur ce sommet des montagnes d’Abarim et regarde le pays que je donne aux Israélites. 13 Tu pourras le contempler, mais toi aussi tu iras rejoindre les tiens, tout comme ton frère Aaron.

14 En effet, vous vous êtes rebellés contre mon ordre dans le désert de Tsin, lorsque l’assemblée s’est mise à contester, vous n’avez pas respecté ma sainteté devant eux lors de l’épisode du manque d’eau.» Ce sont les eaux de Meriba à Kadès, dans le désert de Tsin.

15 Moïse dit à l’Eternel: 16 «Que l’Eternel, le Dieu qui donne le souffle à toute créature, établisse sur l’assemblée un homme 17 qui sorte et rentre à leur tête, qui les fasse partir en campagne et en revenir, afin que l’assemblée de l’Eternel ne ressemble pas à des *brebis qui n’ont pas de berger.»
18 L’Eternel dit à Moïse: «Prends Josué, fils de Nun. C’est un homme en qui réside l’Esprit. Tu poseras ta main sur lui. 19 Tu le feras se tenir devant le prêtre Eléazar et devant toute l’assemblée, et tu lui donneras des ordres sous leurs yeux.

20 Tu lui transmettras une partie de ton autorité afin que toute l’assemblée des Israélites l’écoute.
21 Il se présentera devant le prêtre Eléazar, qui consultera pour lui le jugement de l’urim devant l’Eternel. C’est sur l’ordre d’Eléazar que Josué et tous les Israélites avec lui, toute l’assemblée, partiront en campagne et en reviendront.»

22 Moïse fit ce que l’Eternel lui avait ordonné. Il prit Josué et le fit se tenir devant le prêtre Eléazar et devant toute l’assemblée. 23 Il posa ses mains sur lui et lui donna des ordres conformes à ce que l’Eternel avait déclaré par son intermédiaire. »

Monsieur Sassou sait mieux que tout le monde : Kiki n’est pas encore mûr pour le pouvoir, si jamais il le sera un jour.

Certes la sagesse affirme qu’« Aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années », mais force est de constater qu’après sa gestion de la SNPC dont il a du reste gentiment été « déchargé », Kiki n’a pas brillé par la compétence. Pour qualifier sa gestion de la manne pétrolière, on a le choix entre quatre adjectifs : catastrophique, calamiteuse, chaotique et hasardeuse. D’autres ont osé le terme mafieux, libre à eux. On en rirait même si le peuple n’en payait pas le prix fort.

L’amour filial est d’une grande noblesse. Vouloir le meilleur pour son fils, quoi de plus juste et admirable. Il y a de la beauté dans le geste de l’avocat transférant son étude à son fils ayant suivi des études d’avocat ; dans celui du médecin cédant son cabinet à son fils ayant prêté le serment d’Hippocrate. Sauf que nous sommes ici dans un contexte non pas familial, mais national et la république n’est pas un fonds de commerce, mais un sacerdoce. Ce sont les intérêts supérieurs de la nation qui doivent guider les grands hommes politiques. Quand Nicolas Sarkozy a voulu propulser son fils Jean Sarkozy à la tête du plus grand quartier d’Affaires européen de la Défense à Paris, il a fini par céder à l’immense levée de boucliers suscitée par cette démarche incongrue pour un démocrate.  Georges Bush Junior a certes accédé à la Maison Blanche, mais même s’il a joui de l’appui de son père, il a dû d’abord se plier aux exigences du parti républicain en gagnant à la régulière les primaires statutaires.

J’ai déjà affirmé à plusieurs reprises (et cela m’a valu une volée de bois vert) ne rien avoir contre les ambitions présidentielles de Kiki. Le panafricaniste que je suis ne voit en ses lointaines ( ?) origines rdcéennes aucun obstacle constitutionnel puisque son père est Congolais et donc Africain. Je doute cependant que Kiki puisse remplir actuellement les critères éthiques et moraux qu’exige une gestion responsable de la cité. Un audit tant soit peu objectif de la SNPC montrera sans doute aucun de graves entorses à l’orthodoxie financière la plus élémentaire. Comment dans ces conditions confier la gestion d’un pays à quelqu’un qui a failli dans la gestion d’une « banale » entreprise, fût-elle pétrolière ? Le pays n’est-il pas plus complexe qu’une entreprise ?

