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Cérémonie d’investiture, une énième forfaiture

Cérémonie d’investiture, une énième forfaiture

 

Jean-Claude BERI

 

« En s’apprêtant à bafouer les institutions pourtant taillées à leur propre mesure, ils ont fait tomber le masque et montrer que la phase II de l’hégémonie des MBOCHIS était prête : nous sommes officiellement dans un État totalitaire qui méprise le peuple, censé être souverain, et s’appuie sur la force policière pour le réprimer si jamais il avait des velléités de s’opposer à ses projets hégémoniques destructeurs. »

Depuis l’existence de notre République, il faut le dire sans ambages que nous n’avions jamais atteint ce degré zéro de l’idiotie et du tribalisme politique tel qu’ils sont instaurés aujourd’hui au Congo-Brazzaville par le Clan SASSOU. Même les partisans les plus farouches de ce système s’indignent devant la montée de la gestion patrimoniale et clanique des richesses de l’État, des anti-valeurs, des actes anti-républicains, des incitations à la haine tribale, aux arrestations et assassinats programmés etc.

Faudrait-il le rappeler   que le pouvoir de Mr SASSOU englué dans une poursuite aveuglante de conservation de pouvoir est atteint d’un virus suicidaire en ignorant les  séquences tristes de l’histoire politique du Congo-Brazzaville. Une histoire triste et douloureuse à laquelle le peuple congolais est loin d’être frappé par une quelconque amnésie. « Ce peuple meurtri n’a pas la mémoire courte, il s’en souvient que sa jeune  démocratie à été torturée dès le 5 juin, assassinée et enterrée le 15 octobre 1997 suite au coup d’État qui a ramené au pouvoir l’actuel Président, Denis Sassou Nguesso. Les vainqueurs de cette triste guerre ont transformé leur victoire militaire en une victoire politique en 2002. Mais cette victoire sur le peuple est continuellement contestée à l’occasion des échéances pseudo-démocratiques de 2002, 2007, 2009, 2016 et très récemment de 2021. Ce qui confirme que notre démocratie est bâillonnée par un parti qui tente d’imposer son hégémonie par des voies autre que démocratiques. »

L’on se saurait taire ces actes dans une nation qui se dit républicaine, solidaire et égalitaire. Ces mots ne sont devenus aujourd’hui que des slogans creux pour amuser et endormir les enfants. D’une part on cultive le culte du vol, de la corruption, du favoritisme, de la discrimination, de l’assassinat et de l’autre on dénonce les réactions républicaines contre la montée de ces violations en se présentant sous des habits de victimes minoritaires.

Se voiler la face en ces temps si incertains pour notre nation est une erreur grave. Le dogmatisme et l’intolérance de toutes sortes semblent prospérer, de nombreuses valeurs comme : l’État de droit et la liberté d’exercer ses droits fondamentaux sont bafoués quotidiennement. Et pourtant le Clan Sassou s’organise pour faire passer toutes ces violations comme étant une « nouvelle forme de justice sociétale. » Simplement parce que le peuple laisse faire…Ne souffre-t-il pas assez ?

Seulement là où le bât blesse, c’est que cette « fameuse nouvelle justice » est aux mains du clan SASSOU qui dispose du droit à la vie ou à la mort des autres Congolais.

Un Sassou peut décider d’arrêter ou libérer un délinquant, un pédophile, un violeur, un malfrat ou pire encore n’importe quel citoyen sous des motifs fallacieux.

Un Sassou peut décider de salir ou de réhabiliter un homme ou une femme sous un simple battement des yeux. « Cette nouvelle justice » veut imposer ses valeurs claniques en lieu et place des valeurs républicaines et congolaises pour concocter leur propre morale.

Un Sassou peut décider qu’au Congo la langue officielle administrative soit le lingala (sans vouloir remettre en cause l’utilisation du lingala dans nos services) mais seulement avons-nous pris la précaution en amont de traduire les textes, lois et autres articles régissant l’administration congolaise avant de se laisser prendre au jeu du penchant tribaliste… Sauf si leurs desseins étaient de ramer le Congo à l’ère de la pierre taillée où l’oralité ferait foi. Mais il n’est pas question de la dissolution de la morale, mais la bestialité désormais affichée et la violence politique qui s’étalent, font partie de l’immoralité que l’on ne saurait admettre au Congo. On l’a vu ce parvenu de Firmin AYESSA promettre la mort d’un citoyen sans sourciller ni être inquiété lorsque ces dire se concrétisent par les faits.

