Politique

Pour sauver son honneur et celui du Congo, Sassou doit démissionner avant 2021

 

Sassou perd le sommeil : Le Congo-Brazzaville en pilotage automatique

Par Pascal MALANDA

En 2014, quand apparaissent les premiers signes d’une tentative de changer la constitution afin de briguer un troisième mandat, nous nous sommes inscrits dans la démarche de « La voie du milieu ». L’idée fondamentale était et reste la consolidation de la démocratie à travers l’acceptation de l’alternance politique au sommet de l’Etat en créant les conditions permissives. Il s’agissait en effet d’encourager Sassou à respecter la constitution pour créer une tradition d’alternance pacifique du pouvoir dans notre pays. En contrepartie, un consensus devrait être trouvé pour garantir à l’ancien président un retrait pacifique de la vie politique, une retraite paisible dans son village natal comme le font la plupart de ses homologues des pays civilisés. L’idée ne faisait pas l’unanimité, loin de là. Les opposants à la démarche lui reprochait ‘’l’impunité’’ qu’elle accordait à un bourreau. Depuis, Sassou Nguesso fidèle à lui-même, est passé en force en imposant sa réélection en mars 2016.

Le temps est un juge implacable. Aucun humain n’a à ce jour, réussi à échapper à son verdict inexorable. Ce qui a fini par devenir le mandat de trop tire à sa fin. Oui, 2021 n’est plus qu’à un jet de pierre. Peut-on briguer un autre mandat après le mandat de trop ? C’est la question qui doit triturer le cerveau de Sassou et lui provoquer l’insomnie. Pourtant, la réponse est simple. Le bon sens élémentaire interdit catégoriquement pareille aventure. En tout cas pour quel bénéfice ?

Au mandat illégal et au pouvoir illégitime est venue s’ajouter la plus grave crise économique et financière qu’ait jamais connue le Congo. Ayant emprisonné ses rivaux les plus dangereux, ayant dompté ses opposants les plus malléables, Sassou et son clan comptaient sur une remontée rapide du cours du baril et à la mise en exploitation de nouveaux gisements de pétrole pour préparer en toute arrogance une succession dynastique à la tête du pays.  C’était sans compter avec le plus puissant opposant auquel Sassou a dû faire face : La crise gravissime que traverse le Congo.

La crise ? Parlons-en un peu. Pour le pouvoir, elle n’est qu’un petit passage à vide temporaire dans la marche à pas forcés vers l’émergence en 2025. Pour l’opposition en revanche, la crise est le résultat d’une gestion catastrophique et clanique du pays. Si les uns la redoutent, les autres en font leur alliée dans la lutte contre le pouvoir dans l’espoir que plus elle perdurera, plus elle débouchera sur la contestation sociale, l’insurrection et l’effondrement du régime. Mais la principale victime de la crise, c’est le peuple qui subit un génocide larvé. Oui, chaque jour qui passe, ce sont des Congolais, par centaines ou par milliers qui meurent comme des mouches à cause de la faim et des hôpitaux à court de fonds pour leur fonctionnement, mais surtout à cause du manque des médicaments les plus banaux tels que l’insuline, les antipaludéens, etc. Le nombre de morts quotidiens est tel que le jour où les démographes se pencheront sur cette période de notre histoire commune, ils se rendront compte que la grande crise aura fait plus de morts silencieuses que toutes les guerres réunies. C’est à se demander si cette crise n’est pas un moyen sournois de dépeuplement ciblé du Congo : un génocide bon marché, ni vu ni connu.

La crise a surtout révélé au grand jour l’incompétence d’un pouvoir qui avait tout pour faire du Congo un pays prospère et apaisé, une petite Suisse ou un Koweït tropical ; mais qui a fait du Congo un pays hyper pauvre et surendetté pour des décennies. Tant que l’argent coulait à flots, l’incompétence était noyée dans les pétrodollars distribués à tour de bras au Niger, Togo, et autres Côte d’Ivoire et RCA. Mais dès que le prix du baril a chuté, on a découvert toutes les malversations d’un pouvoir totalement irresponsable au point de dilapider, même les 20 milliards des générations futures, sans que cela n’émeuve quiconque. Et comme si cela ne suffisait pas, les scandales s’égrènent comme un vrai chapelet de malheurs. Ces révélations qui vont crescendo sont manifestement le signe d’une vendetta au sein du clan. Sauf à dire que la presse internationale à la solde du pouvoir pendant des années, a curieusement décidé de tout déballer. De là à dire que quelqu’un a ouvert les vannes, il n’y a qu’un petit pas facile à franchir. Preuve supplémentaire d’incompétence, c’est au plus profond de la crise, alors que les caisses de l’Etat sont vides, que le pouvoir s’engage dans un ambitieux, mais très flou programme de diversification de l’économie nationale.

Errare humanum est perseverare diabolicum

Oui, l’erreur est humaine mais persévérer dans l’erreur est diabolique. Sassou a commis la grave erreur de ne pas écouter le bon sens qui lui recommandait de ne pas changer la constitution de 2002 et de quitter le pouvoir par la grande porte. Après le mandat de trop en 2016, nous n’avons eu de cesse de l’interpeller sur l’absurdité d’une candidature en 2021. La dernière manifestation organisée à Pointe-Noire pour l’inviter à se présenter en 2021, était l’injure de trop à l’intelligence du peuple congolais. On prête à son fils, qui a la prétention d’être khalife à la place du khalife, ainsi qu’à la constellation de courtisans qui gravitent autour du dauphin autoproclamé, d’avoir commandité ce spectacle ubuesque et grotesque. Est-ce la goutte d’eau qui a fait déborder le vase élyséen au point d’aboutir au flop qu’a été la visité de Sassou à Paris ? L’histoire nous le dira.

