DIASPORA, Politique, Santé

La tragédie congolaise : le CHU de Brazzaville à l’abandon.

Par : Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

Encore une tragédie de plus et nous ne sommes pas au bout de nos peines : la malédiction nous colle à la peau.

Ce cuisant aveu d’échec révèle l’état de santé catastrophique de la population congolaise dont le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Brazzaville est le principal indicateur, centre supposé délivrer des soins de qualité, effectuer de la recherche médicale et assurer la formation de notre personnel médical et paramédical.

Le constat fait par la ministre de la santé et de la population lors de son interpellation à l’assemblée nationale par un député, fait froid dans le dos. Mais ce gouvernement est un habitué des diagnostics sans lendemain ce qui en fait sa marque de fabrique ou son ADN.

De l’autosuffisance alimentaire d’ici l’an 2000 qui s’est transformée en pénurie alimentaire, à la marche forcée actuelle vers le développement, aucune évaluation n’a été faite de tous ces slogans creux de notre cher Timonier national. Alors que dans le même temps, des milliards de francs CFA ont été débloqués pour financer des « éléphants blancs » notamment lors des municipalisations accélérées qui ont abouti à des dégradations accélérées des édifices érigés.

Cela démontre à suffisance le manque de sérieux du gouvernement congolais et de son visionnaire aveugle à faire des projets dans la précipitation sans prendre le temps de la réflexion, de la concertation citoyenne en vue de mettre en place des programmes qui répondent aux besoins et aspirations du peuple. Dans ce contexte, il eut été plus judicieux de construire le Centre hospitalier spécialisé d’Oyo à Brazzaville. Mais, seuls comptent les desiderata de la famille princière, des courtisans et de certains membres du PCT, parti communiste au pouvoir ayant renié sa devise d’antan : « Tout pour le peuple, rien que pour le peuple ». Comme disait l’autre « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Notre chemin de croix n’est pas terminé.

Selon notre ministre de la santé, le CHU de Brazzaville a commencé à péricliter en 2013, l’année suivant 2012 qui avait été pourtant décrétée l’année de la santé au Congo. C’est terrifiant et on y perd son latin de constater qu’un an plus tard le fleuron de notre système de santé se désagrège. Par ailleurs le ministre de la santé en 2012 fut un ancien recteur de l’Université Marien Ngouabi et de surcroît Professeur de pédiatrie. L’on aurait pu croire que sa compétence métier puisse se mettre au service du peuple. Mais faut-il penser qu’une fois arrivé au sommet de l’État au Congo, l’aspiration se fait par le bas. Ne dit-on pas que le cordonnier est le plus mal chaussé ? C’est un cas patent qui confirme que l’instruction n’a rien à voir avec l’action politique qui consiste à faire don de soi, se mettre au service des autres et avoir du bon sens. Encore une occasion manquée pour celui qui avait pour objectif « de faire du Congo une destination médicale ». Le drame du 04 mars 2012 pointait déjà cruellement les manquements de l’offre de soins au Congo-Brazzaville et l’atermoiement des autorités censées être compétentes.

Ce que la ministre omet de nous dire, c’est que depuis juin 1997 suite à une guerre civile, le capitaine du Titanic congolais, dont tout le monde semble deviner la fin, est toujours monsieur Sassou. Alors bon sang qu’a-t-il fait depuis 2013, sinon depuis 34 ans de dictature, pour l’amélioration de la santé au Congo ? Bien que les voies du Seigneur soient impénétrables, celles de notre guide suprême sont introuvables car inexistantes. Peut-on diriger un pays quand en 34 ans de pouvoir absolu, on n’arrive pas à faire fonctionner un CHU ? Nous gardons le souvenir très précis des visites impromptues du timonier au CHU qui prenait solennellement l’engagement devant l’opinion nationale de veiller personnellement à la réparation des dégâts constatés dans cet établissement. Où en est-on de ces « belles promesses » ? Dans certains pays africains, il y a plus d’un CHU et cela se passe bien. Alors nous comprenons maintenant la boulimie des mandats présidentiels car il faut cent ans à l’homme pour qu’il puisse s’en sortir. A cette allure les poules auront des dents et qui sait !

Un seul constat s’impose, celui de la fermeture du CHU de Brazzaville si ce dernier n’arrive plus à exercer ses missions fondamentales de soins de qualité, de formation et de recherche. Comme la honte ne tue pas au Congo, nous continuons à former des médecins sur place. L’abnégation de nos jeunes confrères ne peut être remise en cause. Mais peut-on les former correctement dans un CHU qui a renoncé de facto à sa vocation formatrice ? Notre CHU ne fait plus parler de lui qu’en termes de mafia à l’origine de détournement de recettes plutôt qu’en termes de soins et de formation. Et c’est là que le bât blesse.

