Editorial, Politique, Société

Une clarification de la lutte s’impose.

Une clarification de la lutte s’impose.

Par   Jean-Claude BERI

C’est cousu de fil blanc : les alliances politiques au Congo ne font que nourrir la confusion et enraciner la défiance à l’égard de l’opinion politique. À l’heure où le gouvernement est sur le grill face a l’échec dû à la prise en charge du COVID 19 et sur ses relations tumultueuses avec le FMI, la question est d’une actualité brûlante. Aujourd’hui, l’enjeu est de parvenir à clarifier les alliances avant les élections d’autant plus que le pouvoir aspire à mettre en place un nouveau modèle de gouvernance.
Les partis politiques de l’opposition congolaise accepteront-ils de relever le défi ? Pour le moment, rien ne laisse présager d’un changement dans le mode opératoire de la gestion des alliances pour la plupart des formations. Quelques dirigeants politiques, sans plus, se prononcent concernant les alliances préélectorales. D’autant plus le contentieux électorale de 2016 divise encore ses leaders politiques .
Nombreux sont ceux qui appellent à restructurer l’échiquier politique sur la base d’alliances claires tant sur le plan local que national. Il est en effet grand temps de mettre fin aux alliances hybrides telles que le collectif des 17 partis, l’opposition modérée constituée par TSATY MABIALA ET PARFAIT KOLELAS, LA FEDERATION DE L’OPPOSITION CONGOLAISE, l’ALLIANCE COPAR et les indépendants comme PAULIN MAKAYA et les autres, tous se réclament de l ‘opposition. Tout est dans le contenu du panier de crabes qu’ils transportent.
Ainsi, une réflexion s’impose sur la manière de parvenir à réduire l’éclatement de l’échiquier politique qui est certes un défi difficile à réaliser au vu du nombre de petits partis politiques mais le jeu en vaut la chandelle. C’est justement cet émiettement qui doit pousser les formations politiques à s’engager dans des alliances claires pour renforcer leur positionnement et leur poids électoral.

On balaie d’un revers de la main les fondamentaux qui ont conduit tout ce beau monde à s’opposer : SASSOU est-il devenu fréquentable? N’a t-il pas assassiné la jeune démocratie congolaise? N’a t-il pas imposé au forceps une constitution taillée en sa mesure? N’est-il pas le chantre de la déroute financière qui asphyxie l’économie congolaise aujourd’hui? N’est-il pas l’instigateur des massacres et autres délits indignant que subissent les congolais? Pourtant aujourd’hui certaines voix de l’opposition pensent qu’il faut composer avec lui ( SASSOU)   Drôle d’analyse.

Les stratégies politiques misent en œuvre depuis 23 ans n’obtiennent aucun résultat. Car elles sont truffés d’arrières pensées, de contradictions. Faut il  s’en rendre à l’évidence que notre pays, le Congo-Brazzaville, s’enfonce de plus en plus dans la crise politique et surtout socio-économique qui l’entraîne dans l’impasse et accroît des inégalités.

Incapable de rassembler les Congolais,  de l’opposition radicale, l’opposition modérée et même ceux de la diaspora tergiversent sur la méthode ou stratégie à adopter face au virus congolais qui les gangrène : le système SASSOU. De l’ERRDUN à la FEDERATION CONGOLAISE DE L’OPPOSITION, plusieurs recommandations et accords furent signés. La conclusion de ces différents rapports stipule “ Que le gouvernement démocratiquement élu du Congo a été renversé par des forces extérieures avec la bénédiction d’ELF”.  Les témoignages de plusieurs intellectuels entre autre  Patrice YENGO, Jean-Claude MAYIMBA MBEMBA, XAVIER VERSCHAVE ( aujourd’hui disparu) , le FIDH et d’autres encore sont là pour éclairer et rafraîchir la mémoire de ceux qui s’amusent à réécrire l’histoire. Très jeune,  je me suis investi dans cette quête de vérité ou du moins du rétablissement de la vérité. Donc pour moi le lugubre système des assassins implanté au Congo depuis 1997 n’a jamais changé. Il est inique et inhumain. Diviseur et perfide, manipulateur et corrupteur. L’autoritarisme et l’in-exemplarité régnant au sommet de l’État sont les seules lignes de conduite de ce pouvoir. L’échec de cette politique incohérente et inégalitaire sera une nouvelle fois au rendez-vous en 2021 au détriment des populations.

