Politique, Société, Tribune libre

Pour notre pays, le Congo-Brazzaville : j’ose

 

Par :  Jean Marie BITOULOU

 

11 juillet 2019 – 11 octobre 2019, voilà trois mois, jour pour jour que le CONGO arrivait à obtenir au forceps l’accord avec le fond monétaire international (F.M.I) pour une facilité élargie de crédit (FEC). A travers cet accord, le CONGO redevenait fréquentable dans le concert de nations, la confiance était rétablie. Ce ne sont donc pas les sommes d’argent que le FMI allait apporter qui sont importantes mais plutôt la crédibilité retrouvée. Cet accord n’est rien d’autre qu’un ajustement structurel, c’est une invite « ferme » au retour à l’orthodoxie, à la norme et à la loi. Il consistera à faire retrouver les équilibres macro-économiques en commençant par la réduction des déficits au travers des réformes qu’on appelle ici « les mesures audacieuses et courageuses » pour que le CONGO cesse d’être « ce voyou qui se lave nu sur une plage qui n’est pas réservée aux nudistes ». 48 mesures sériées constituent le substrat de cet accord triennal. Trois mois, c’est le répit accordé à un gouvernement fraichement nommé ; c’est l’état de grâce. Mais, pendant ce temps relativement court, la volonté et la direction doivent être affichées clairement à travers des signaux forts indiquant l’ambition, la rigueur et les objectifs à atteindre suivant un chronogramme connu et maitrisé. On sait, par expérience, que le retour à  l’orthodoxie est comme un coup de manivelle dont le retour est redoutable. Se débarrasser des habitudes devenues une seconde nature est difficile, on n’abandonne pas les positions acquises  le cœur en joie.

Devant la rigueur qu’imposent les mesures (réformes), il y aura indubitablement des grincements de dents (grogne sociale). Le gouvernement devra donc, en même temps qu’il procédera à la hiérarchisation des priorités, s’employer à conduire les réformes qui ne manqueront pas d’engendrer des remous sociaux ou la fronde sociale qui, mal ou pas du tout maitrisés, peuvent conduire à des grèves qui risquent de plomber les résultats escomptés. C’est ici où gouverner rime avec prévision. Le gouvernement doit mettre en place des mesures d’accompagnement (trêve sociale, apaisement politique avec la  libération de Mokoko, Okombi Salissa et autres prisonniers d’opinions, réhabiliter la gratuité de l’enseignement et de certains actes médicaux, instaurer un forfait sur la facturation de l’électricité  qu’on pourra fixer à 25.000frs/par ménage par bimestre… ) pour prétendre « atterrir en douceur » : quand on veut faire avaler une pilule amère, on l’enrobe de sucre, car, il sera difficile, aux mêmes personnes par lesquelles est arrivée la misère du pays, de demander des sacrifices au peuple sans qu’elles donnent le gage de leur repentance.

Trois mois après, avec sérénité, quel est le chemin parcouru même pour un commencement d’application des mesures arrêtées de commun accord par le CONGO et le FMI ? Peut on dire que la trajectoire tracée et contenue dans les 48 mesures est respectée ou tout au moins, cette trajectoire est elle rendue intelligible et tangible ?

Depuis la signature de l’accord de juillet 2019, l’impression qui se dégage est que le chronogramme édicté au travers des 48 mesures est simplement indicatif pour le pouvoir et non impératif, la FEC étant signée pour trois ans, le gouvernement donne l’image de quelqu’un qui a tout son temps. Ainsi sur les 48 mesures de l’accord, 29 devraient être réalisées au 31 septembre 2019. au jour d’aujourd’hui, une petite revue démontre qu’aucune mesure n’a été menée à terme : La mesure No 10 sur le suivi des projets d’investissement depuis 2014 pour évaluer leur effectivité devait être réalisée au mois de juin dernier, à ce jour aucun rapport officiel n’est disponible ; le site web du gouvernement (mesure No 5) n’est pas documenté en temps réel. La mesure No 18 qui devait se réaliser en juin dernier n’est pas encore opérationnelle. Aucun rapport ne fait mention de ce que, à ce jour, les produits de vente des cargaisons par la société nationale de pétrole du CONGO (SNPC) sont transférés dans le compte unique du trésor (CUT) (mesure No 19).

