Editorial, Politique

Un discours d’une stérilité dramatique

Un discours d’une stérilité dramatique
Par Jean-Claude BERI

« En tout cas, je ne sais pas où va le Congo mais ce qui est sûr il ne prend pas le bon chemin ! »  Jean-Claude BERI

Depuis 23 ans que Denis Sassou Nguesso a perpétré son coup d’État meurtrier dont les conséquences aussi désastreuses que meurtrières sont incalculables ou innommables. Lors de son discours à l’ occasion du 60 ème anniversaire de l’indépendance du Congo-Brazzaville, le pharaon auto proclamé du Congo nous a encore servi un plat indigeste saupoudré d’une stérilité dramatique.

À la tradition séculaire du Kongo , on a plébiscité la trahison des idéaux qui ont fait la grandeur de la nation Congolaise. Les Congolais en grande majorité ont déplorés la stérilité d’un discours affligeant sur l’état d’une nation qui avait tout pour réussir, mais noyée dans la perfidie et le mensonge politique, sur les prédations économiques largement avérées. C’est un discours qui a différent niveau, fait le lit de la médiocrité, de l’incompétence et de l’impunité. Au Congo-Brazzaville, l’excellence est devenue un vain mot au profit de la médiocrité.

Au rejet de ce qui provenait des pères de la nation a ainsi succédé au  temps de l’ autosatisfaction illusoire. Non seulement parce que le Congo ne va pas bien, et que ceux qui ont condamnés le droit à l’avenir se satisfont de ne pas avoir transmis aux jeunes les instruments nécessaire à leur épanouissement social et culturel.  Ce discours a relégué aux calanques grecques la construction d’un avenir promoteur pour la jeunesse. Vous l’avez certainement compris qu’un enfant congolais n’ atteindra  en moyenne pas plus de 45 % de son potentiel, par rapport à ce qui aurait été possible s’il avait bénéficié de conditions infrastructurelles optimales et d’une scolarisation complète et de qualité.

C’est un discours assez insultant pour le Congolais que je suis , très en décalage de ce que le peuple pouvait espérer. Ce discours fait apparaître de manière évidente un contenu de mauvaise foi et d’impunité face aux multiples crimes économiques

Les mots qui caractérisent de façon nette : il est question de «continuité dans la médiocratie « impunité», de «despotisme « voire carrément d’humiliant» pour un pays qui a accédé à la souveraineté internationale depuis 60 ans. On peut lire entre les lignes aussi le mot « favoritisme». Ces substantifs correspondent à un constat sur la société congolaise sous Sassou. Une société en chute libre, et qui n’est pas enclin au changement,  puisqu’il s’agit de « pérenniser» et d « imposer» aux forceps aux Congolais une voie dont les épines sont plus que saillantes.

Concrètement en décortiquant ce discours on peut relever que la paix toujours brandie comme un trophée n’est en réalité qu’un épouvantail pour cacher des graves tensions récurrentes. Il y a des affirmations dont la répétition permanente ne fait nullement une vérité. Ainsi en est-il de la maxime «Congo , terre de paix et de vivre ensemble », ressassée à l’envie depuis plusieurs années, répétée à chaque discours . Pourtant, point besoin d’être un grand historien ou un expert en géopolitique pour constater dans cette posture est un mensonge orchestré. Comme l’a reconnu , ce 15 août 2020, à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance du Congo, le Pr Théophile OBENGA, pourtant soutien inconditionnel de sassou, je cite « tant que le virus tribal n’est pas encore évacué, la paix c’est un truc factice ». La paix et l’ unité ne doivent  seulement plus être des éléments des discours politiques démagogues , mais ceux-ci doivent être une unité de faits.

En 60 ans, sassou nous annonce que le Congo totalise 3111 km de voie bitumé, ce qui donne environ 50 km par an dont 17km viennent de l’héritage colonial, Plus de 23.000 mille milliards de francs cfa ont été gérés par la gouvernance sassou. Où est le sérieux de ce discours? Des chiffres partout et des réalisations à l’abandon transformées en des décors d’opéra «éléphants blancs» sont présentées comme des trophées de guerre et non en infrastructure de développement.

Face à des urgences sociales criantes, la pluie d’annonces égrenées par le despote national cache mal une volonté de prolonger l’indigestion des 20 dernières années d’une gouvernance baignée dans la corruption. Une gouvernance des médiocres, qu’il nous a laborieusement imposée, n’effacera pas l’image d’un despote obsédé par la transhumance, multipliant combines et montages politiciens pour élargir une coalition qu’il sait fragile. Une sorte de berger si peu confiant en ses capacités et réalisations qu’il est prêt à en partager l’échec avec le maximum de seconds couteaux sous prétexte d’unité nationale de chasse aux anti valeurs.

Aujourd’hui, le Congo aurait tout intérêt à agir pour la paix en diminuant ses dépenses militaires, à commencer par stopper l’achat d’armes inutiles  dans le contexte actuel, et à consacrer ces sommes au développement économique, social, sanitaire et à la promotion des droits humains. Voilà ce que pourrait être un pacte efficace de responsabilité.

Ce n’est donc pas ce énième discours dépourvu de cap depuis fort longtemps qui sortira le pays de la crise, le Congo est dans un état de faiblesse avancé, tant sur le plan moral que sur les plans politique, économique ou stratégique. Ce ne sont donc pas les délires d’un despote qui prend ses rêves pour des réalités qui pourront changer les choses. Parler de progrès dans un pays où :

-la distribution de l’énergie et de l’eau  font toujours défaut dans le quotidien des Congolais
-la quête pour des soins de santé appropriée est un parcours de combattant qui laisse périr les plus fragiles et démunis
-le progrès devient un rêve lointain pour le Congo qui est condamné à rembourser une dette colossale dont on aurait pu s’en passer
– plus que jamais le peuple demeure à la merci des tensions,  la paix étant  bradée sur l’autel de l’aveuglement d’un pouvoir moribond
……..
Ce ne sont donc pas par les assignations à résidence, le népotisme, la corruption, l’impunité et l’obsession du pouvoir que les congolais recouvriront la joie de vivre. C’est un discours malsain et morbide teinté de mépris que Sassou vient nous servir ce jour des 60 ans d’indépendance dont la répétition trahit la persistance des problèmes incurables. La parole politique de Sassou s’est enfermée dans une logique d’annonce, de promesse sans lendemain et d’autosatisfaction illusoire. La parole politique de Sassou est devenue stérile. Or dans la situation de crise que nous subissons, plus que nous ne la traversons, comment mettrons-nous la société en marche, si nos politiques continuent à parler dans le vide mais surtout si nous continuons a confier l’avenir de nos enfants à une bande de mafieux?
Ce discours est très loin du véritable objectif qui est, le développement du pays. C’est à se demander si Sassou vit dans le même pays que les Congolais. A l’entendre parler, ça m’a fais penser à la phrase de  Marie Antoinette en France, qui lorsqu’on lui a dit « le peuple a faim, elle a répondu : qu’il mange les brioches » alors que ce pauvre peuple était déjà incapable de se procurer un simple pain. Oui, c’est ça Sassou, il  vit dans un château entouré des courtisans qui ne lui rapportent que ce qu’il veut entendre. Et il n’a plus jamais cherché à voir la réalité en face, faisant confiance à ses courtisans et griots. La preuve, celui qui est chargé de rédiger ses discours ne se casse plus la tête, il lui suffit juste de faire du copier coller, de toute façon, Sassou ne s’en aperçoit même pas. Ceci explique cela. Pauvre Congo!!!!!

Jean-Claude BERI

 

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