Que faut-il faire ? 
Dans un  contexte marqué par un imminent bouleversement social, le débat sur les alliances politiques est remis au goût du jour. La nécessité de la clarification des alliances s’impose avant les prochaines élections pour mettre fin à la confusion qui règne sur l’échiquier politique congolais et aux tiraillements entre alliés et néanmoins adversaires gouvernementaux. L’espoir est de ne pas reproduire les mêmes expériences du passé qui étaient vouées à l’échec. Au-delà des velléités de restructuration de la scène politique exprimées par quelques voix par-ci et par-là, il faut construire des alliances solides capables de résister dans le temps.
Il n’est plus possible de laisser faire, car le prix à payer pour le pays dans les années à venir sera plus lourd. Devant tant d’actes de corruptions récurrentes, de dogmatisme et d’amateurisme couplé d’impréparation, et de mépris pour le peuple congolais, les écrits critiques, si justifiés soient-ils, ne suffisent plus.
Le temps est venu pour tous ceux qui refusent ce cap suicidaire, le règne hégémonique d’un clan satanique, d’entrer en action, de débattre et d’agir en commun, de rassembler toutes les oppositions et surtout et le peuple pour faire émerger une autre politique alternative en 2021. Si, on ne clarifie pas ce que l’on veut faire et avec quelles méthodes et moyens d’actions. L’établissement d’un rapport de force s’impose sur la base d’un consensus: le départ de SASSOU et son système. Aller aux élections dans un même contexte , c’est accompagner SASSOU à la victoire en 2021. Ceux qui iront aux élections , ils savent pourquoi ils y vont et ce qu’ils recherchent . Pour ceux qui pensent le Congo est sous une dictature macabre et scellé dans un monde fétichisme lié au pouvoir avec ses corollaires de déchets politiques doivent s’organiser pour former un front de lutte.

La dynamique de clarification se veut être cette opportunité qui offre la possibilité d’orienter la réflexion vers les exigences de redressement social, de justice, de lutte contre les gâchis et la corruption érigée en modèle de gouvernance, de créations d’emplois utile à la jeunesse congolaise désœuvrée, de refondation démocratique de la nation congolaise.

Voici venu le temps d’inscrire une nouvelle étape de la modernisation de la démocratie congolaise, le temps de passer de la confusion à la clarification. Le problème crucial qui perdure dans notre opposition est le manque de courage politique, de vision nationaliste, d’un projet de développement adapté et surtout de désintéressement coupable au regard des valeurs culturelles congolaises de la part de ceux-là mêmes qui sont censés animés la vie politique. La politique est un exercice, certes difficile, mais elle se doit de fonder son action sur la concrétisation des projets visant à l’amélioration de la vie sociale. C’est-à-dire se fixer des objectifs sociaux, culturels, sanitaires et économiques permettant à un État d’assurer l’épanouissement de la société et le bien-être du peuple.

Or de tout cela, rien n’a été mis en œuvre concrètement. On continue de naviguer dans des eaux troubles en présentant des projets éphémères loin des projets ancrés dans la vie des Congolais. En se servant des projets bidouillés dans des officines obscures ayant pour seuls objectifs les détournements des biens publics pour les uns et la vengeance inutile ou l’élévation d’un autre groupe ethnique au pouvoir.

Dans cette période si dure, d’incertitude sur l’avenir, de repli sur soi, nos compatriotes de l’opposition ont besoin d’avoir toute confiance dans les Capelles qui animent notre solidarité nationale. Et cela suppose de rendre notre démocratie plus humaine, transparente et plus irréprochable encore pour tenter d’échapper à l’ère du soupçon et de la manipulation. D’où le rassemblement qui s’impose à nous tous. On ne peut pas réunir toutes les chapelles en une seule mais on peut les convaincre à combattre l’injustice, la barbarie, la division… tous ces avatars anti-démocratique que nous dénoncions depuis 1998. Il nous faut revenir aux fondamentaux de la lutte.  Souvenez-vous, Bernard KOLELAS, MOUNGOUNGA NKOMBO, BONAVENTURE MBAYA, KOUKEBENE, BOMKAMBA YANGOUNMA et beaucoup d’autres ont rejoint l’ERRDUN avec une seule idée RESTAURER LA DÉMOCRATIE c’est l’objectif principal qui les unissaient. Qu’est ce qui unit aujourd’hui l’opposition 23 ans après?

Par notre simple silence et nos regards fuyants, nous sommes tous coupables devant ces injustices qui ont lieu de façon récurrente autour de nous. Notre voix ne peut compter que si nous la faisons entendre… Une question me taraude l’esprit. Quand ils ont molesté BRUNO OSSEBI, quand ils ont tabassé et hachuré le corps de KALLA KALLA, ils viennent d’humilier ROCIL et le professeur NKOUA, aujourd’hui, c’est encore le POOL qui souffre le martyr des intimidations et brimades absurdes… Ma question est de savoir où sont passés nos grands hommes politiques qui viennent parader sur Facebook, quand il s’agit de faire la fête… Où sont passées nos grandes dames politiciennes, nos ministres et membres du PCT qui se disent hommes ou femmes de paix et de Dieu ?

« Quand ils sont venus chercher MOKOKO, Je n’ai rien dit, c’est entre eux
Quand ils ont massacrés les paisibles populations du POOL, Je n’ai rien dit, Je ne suis pas du POOL
Quand ils privent les retraités de pensions, Je n’ai pas protesté, je suis encore jeune.
Quand ils pillent nos richesses, brisent nos rêves, condamnent nos jeunes à la mendicité, Je n’ai pas protesté, Je ne fais pas la politique.
Puis ils sont venus violer ta fille, ta mère, ils ont pris tes économies, ton avenir, Et il ne restait personne pour protester. »Car tu n’as jamais été là pour le combat commun.

