DIASPORA, Editorial, Politique, Société

La résistance implique l’humilité, lucidité et constance.

Par   Jean-Claude BERI

« La meilleure façon d’élever le débat c’est d’éviter les fréquentations compromettantes, les gens qui ont les mains salies par le sang des congolais. »   JCB

C’est le cœur lourd que je vous écris. Depuis deux mois notre socle de combat est attaqué de tous bords. C’est vrai, le combat est lent et dure. Cela affecte la résistance de certains et d’autres baissent la garde en laissant entrer le loup dans la bergerie. Tant que ceux qui se disent opposant ou résistant n’intègrerons pas dans leur logiciel mental que nous avions en face une dictature tyrannique   qui a transformé toute une région en boucherie humaine a ciel ouvert, affamé un peuple, semé le désarroi au sein de la communauté congolaise, pillé 14 milles milliards des générations futures est une erreur grave qui nécessiterait un peu d’humilité et d’humanisme envers les victimes.

La résistance contre la dictature implique de la souffrance et c’est un choix qu’il faut savoir mesurer la difficulté. Elle demande de l’abnégation et surtout à ne pas prendre à une certaine forme de légèreté. Cette résistance que nous devons à notre peuple comporte le risque qu’on soit détruit ou élevé au rang de la grandeur des hommes humbles. Elle n’est surtout pas une notion rationnelle qui tendrait vers une quête du bonheur quelconque. La seule quête qui vaille qu’on se batte, qu’on résiste c’est la quête de la liberté. Or comme on le sait la liberté est une quête difficile à atteindre mais pas nécessairement impossible. Il se trouve dans ce processus on accepte que même si l’on échoue, il existe une liberté intérieure liée à la désobéissance, et peut-être bien qu’il s’agît de la seule liberté et du seul vrai bonheur que nous connaîtrons.

Mais résister à quoi !!

Il faut rejeter le mal qui est érigé au rang de norme de gouvernance dans notre pays. C’est le plus grand accomplissement du mal pour toute vie humaine que d’accepter au nom des liens familiaux ou amicaux de fermer les yeux devant l’abomination, la barbarie. Nous devons accepter de porter cette croix de la résistance et être profondément conscient que ce que nous portons est aussi ce pourquoi nous allons mourir.

Ont-ils eu le même égard lorsqu’il s’agissait de piétiner les paisibles populations désarmées ?   Seul comptait la brutalité barbare digne des hommes sans foi ni lois. Transgressant par là toute règle unissant les frères d’un même pays. On a tué pour imposer une certaine domination sur les autres. A ce moment, l’autre était son ennemi, une simple mouche qu’il faillait écraser, soumettre à la volonté d’un tiers par sa puissance passagère. L’autre était pourtant cette sœur, ce frère, cet enfant qui aujourd’hui, la peau hachurée, portera à jamais les stigmates de la souffrance inouïe causée par son propre frère. C’est à cela il faille résister pour que demain ces brutalités de fasse plus partie de notre quotidien. La meilleure façon de résister c’est de montrer du doigt les auteurs de ces barbaries.  S’afficher en public avec ces hommes c’est fouler aux pieds la mémoire des milliers de vies détruites impunément. L’exigence de réparation et du pardon doit précéder toute réconciliation.

La plupart de ceux qui résistaient hier et résisteront demain avec le courage et la force des convictions renverseront le système des valeurs injustement installé au Congo.  De ces qualités forgées dans le fort intérieur de chaque homme s’élèveront l’espérance et la victoire demain. Ceux qui résistent se tiennent auprès des crucifiés, peu importe le coût à payer. C’est cela  leur grandeur et leur pouvoir forgé dans l’humilité et la lucidité

L’incitation séduisante tentant de rendre conforme ce qui est une pirouette de Satan essayant de séduire la belle par des artifices virevoltants est à bannir.  L’argent, célébrité, récompenses, dotations généreuses, et une tribune publique doivent être méprisés par ceux qui résistent. Ils sont nombreux tapis dans l’ombre qui savent manier l’écriture, qui ont un verbe à faire réveiller un cadavre, certains dont l’intelligence supplanterait mêmes les auteurs de prix Nobel, nous regardent patauger dans nos propres contradictions par notre inconstance et notre légèreté.

Le dictateur qui nous affame ne définit pas le succès comme le font les élites. Il nous dévore à petit feu en sachant tant bien que nous ayons déjà un pied à terre. Il pénètre dans nos vies et se fait passer le bon Dieu attendant l’instant propice pour nous sucer jusqu’à la moelle. Le dictateur même en étant frères de sang doit être traité avec le plus grand mépris. Ce n’est pas un adversaire politique qu’on doit discuter avec les armes de la démocratie. Car il ne s’agit pas de politique, qui est une notion marquée par un combat d’idée. Lui, à la place de la parole utilise les armes de la violence pour te soumettre. Ceux qui prétendre qu’il faut élever le débat sont loin de comprendre la situation que traverse le Congo-Brazzaville. La meilleure façon d’élever le débat c’est d’éviter les fréquentations compromettantes, les gens qui ont les mains salies par le sang des congolais.

Ceux qui résistent refusent de plier le genou devant les aboyeurs et les élites corrompus du pouvoir. Ils n’essayent pas de devenir riches par les compromissions. Ils ne veulent pas faire partie du cercle intime des puissants. Ils acceptent d’être traités comme les opprimés aux côtés de qui ils se tiennent.

Depuis 22 ans, nous résistons et nous nous battons à inverser le système de gouvernance en place et croyons que la liberté possible. Ainsi nous sommes libres, pas parce que nous avions gagné beaucoup de choses ou des positons élevées, mais simplement parce que nous avions peu de besoins. Nous briserons les chaînes qui servent à nous rendre esclaves de ces gens. Leur crainte envers nous vient de là. Les vrais résistants seront peut-être écrasés physiquement, mais ils ne peuvent pas être achetés.

Les suppôts du pouvoir de Brazzaville essayent de discréditer ceux qui résistent. Ils les obligent à batailler pour obtenir un revenu. Ils les poussent en marge de la société. Ils les effacent de l’histoire officielle. Ils leur refusent les symboles du statut. Combien de résistant à qui on a coupé leurs pensions de retraites sont rendues ainsi au statut de zombies économiques et malléables.

Les hommes de sassou sont un poison. Peu importe qui le manie. Le résistant, pour cette raison, est un hérétique éternel. Il ou elle ne s’adaptera jamais à aucun système ni ne tombe dans la légèreté. Le résistant se tient aux côtés des démunis. Il y aura toujours des gens démunis. Il y aura toujours des injustices. Le résistant sera toujours un marginal humble, modeste, lucide et constant. C’est à cela que je crois depuis 22 ans

Jean-Claude BERI

 

 

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Gepostet von Christian Perrin Jri am Dienstag, 18. Dezember 2018

 

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