Un Sassou peut décider que la télévision Congolaise peut baigner aussi longtemps qu’il le souhaite dans la médiocrité, l’incompétence et la soumission. Ce n’est pas grave dès lors les acteurs ne peignent que les frasques de la nouvelle République, ne dénoncent les vols ou disparitions des millions de F Cfa dans les administrations ou encore ne créent un espace contradictoire sain et démocratique pour un débat républicain. La télé Congo, c’est la télé de sassou.

Un Sassou peut décider du bilan positif ou non de la gouvernance clanique. C’est normal, le Congo est géré par lui et ses enfants. C’est eux qui gèrent la vente et l’approvisionnement des matières premières au Congo.

Les violations à répétition des élections par Denis Sassou Nguesso et son clan sont d’un grotesque machiavélisme destructeur.  Pires encore nombreux chefs d’états qui seront présent à la cérémonie officielle de prestations de serment sont tous des présidents mal élus dans leur pays respectifs.

Étrange que cela puisse paraître, Sassou peut décider de passer outre l’avis de la majorité des Congolais en imposant dans un gouvernement de son choix avec son corolaire de béni-oui oui

On aurait pu s’en passer de toutes ces aberrations devenues la marque de fabrique de la gouvernance Sassou. Seulement l’heure est grave car par ces temps de déficits, de chômage et de grave crise économique de telles aberrations affectent le sens de la marche du Congo.  Même si on ne lutte pas avec les mêmes armes et que le combat est inégal et le bon sens des uns se heurtant aux arguments d’autorité, au mépris et à la violence policière des autres, il faut bien l’admettre qu’on est bien sous une dictature où les intérêts privés d’une infirme minorité, soutenue par les moyens de coercition étatique, sont considérés comme plus importants que l’intérêt général.

Jamais avec ces méthodes archaïques aux relents tribalistes, la modernité ni le développement du Congo ne seraient gagnés à coup de raccourcis, de mimétisme à la carte ou d’anesthésie généralisée des consciences. On ne construit pas une nation sur du sable mouvant.

Car, c’est de cela qu’il s’agit, ni moins ni plus : un plan machiavélique qui conviendrait parfaitement aux membres du clan Sassou qui utiliseraient les indices de développement, les performances économiques ou la qualité des systèmes d’éducation et de santé pour justifier largement une telle débauche de moyens pour servir leurs dessins.

 Mais le plan machiavélique est éventré d’avance. Ce n’est plus un secret pour personne que c’est au service d’une dictature clanique qui bâillonne tout un pays en le réduisant parmi les plus faibles d’Afrique que se battent ces dirigeants médiocres. La bande à ssssou se bat pour ses biens, les siens, leur pouvoir égoïste mais surtout pas pour le peuple. Pourquoi laissons-nous faire tout ça ???

Nous savions déjà depuis son retour sanglant en 1997 par un coup d’état meurtrier que ce système pseudo-démocratique était en réalité une ploutocratie. Les oligarques au pouvoir font ce qu’ils veulent et se fichent totalement de la volonté du peuple. Depuis presque 23 ans, les médias aux ordres ont eu pour mission de faire basculer l’opinion en faveur de ce pouvoir patrimonial et clanique, symptôme typique qu’une République bananière. Une des journalistes de télé-Congo seraient même accusés d’avoir tendu a Guy Brice Parfait KOLELAS le micro empoisonné ayant occasionné sa mort.

La valse observée actuellement certaines  autorités politiques de l’opposition se bousculant dans les médias pour tirer la sonnette d’alarme sur les «  dérives politiques  » est loin de convaincre les congolais de l’honnêteté politique de ces derniers. On se retrouve là devant un groupe d’agitateurs envoyés pour divertir l’opinion en jouant cette comédie de la mascarade des repentis. En se lançant dans une campagne de dénonciations de leurs pairs sans au préalable effectuer leurs bilans personnels d’activités nous semble incongrue. Il s’agit là d’une bombe à fragmentation contre leurs propres amis en espérant les éclabousser afin d’hériter de leur poste. Nous savons que tout candidat ou encore toute force politique prétendant améliorer la vie des Congolais doit s’atteler à sortir la société congolaise de l’engrenage de la misère et de la pauvreté. Il se trouve que ceux-là même qui viennent aujourd’hui, comme sorti d’une thérapie amnésique, sont aussi les fossoyeurs de la société congolaise. C’est pour la prudence est de mise devant l’engouement gagnés par certains congolais face au cas KOLELAS.