C’est ensemble que nous vaincrons ou mourrons ensemble tête baissée dans l’humiliation permanente. On oublie souvent que la dictature n’a pas de couleur, elle frappe partout où sa violence doit s’exprimer.
Les années passent, la dictature s’amplifie, mais nous n’avons plus besoin de le dire. L’ensemble des personnes s’opposant à la loi des armes, mais également à la loi de la corruption sur nos vies, l’ont bien compris. Nous, peuple martyrisé ne combattons plus uniquement un clan de vautours, mais l’ensemble du système inique et destructeur qui précarise nos vies, nous isole et nous détruit. Tel est et a toujours été notre objectif.

S’opposer avec diverses modalités d’actions ne signifie pas qu’il faut s’enfermer dans une contestation négative, car celle-ci nous enferme dans des clivages qui constituent des freins à notre combat. C’est ainsi une clarification de la lutte s’impose là où diverses choses se construiront et s’expérimenteront de manière collective. Penser des nouvelles formes de lutte et d’action sont nécessaire pour ne pas s’enfermer et donner envie aux gens de nous rejoindre.

Concentrons-nous sur le comment faire pour que notre diaspora soit une force de proposition pesante sur les choix du Congo vers l’alternance démocratique par une transition suivi des élections démocratiques. Autrement c’est peine perdue d’aller aux élections futures en 2021. Car il ne faut pas  être un magicien pour comprendre que les élections futures sont biaisées d’avance.

Le Congo-Brazzaville couve une vague d’inquiétude politique sociale et économique encouragée par le système actuel qui accroît les inégalités, favorise l’exclusion des talents au profit d’un clientélisme absurde et totalement incompétent. Une certaine conception de la solidarité nationale est mise à mal comme jamais. Il faut craindre que le réveil du peuple engendre des nouveaux monstres. C’est de la responsabilité de tous les Congolais (intellectuels et sages, ouvriers et ménagères, étudiants et chômeurs) que de s’y atteler et d’y répondre de façon patriotique et surtout indéniablement unitaire autour d‘un objectif commun: La restauration de  la démocratie.

Des Congolais observent comment certains politiques vantent le mérite d’appartenir à un clan s’estimant plus méritant d’être congolais. D’autres réalisent qu’ils ne le sont que de façade mais pas pleinement : comme si, dans notre pays, entre stigmatisation, éthnisation et privation des droits, l’ambition de former une même nation ne serait qu’une illusion. C’est ce discours creux et démagogue qui sévit actuellement qu’il faut combattre avec une énergie sans faille. Ceci en restaurant pleinement la démocratie

On se retrouve d’un côté avec des ténors séparatistes qui prônent la scission du pays (une position qui d’ailleurs commencent à faire des émules, au regard du degré de clanisation du pays par l’épicerie SASSOU, NGUESSO, BOUYA….). Dans ce contexte, ce ras le bol risque d’envenimer les tensions et mettre en danger l’unité nationale.
De l’autre, des faux opposants qui se laissent mordre par Dracula et qui s’étonnent le lendemain d’être transformés en vampire servant les intérêts du maître SASSOU.  Ceux qui n’ont connu que SASSOU penseront que c’est homme de paix . Heureusement que ses dégâts vont croissant et ils s’en aperçoivent mais, l’éclaircissement et le point s’imposent pour une remobilisation dès maintenant. Surtout ces certains truands en costumes tentent de réécrire le passé  en gommant les passages sombres et macabres de SASSOU.

Un peuple rassemblé, uni pour un même idéal est une force indestructible. C’est là que réside notre force, notre capacité de nuisance. Notre ambition de rassemblement souhaite que l’opposition s’accorde sur le départ de SASSOU et la restauration de la démocratie.
Si nous ne nous constituons pas en un Front Uni qui appelle à une réflexion d’ensemble afin de proposer les voies et moyens pour déterminer le mode opératoire permettant à l’opposition de restaurer la démocratie véritable lors de combats futurs, le cap suicidaire mis en branle par les adeptes de l’indignation et de la dépravation se poursuivra au-delà de 2021.

Autant de questions pour nous permettre de partager nos points de vue et de fournir des pistes de solution visant à impliquer d’avantage les acteurs de la diaspora dans les actions de prise des décisions qui les concernent. Chers Amis, ce débat fait partie des sujets qui sont d’actualité. C’est pourquoi, je nous encourage à y participer. Il est alors souhaitable que les échanges soient riches et approfondis mais surtout concis et pertinents.

Jean-Claude BERI 

« Chacun aura sa part » : les fondements historiques de la (re)production de la « guerre » à Brazzaville  Patrice Yengo   Cahiers d’Études africaines Année 1998 150-152 pp. 471-503
https://blogs.mediapart.fr/jecmaus/blog/161213/congo-brazzaville-la-guerre-coup-detat-de-1997-ou-le-retour-de-sassou

https://www.fidh.org/IMG/pdf/rap-braz.pdf

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