Politique

Protocole pour une pédagogie de sortie de crise au Congo-Brazzaville

Par :  JEAN MARIE BITOULOU,

En décembre 2017, j’ai applaudi des deux mains lorsque , pour la première fois depuis son long règne, le Président SASSOU-NGUESSO a reconnu et avoué  son incapacité à endiguer la crise dans laquelle était englué le pays et annonçait les négociations futures avec le fond monétaire international (F.M.I). L’espoir des congolais fut ravivé et on attendait que le taureau soit pris par les « cornes ». Mais depuis, à quoi assiste-t-on ? Esquives, diversions, tergiversations et saupoudrage fondent la fuite en avant, et la crise ne fait que s’incruster dans le corps social : le pays stagne sinon régresse devant le manque de vision cohérente et de volonté politique affichées. Aussi, quand :

  • Je constate que par l’uniformisation de la tenue scolaire pour l’école publique et l’école privée, on veut gommer d’un trait, la notion de différence qui est le moteur, par excellence, de l’émulation d’une part et de l’autre, à la suite d’un micmac entre le gouvernement et une association qui ne représente rien puisque presque personne n’y est encarté, on rétablit les droits (cotisations ou frais) scolaires dans un pays où le droit à l’éducation est consacré. Première conséquence pour cette année, beaucoup d’élèves en classe d’examen n’ont pas été inscrits aux examens parce que les parents n’ont pas pu faire face à cette dépense nouvelle. Personne n’est ému.
  • Je relève le retour au « SALONGO » (travail bénévole des travailleurs tous les premiers samedi du mois) que le gouvernement présente comme une trouvaille lumineuse alors que par là, on ne retombe que dans la propagande béate du temps de parti unique. Si l’objectif de cette opération est seulement l’assainissement, on doit mettre à contribution les agents d’entretien pour les administrations et, pour les places publiques, les municipalités perçoivent bien des taxes pour ce faire. Le gouvernement aurait fait preuve d’ingéniosité si par exemple, avec des mesures d’incitation, il amenait, une fois tous les six mois, les militaires, les fonctionnaires, les étudiants, les membres des confessions religieuses de faire don de leur sang pour régler la question de manque chronique de sang dans les banques de sang à travers le pays.
  • J’entrevoie que, derrière la célébration des 40 ans du 5 février 1979 à grande pompe, c’est la volonté manifeste du surplace qui s’exprime parce que cette date n’exhale que le primat de la combine au détriment du respect des textes. C’est vrai que YOMBHI devait partir, mais la manière usitée était répugnante. Cette manière, peu s’en rappelle, est l’ancêtre de l’ordonnancement politique de Janvier 1998 et le modus vivendi de l’organisation des élections au CONGO depuis la présidentielle de 2002.
  • J’entends que pour endiguer les déficits, la taxe foncière ou les péages aux montants exorbitants sont la panacée alors que, non seulement trop d’impôts tue l’impôt donc pas de réduction de déficit, mais aussi ne prépare-t-on pas la grogne sociale par là ? Veut-on soulever les populations, on ne s’y prendrait pas autrement pour une population qui en a déjà jusqu’au cou.
  • J’apprends que n’importe qui peut écouter aux portes, et le fruit, faire autorité dans une procédure judiciaire ; je crains pour le climat des affaires parce que cela ne peut rassurer les investisseurs qui ont besoin d’une bonne justice.

        Lorsqu’on est responsable, on répond de…Comme la crise intervient au moment où on est aux affaires, l’on doit donc répondre et, on ne doit pas demander des sacrifices aux populations tant les responsables n’ont pas montré l’exemple. Les périodes de crise sont des moments propices aux réformes, encore faut il avoir beaucoup de doigté pour ne pas dépasser la ligne rouge qui correspond au dernier trou de la ceinture. Ce qui est curieux est que pourtant le CONGO est déjà passé par ce trou de l’aiguille et je ne comprends donc pas pourquoi le Président SASSOU-NGUESSO n’arrête- t-il pas ces  jeunes turcs aux  longues dents que sont ses ministres qui ne proposent rien d’intelligent pour sortir de la crise ; ils ne pensent qu’à la meilleure manière de s’en mettre plein les poches. Entre 1989 et 1996, quand il fut malmené comme un malpropre, ceux qui ne lui chantaient que les louanges, en lui susurrant qu’il était et resterait « SESE SEKO », l’avaient rapidement quitté et s’étaient vite recasés ailleurs. Le Président SASSOU-NGUESSO doit se rappeler la situation est grave, il faut de la sagesse, de l’intelligence mais il faut beaucoup d’intégrité et de droiture pour s’éloigner des antivaleurs en donnant la priorité au CONGO.