Au Congo-Brazzaville, ce n’est pas le CHU qui est en soins intensifs mais le gouvernement congolais, incapable de proposer des solutions pérennes. L’aveu d’impuissance du Premier ministre, chef du gouvernement sans marge de manœuvre, en dit long sur la qualité et le mode de gouvernance dans notre pays. Il souhaiterait confier aux étrangers la gestion du CHU. Le poisson pourrit toujours par la tête à l’instar des instances politiques congolaises. Peut-être devrions-nous confier le poste de Président de la république et de Premier ministre à des personnes étrangères à ce marigot politique congolais infesté de crocodiles ? Ainsi sera exaucé le vœu du Premier ministre. Il y a bon nombre de Congolais qui sont prêts à relever ce défi.

En ce qui concerne les soins au Congo-Brazzaville, pas qu’au CHU, les recommandations et les objectifs de la déclaration de Alma Ata de septembre 1978 sur les soins de santé primaire n’ont jamais été atteints dans un pays où il manque cruellement de l’eau potable pour tous et de l’électricité. Se laver les mains à l’hôpital avant de faire un quelconque soin relève du parcours du combattant pour ce qui est supposé être le b.a.-ba en matière de soins. Alors peut-on nous parler de l’IRM (imagerie par résonance magnétique) qui ne marche même pas et qui n’est qu’un examen complémentaire parmi tant d’autres ? Considérer l’IRM comme la panacée en matière de soins, les bras m’en tombent. Et combien même si cette IRM marchait, avons-nous le plateau technique adéquat pour administrer les soins y afférents ? Tout ceci démontre la limite de notre réflexion en matière de santé qui consiste à mettre la charrue avant les bœufs.

Les grandes maladies pourvoyeuses de la mortalité maternelle, infantile et générale n’ont nécessairement pas besoin de l’IRM qui devient une obsession pour ce gouvernement. Nous citerons les hémorragies de la délivrance, le paludisme infantile (enfants de moins de 5 ans), les maladies diarrhéiques, la tuberculose, les hépatites, le VIH et Sida. Alors, un peu d’effort dans ce sens et notre population se sentira un peu mieux au lieu de maintenir l’enfumage avec des contrats de maintenance de l’IRM. La privatisation de la pharmacie du CHU, l’un des poumons de la structure, est un fonctionnement anachronique qui n’a cours qu’au Congo-Brazzaville. Dans ce cas, pourquoi s’étonner de la baisse de ses recettes devenant selon l’aveu de la ministre, moins rentable que le centre hospitalier de Talangaï. Et qu’est-ce que l’on fait quand on a dénoncé ce dysfonctionnement ? La vraie raison de la persistance de cette verrue comme le nez sur la figure est que tout ce bazar est géré par le clan présidentiel comme une partie de notre forêt et tout le pétrole congolais. Ce sont des chasses gardées et aucun ministre ne se risquerait à un crime de lèse-majesté.

Si nous-mêmes n’arrivons pas à regarder la vérité en face, alors c’est tout le pays qu’il faudra vendre aux enchères aux étrangers comme le suggère à demi-mot le Premier ministre tant le niveau d’incompétence atteint dans la gestion de la chose publique est énorme. Nous n’arriverons pas à cette extrémité car il y a encore des compatriotes congolais qui sont soucieux de l’avenir de notre pays qui ne fait que sombrer dans l’abîme.

Sassou n’arrive plus à gérer le pays, comme son fils n’a pu gérer la SNPC (Société Nationale des Pétroles du Congo). Tel père, tel fils et ils sont au bout du rouleau. Ce qui est dramatique, c’est que le peuple congolais sait qu’il n’y a plus de pilote dans l’avion, mais il semble s’en accommoder. Cette attitude suicidaire rappelle à certains égards celles des sectes dont certains congolais sont devenus friands. Tout ceci n’augure rien de bon pour les années à venir.

Trouvons ensemble les voies et moyens d’une sortie de crise en vue d’une transition apaisée et pacifique par le dialogue dans un pays où le shérif aime user de la force et des armes. Si nous ne prenons garde, le peuple congolais exposé à des structures de soins défaillantes va disparaître, pendant qu’eux vont continuer à profiter des avions médicalisés pour aller se faire soigner à l’étranger. Aux grands maux, les grands remèdes.

Comme disait l’autre : « L’espoir c’est ce qui nous reste quand on a tout perdu ».

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

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