Une chose est sûre, Sassou qui a commis la grave erreur de ne pas nous écouter, nous, tous ses compatriotes qui l’appelons depuis des années à la raison, aura-t-il l’audace d’ignorer la demande pressante (l’injonction amicale ?) de Macron, qui (dit-on) lui aurait recommandé de ne pas se présenter à la présidentielle de 2021 ? Ce serait alors persister dans l’erreur, autrement dit : diabolique (avant tout pour lui-même).

Macron, Le Drian et la souveraineté du Congo

L’épisode élyséen de la visite de Sassou laisse un goût amer aux patriotes panafricanistes que nous sommes. Autant on peut se réjouir de l’insistance ‘’amicale’’ faite par les copains parisiens de Sassou, Le Drian en tête, autant on peut s’indigner de la manière cavalière de traiter ceux qui nous représentent, même lorsqu’ils n’en n’ont ni légitimité ni légalité. On se croirait dans une pièce de théâtre de mauvais goût, où le toto de la classe se fait remonter les bretelles et tirer les oreilles par l’instit espiègle qui hésite même à lui donner une bonne fessée.

Ceux qui, autour de Sassou, toute honte bue, brandissent à hue et à dia, la notion de souveraineté nationale pour justifier l’improbable refus de leur patron de se plier aux injonctions du ‘’néocolonialiste’’ Macron, feraient bien de se souvenir de l’autre ‘’néocolonialiste’’ qui avait recommandé au même Sassou de consulter son peuple au sujet du changement très controversé de la constitution de 2002. C’était à un jour du référendum ‘anticonstitutionnel’ d’octobre 2015. Véritable douche froide pour l’immense majorité des Congolais qui avaient maladroitement confié leur sort à l’ancienne métropole. Le champagne avait alors coulé à flots à Mpila pour fêter ce qui avait pourtant tout l’air d’une ingérence flagrante dans les affaires du Congo. La souveraineté congolaise serait-elle une variable ajustable ? Y aurait-il de bonnes et de mauvaises ingérences de la France ? Pour se consoler, monsieur Sassou peut se référer à la très récente visite d’Angela Merkel en Chine. Il n’est pas le seul à subir des injonctions plus ou moins polies. Droits de l’homme obligent, la grande dame allemande n’a pas hésité à rappeler à son homologue chinois, l’importance de résoudre la crise à Hong-Kong par le dialogue. Même si Xi Jiping n’a pas trop apprécié, cela fait apparemment partie des ‘’bonnes’’ pratiques internationales. A la petite nuance près que ce que la Chine (deuxième puissance mondiale) peut se permettre à l’égard de l’Allemagne, le Congo de Sassou, surendetté et à la merci du FMI, englué dans les scandales crescendo ne peut pas se le permettre à l’égard de la France qui le porte à bout de bras.

Pour sauver son honneur et celui du Congo, Sassou doit démissionner avant 2021

Que reste-t-il à Sassou comme options après la douche froide de Paris qu’il a apparemment quitté précipitamment en écourtant d’un jour sa visite ? Lui qui aurait certainement tant aimé faire la nouba à Paris après le tête à tête tant désiré. Précisons au passage que la douche froide n’est encore qu’une rumeur, probablement propagée par des esprits ‘’mal intentionnés’’. J’espère que le trait d’ironie sera apprécié par mes détracteurs habituels. Sauf à croire qu’au comble de l’indignation, Sassou a lâché à son entourage ce qui s’était dit en tête-à-tête. Autre hypothèse, une fuite savamment organisée par l’Elysée pour accentuer la pression sur le grand ami de Le Drian.

La première option serait de libérer immédiatement Mokoko, Okombi et tous les autres prisonniers. Dans la foulée, déclarer qu’il ne se présentera pas à l’élection de 2021. On peut imaginer l’explosion de joie au Congo. Seul petit bémol, cela ressemblera à une capitulation en rase campagne et pour le prétendant au grade de maréchal, c’est l’humiliation suprême.

Deuxième option. Refuser catégoriquement d’obtempérer, plier sous la tempête, mais ne pas rompre jusqu’en 2022, financer les rivaux de Macron et attendre que la démocratie l’efface comme elle avait balayé Hollande. Hypothèse très risquée.

Troisième option. Démissionner en 2019 ou début 2020, convoquer des élections présidentielles anticipées et laisser à son successeur la gestion de toutes les questions brûlantes.

Facile de deviner ma préférence.

Il y a, bien sûr, de nombreuses autres options, plus folles et tordues les unes que les autres. Mais comme dit la sagesse orientale : ‘’Si tu t’assois au bord d’une rivière, il se peut que tu voies passer le corps de ton ennemi.’’

La sagesse romaine, quant à elle, conclut : Aléa jacta est, le sort en est jeté.

Pascal Malanda

LE CONGO ETERNEL

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