En ce qui concerne l’opposition, elle n’est pas meilleure que le pouvoir. Elle ne propose rien d’objectivement vérifiable, quelque chose capable de sortir le pays de la crise et je crains qu’elle ne soit pas l’alternative car utilisant le même logiciel que le pouvoir. C’est pourquoi je crains que le dialogue tant réclamé par elle ne serve que de courte échelle pour s’installer à la mangeoire. Ce type de dialogue est sans objet. Alors au CONGO, pouvoir et opposition ne seraient-ils que bonnet blanc et blanc bonnet ? Tant, sémantiquement et heuristiquement dans les approches de solutions de sortie de crise, je ne note rien qui différencie les moukouéké, tamba-Tamba, Itadi,Ndzon, Munari, Bowao, Parfait Kolélas, Tsaty-Mabiala…( tous anciens du PCT ou de l’UJSC) et les Pierre Ngolo, Ngakala Michel, Mvouba…Tous sont rattraper par les tares et avatars de leur passé et constituent les miasmes qui gangrènent le CONGO.

Pourtant, pour peu que l’on s’arme de courage et que l’on s’entoure de compétences, les solutions (éthique, morale et technique) existent pour une sortie de crise en douceur après signature des accords avec le F.M.I. tout doit commencer par la présidence qui est la clé de voute pour donner le rythme et la cadence ; ainsi : Salaire du Président fixé et connu (12.000.000 F cfa), suppression des excroissances de la Présidence (haut-commissaire et commissaires…) réduction du nombre de conseillers et d’attachés du Président et, division par deux du budget de la présidence …En prêchant par l’exemple, le reste suivra et passera comme une lettre à la poste : 9.000.000 pour le premier ministre, les présidents de l’assemblée et du sénat : 8.000.000 pour les présidents de la cour suprême et la cour constitutionnelle, 6.000.000 pour les  présidents des autres organes constitutionnels. Les organes consultatifs ne seront pris en charge que le temps où ils siègent. 5.000.000 pour les ministres, 2.500.000 pour les députés et les sénateurs dont les frais de descente et de santé seront supprimés. Les budgets de toutes ces institutions devront connaitre de véritables cures d’amaigrissement. Le salaire du chef de file de l’opposition ainsi que son allocation de fonctionnement n’échapperont à cet effort. Exploitation méticuleuse des résultats du recensement de la fonction publique, rapprochement des fichiers (fonction publique, force publique, ministère des finances), augmentation de l’âge de départ à la retraite (63 et 65 ans selon les catégories), pendant tout le temps du programme avec le F.M.I, c’est 1 recrutement pour 3 départs à la retraite, ce qui permettra de stabiliser les effectifs de la fonction publique autour de 50.000 travailleurs, nombre en adéquation avec la capacité de financement de l’Etat ; sortie systématique des agents ayants dépassés l’âge de la retraite… les économies réalisées permettront de couvrir le paiement en priorité des salaires, des pensions et des bourses… Toutes ces mesures et beaucoup d’autres, une fois finalisées, vont conduire à une remise à plat du budget national dont la nomenclature n’a jamais varié depuis le temps du Président Marien Ngouabi.IL faudra sortir des budgets de ressources à ventiler pour des budgets par objectif, budgets de développement ou des budgets axés sur les résultats. Une nouvelle clé de répartition du produit intérieur brut doit privilégier le développement (25% pour l’investissement, 15% pour le service de la dette, 60% pour le fonctionnement et les transferts). Pendant tout le temps du programme avec le F.M.I, le budget ne devra pas excédé 2500.000.000.000. Le contrôle continu et le regard inquisiteur du F.M.I encadreront l’exécution du budget tordant ainsi, à contrario, le cou au clientélisme, au trafic d’influence, à la corruption, à la concussion et à la fraude. Et comme cerise sur gâteau, une équipe gouvernementale resserrée de 21 membres (1er ministre y compris) sera montée pour exécuter sans état d’âme les mesures draconiennes qu’exige la situation de l’heure.

Lorsque ce qui est projeté ici sera amélioré et validé et que la demande de l’élargissement  des Moukoko , Okombi et autres aura été acquise pour l’apaisement, les congolais iront au dialogue dont le point unique sera la gouvernance électorale ; C’est en cela seulement que le dialogue aura la maitrise de son ordre du jour dont les conclusions seront impératives pour approfondir la démocratie au travers de la gouvernance électorale dont la toile de fond sera : révision de la loi électorale, participation aux élections des congolais de l’étranger, attribution et composition de la CENI… Les congolais devront intérioriser, le fait simple, que l’action politique l’est pour l’intérêt général et que l’exemplarité doit en être l’indicateur. DIEU seul sait combien dans la classe politique congolaise peuvent s’en prévaloir. C’est donc maintenant, le moment : Tous pays se gouvernent au centre par la recherche des consensus. Le présent protocole est donc un ensemble de règles à respecter pour les méthodes et procédés permettant un ressaisissement patriotique pour un sursaut national face à la crise et au devenir du CONGO.

Brazzaville, le 31 Mars 2019

JEAN MARIE BITOULOU,

Analyste Politique

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