A la fin septembre dernier, à la place d’un décret d’application de la loi  établissant la haute autorité de lutte contre la corruption (HALC) (mesure No 29), on n’en est encore au balbutiement avec l’adoption, sans contrainte de temps, par le conseil de ministres du 18 septembre dernier, d’un décret de mise en place  du comité qui va rédiger les termes de référence déterminant les missions, la composition, les attributions, les conditions d’appel à candidature, la nomination  ainsi que la mise en place de la HALC ; comme quoi, quand on ne veut pas vite régler un problème, on crée une commission. On peut multiplier les exemples sur les autres mesures et les périodes correspondantes, on retombe sur le même triste constat : trois mois après la signature de la FEC entre le CONGO et le FMI, tout est encore dans « les laboratoires du gouvernement » ; ni reformes, ni mesures d’accompagnement ne sont perceptibles. Il n’y a donc pas encore d’actes courageux et ambitieux posés concourant à la résorption de la crise : Ou le gouvernement joue à la malice comme il le fait depuis le début des négociations avec le FMI ou alors, le gouvernement est « groggy » parce qu’attendant de l’argent frais, il se trouve devant des conditionnalités qui menacent la survie même du système Sassou-Nguesso. Le gouvernement ne fournit pas d’efforts  palpables qui rassurent les populations pour une sortie de crise sans trop de douleurs. L’amateurisme et l’approximation semblent être les caractéristiques qui ne vont pas nous conduire à la lutte contre le tribalisme, les passe-droits, la concussion… et nous ne pouvons donc pas admirer la mauvaise foi ou le manque d’ingéniosité du gouvernement qui a atteint le sommet de l’art difficile de l’incurie.

La crise multidimensionnelle qui sévit au CONGO n’est pas une fatalité. On peut s’en sortir rapidement pour peu que la compétence, l’intégrité, l’exemplarité et l’amour du CONGO soient au centre de l’action du gouvernement. Ce n’est qu’en se drapant des habits de la vertu, de l’humilité et de la droiture que le Président Sassou-Nguesso et son gouvernement pourront atténuer les bruits de casseroles qui les précèdent (surtout l’affaire des 14000 milliards volatilisés) et prétendre conduire à bon port les reformes indispensables pour la sortie de crise et la diversification de l’économie nationale. En faisant des pieds et des mains, le président Sassou-Nguesso a, même si c’est par effraction, conquit le pouvoir ; en jouant des coudes et des genoux, il le conserve.

Aujourd’hui, il est question qu’il se mette à la hauteur des enjeux parce que le pays est en rupture de destin. C’est pourquoi, si on ne peut lui demander de démissionner pour insuffisance de résultats, si les coups d’état sont proscrits pour favoriser l’approfondissement et l’enracinement de la démocratie et enfin, si le soulèvement populaire est l’occasion attendue par les gouvernements de montrer la seule chose dans laquelle ils sont excellents (violences), ce ne serait pas un crime de lèse majesté, en osant le proclamer, de dire que pour sortir de la mauvaise passe dans laquelle nous nous empêtrons, il faut, toutes affaires cessantes, ici et maintenant, comme mesures courageuses :

  • Fixer et rendre public le salaire du président de la République. Il va s’élever à 15.000.000 de FRS ; Rabattre de moitié le budget de la présidence et réduire l’effectif du personnel qui y évolue ; Supprimer les hauts commissariats et commissariats auprès de la présidence pour éviter le chevauchement inutile avec les départements ministériels arrêtant net l’intervention intempestive du président dans les taches du gouvernement …
  • Nommer un gouvernement serré de 25 membres, le premier ministre y compris ; chaque département y sera représenté soit 12 postes ; Le président de la République pourvoira 2 postes (les affaires étrangères et la défense nationale), les 10 postes restants seront à repartir entre le PCT et ses affidés.

Le salaire du premier ministre, des présidents des deux chambres du parlement s’élèvera à 9.000.000 chacun. Celui des ministres sera de 5.000.000 ; il n’y a pas de ministres d’état. Les émoluments des députés et sénateurs seront fixés à 3.000.000. Les présidents des commissions et groupes parlementaires toucheront chacun 3.500.000. Naturellement tous les privilèges seront supprimés et, les budgets de fonctionnement seront dégraissés drastiquement… La diète, ainsi amorcée, gagnera toutes les strates de la pyramide institutionnelle. Alors, c’est seulement lorsque ces deux conditions seront remplies, que le gouvernement pourra s’attaquer aux reformes pour le retour à l’équilibre macro-économique qui sera encadré par les 48 mesures de la FEC et les mesures d’accompagnement largement partagées.

Si gouverner, c’est prévoir, il n’en est pas moins vrai que faire la politique, c’est anticiper. Aussi, si pour le CONGO, le problème est l’amélioration des conditions de vie des populations, il est évident que les meilleures chances de réussite le sont avec la démocratie pluraliste qui imposent, qu’ à des dates régulières, que le peuple soit consulté pour sanctionner positivement ou négativement les gouvernants qui vont intérioriser cette évidence : le pouvoir vient du peuple et non à la fidélité aveugle à un homme. Dans  le cas où se trouve le CONGO, dialogue, gouvernement d’union nationale…, ne sont que de la diversion. Le seul combat qui vaille la peine d’être mené est celui de la gouvernance électorale en vue de l’organisation crédible des élections transparentes pour que la vérité des urnes soient garantie, et que le trucage électoral ne soit pas toujours légalisé par la violence. Le respect du souverain commandera désormais aux folies des hommes politiques Ce précepte vaut aussi pour l’opposition inoffensive et paresseuse du CONGO qui accompagne le pouvoir sans rechigner.

Fait à Brazzaville, le 12 Octobre 2019

 Jean Marie BITOULOU ;   Analyste Politique

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