Politique, Société

Oui monsieur Sassou-Nguesso, le Congo-Brazzaville est une dictature

 

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

Souffrez que votre plumage ait pris du plomb dans l’aile !

N’en déplaisent à ceux qui écrivent vos discours en dépeignant une face rose de notre pays, je suis dans le regret de vous apprendre que notre pays que vous dirigez depuis plus de 35 ans, envers et contre tous, est bel et bien une dictature. Cette vérité est tellement blessante pour vous que vous n’osez l’affronter.

Alors, comment comprendre votre longévité au pouvoir avec le désastre que nous connaissons ? Dans une démocratie, ce peuple congolais souverain et affamé vous aurait déjà renvoyé de la scène politique.

Pour avoir osé répondre à l’appel du peuple pour un changement radical, vous avez emprisonné vos adversaires politiques transformés à l’occasion en ennemis car ne supportant pas que nos frères congolais ressortissants du Nord puissent braver votre soi-disant autorité. Ainsi, pour ne citer qu’eux, Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa croupissent dans les geôles insalubres de votre pays. Dans une démocratie, l’on n’emprisonne pas ses opposants politiques, l’on n’interrompt pas le réseau internet non plus ; C’est de la violence attentatoire aux libertés fondamentales d’expression, de réunion, de mouvement, etc. Ceci est notre compréhension de la dictature.

Vous n’hésitez pas à massacrer tous ceux qui osent vous résister. Même ceux qui vous ont accompagné dans la funeste guerre civile du 05 juin 1997 ont payé de leur vie leur moment de lucidité. Le Colonel Marcel Tsourou est le symbole poignant de cette dérive autocratique à l’origine d’une violence aveugle.

Pendant la sinistre période du CMP (Comité militaire du parti), une voix qui vous est très familière annonçait le massacre de nos compatriotes comme du bétail, au petit matin, dans cette brise de ce temps grisâtre et pluvieux. Pareille insensibilité à l’horreur nous marquera à jamais et pour l’éternité.

La démocratie congolaise est en berne. Le peuple congolais vit dans la terreur. La seule paix qui nous est offerte est celle des cimetières ou de l’exil. Les institutions congolaises se délitent et se caractérisent par un manque de contre-pouvoir laissant le champ libre à toutes les dérives autoritaires. Rien ne fonctionne normalement tant vous incarnez à vous tout seul le pouvoir constitutionnel, exécutif et législatif ; Ainsi, vous violez la loi.

Il convient de dire que la télévision congolaise n’est que votre instrument de propagande, vantant et chantant votre gloire à longueur de journée ; C’est aussi ça le culte de la personnalité dans un régime autoritaire qui vous donne une dimension surhumaine au-dessus du plancher des vaches. Notre seul espace de liberté d’expression se trouve sur les réseaux sociaux pour mettre en lumière l’une des pires dictatures du XXIème siècle.

Ceux qui vous applaudissent le font contraints et forcés pour des raisons alimentaires et de sécurité, car craignant par la même occasion pour leur vie. Dans une dictature comme la vôtre aucune tête ne doit dépasser. C’est le calme d’outre-tombe qui prévaut. Triste sort !

Ce n’est pas de gaité de cœur que nous parlons de notre pays comme étant une dictature. Mais, les faits parlent d’eux-mêmes pour ne pas en rajouter. C’est Albert Camus qui écrivait : «Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde.»

La cécité politique qui vous habite conduit de plus en plus le peuple congolais dans des profondeurs insondables qui risquent de voir disparaître ce Congolais debout, fièrement partout. Il devient un homme voûté avec la main tendue, toujours en bas, pour recevoir l’aumône qui n’est autre que le fruit de son travail. Même ceux qui travaillent honnêtement deviennent par la force des choses vos obligés. C’est aussi ça la dictature.

Alors que dire de la gestion calamiteuse des affaires publiques. Notre pays qui après avoir bénéficié d’un allègement de la dette au titre des pays pauvres très endettés (PPTE), se retrouve à faire la manche après avoir dilapidé pour des raisons obscures tout son argent. A la municipalisation accélérée succède la dégradation accélérée comme suite logique d’une politique sans vision.

Le pays, notre pays, le Congo-Brazzaville va mal. En tant que vigie de la république, nous ne cesserons de vous le rappeler afin que vous retrouviez la raison. Vous pouvez nous enfermer, nous embastiller, nous occire, mais nos plumes et nos idées sans frontière vous atteindront toujours et vous rappelleront à nous. Personne ne viendra à bout de ce brasier de liberté qui brûle en nous et celui-ci ne s’éteindra pas tant que notre pays demeurera une dictature. Le moment venu, nous chanterons tous avec ivresse le chant de la liberté.

La République (res publica : chose publique) est un bien commun et nul ne peut s’en accaparer tel que vous le faites avec les soudards acquis à votre cause. Notre liberté d’expression ne pourra être bridée dans le cadre des partis politiques que vous manipulez à votre guise ; Le vouloir c’est aussi ça la dictature.

Parler de dictature tel que vous le faites, c’est reconnaître qu’elle existe ; C’est votre subconscient qui vous interpelle. Libérez les prisonniers politiques et discutons tous ensemble de l’avenir de notre pays. Ce pays qui au jour le jour devient un bateau ivre sans boussole, tanguant au gré des vagues. Notre devoir à tous est de le sauver de ce naufrage collectif si proche qui s’annonce.

C’est Stefan Zweig qui disait : «On peut tout fuir sauf sa conscience.» Cette petite lumière intérieure qui fait de nous des êtres humains.

Puisse la raison dorénavant vous habiter !

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*