La sagesse populaire, toujours elle, affirme qu’« On ne peut pas être sérieux dans les grandes choses, si l’on n’a pas pu l’être dans les petites choses. » Le Congo est notre bien commun, notre patrimoine ancestral. On ne peut en confier la gestion à quelqu’un qui a failli dans la gestion d’une entreprise d’Etat. Le dire ne signifie en rien qu’on est contre Sassou ou Kiki. La dette colossale de SNPC est un argument infalsifiable et à charge contre Kiki.

Dans une récente sortie pour défendre « Ce qu’il croit », Denis Christel Sassou Nguesso s’est lancé dans une indécente diatribe contre la diaspora qui se contenterait de critiquer le Congo depuis les douillets et confortables gradins parisiens au lieu de descendre dans l’arène boueuse brazzavilloise défendre ses opinions. Je suis de cette diaspora critique sans être haineuse, exigeante sans être envieuse, rigoureuse sans être jalouse, pondérée sans être complaisante. Nous sommes nombreux dans cette diaspora prêts à descendre à Brazzaville vous porter la contradiction dans un débat ouvert serein dans les règles de l’art et vous prouver que vos ambitions ont beau être légitimes du point de vue individuel, elles sont un désastre sur le point national. Etes-vous prêt au débat ? Alors nous attendons votre invitation en bonne et due forme. Petite précision : Nous exigeons les garanties d’entrer et sortir du pays sans encombre, comme vous entrez et sortez sans chichi (sauf la fois où vous avez dû vous expliquer au Pôle financier parisien) en France et dans tous les Etats démocratiques du monde. Des garanties de revenir sans être amputé du plus petit doigt ou avoir ingurgité une quelconque et douteuse mixture. Si vous êtes incapable de ce minimum, arrêtez s’il vous plaît, de prendre les Congolais pour des idiots.

Avant même de recevoir son hypothétique invitation, je voudrais déjà transmettre à monsieur Denis Christel Sassou Nguesso le fonds de ma pensée. Dans un régime démocratique, il ne pourra prétendre à la magistrature suprême qu’après avoir soldé son lourd contentieux avec la SNPC, fait amende honorable et appris les fondamentaux de la gestion. Pour le prouver, quoi de plus simple, cher compatriote, organisons simultanément deux meeting à Brazza, l’un au stade de la Concorde, l’autre au stade Massamba-Débat. Vous aurez le choix du stade que vous remplirez (à coup d’espèces sonnantes et trébuchantes ou pas) de vos partisans, convaincus de l’incontournable et indispensable nécessité de votre candidature. Nous prendrons l’autre stade que nous remplirons (sans verser un seul sou vaillant) de tous ceux qui croient que votre ambition est une calamité pour le pays, et croyez-moi, ils sont très nombreux à commencer par vos rivaux (JDO, Dabira, Ngolo etc. que je verrais bien installés aux premières loges de ce grand meeting ) au sein de votre propre famille politique. Défi pour défi, vous avez interpellé la diaspora sur ses critiques gratuites et frivole, nous vous mettons à l’épreuve du remplissage des stades et attendons votre réponse ‘’démocratique’’.

Encore une fois, dans une démocratie effective, vous avez certes le droit à des ambitions politiques, vous qui avez tout reçu sur le plan matériel, mais vous avez aussi le devoir de tenir compte des casseroles qui pèsent sur vous. Epargnez à votre père qui vous aime bien (je crois), cette ultime aventure qui achèverait de le déshonorer. Prenez de la distance et de la hauteur pour redorer le blason si terni de votre ‘’pauvre’’ famille. Vous avez l’âge d’entrer à tout moment en politique après avoir reconquis le cœur des Congolais. N’oubliez pas que les Congolais ont la mémoire courte, eux qui ont applaudi votre père en octobre 1997 après sa faillite de juillet 1992. Essayez d’abord de vous débarrasser de vos casseroles en testant votre popularité (Je vous souhaite plein succès). Acceptez le verdict inévitable des Congolais. Retirez-vous pendant 5 ans (comme l’a fait votre paternel) avant de revenir au canon ou pendant 10 ans pour vous refaire une virginité. Revenez alors tenter le cœur de vos compatriotes prompts à oublier les affres qu’ils subissent aujourd’hui. Pour le moment, vous allez trop vite en besogne et on est loin, très loin du compte. Mais qui a dit que le Congo était une démocratie ?

 

Pascal MALANDA

Pascal Malanda

LE CONGO ETERNEL

 

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