L’heure n’est plus à la concrétisation des objectifs fixés mais bien plutôt aux manœuvres politiciennes auxquelles, les hommes politiques ont habitué les Congolais depuis une trentaine d’années. Dans ce qui apparaît être la dernière ligne droite pour certains ministres et députés, l’heure n’est plus à la solidarité nationale mais bien à la course aux mesurettes ou mieux à l’enrichissement personnel. On les voit aujourd’hui sillonner les villes et quartiers qu’ils ont délaissés pendant des années distribuer des présents en guise d’une solidarité hypocrite envers les plus démunis. C’est juste un repositionnement pour la sauvegarde des intérêts mesquins et surtout personnels, voire clanique. Quel bénéfice tire le peuple congolais de ces perpétuels cycles infernaux des manœuvres antinationales ? Les déclarations parues dans la presse nationale émises par certains responsables politiques au pouvoir laissent entendre clairement que le programme « Chemin d’avenir » est non seulement un cuisant échec mais bien pire que cela. C’est un gouffre à sou qui pompe sans relâche les finances publiques pour des missions non identifiées et surtout aux objectifs incohérents avec le programme.

De la même manière ils ont été incapables hier de réagir lorsque ce gouvernement prenait des lois absurdes augmentant à l’extrême leurs salaires et certains privilèges, de même ils sont incapables aujourd’hui de démissionner des fonctions qu’ils occupent dont ils sont conscients qui ne servent que leurs propres intérêts traduit pour notre part le sentiment d’une mascarade politique indigne d’hommes politiques. Cette immoralité politique dont ils font preuve actuellement a atteint le paroxysme de l’indécence et d’une légèreté comparable à une démarche de prostitution sans limite. Ils le savaient tous fort bien que l’amélioration des critères de gouvernance fût une condition essentielle pour la prospérité du pays. Pourquoi n’ont-ils pas dénoncé leurs défaillances ? Quand le doute planait sur la mise en œuvre des contrats, quand certaines autorités étaient confrontées au poids d’un lobby maffieux et clanique, quand les investissements sur les infrastructures nationales étaient détournés…pourquoi avaient-ils gardés silence condamnant durant plus d’une dizaine d’années le pays à la perdition ? Il nous paraît inconcevable qu’on caricature ainsi le mal être des Congolais par des politiques politiciennes. Face à une telle crise que traverse notre pays, il n’y a pas de place aux postures individuelles ou à un gouvernement d’union nationale.

Nous ne ressentons rien de commun avec des hommes dont le mensonge politique devient un gagne-pain quotidien. Ils multiplient les manœuvres de revirement de situation à chaque fois qu’ils sont placés devant des faits d’échecs.  Cette forme de vouloir faire leur carrière politique ou personnelle sur le dos des pauvres congolais nous est inacceptable.

En s’apprêtant à bafouer les institutions pourtant taillées à leur propre mesure, ils ont fait tomber le masque et montrer que la phase II de l’hégémonie des MBOCHIS était prête : nous sommes officiellement dans un État totalitaire qui méprise le peuple, censé être souverain, et s’appuie sur la force policière pour le réprimer si jamais il avait des velléités de s’opposer à ses projets hégémoniques destructeurs.

La dialectique marxiste fière au PCT fonctionne très bien : thèse, antithèse, synthèse. Jusqu’à maintenant, la tactique classique consistant à créer des oppositions de toutes sortes pour nous dresser les uns contre les autres avait bien fonctionné : riches contre pauvres, patrons contre employés, nord contre sud, jeunes contre vieux, hommes contre femmes, enfants contre parents, fonctionnaires contre privés… la liste est aussi longue que le diable est puissant. Ils créent des tensions et préparent le terrain à la guerre civile s’estimant en position de force puisque surarmé.

Seulement, faisons attention, même si le virus est dans le fruit des « bébés Sassou » sortent progressivement de leur léthargie et ils commencent à en fabriquer d’autres en quantité industrielle pour accaparer le Congo. L’avenir est désormais entre nos mains. Nous savons ce qu’ils veulent faire, allons-nous subir ou résister ?

Notre idée de démocratie telle que nous la concevons est une sorte de fiducie. Le peuple cède à ses mandataires, les politiciens, le soin d’administrer la chose publique et il se réserve le droit d’évaluer leur travail à intervalles réguliers. Si le peuple est insatisfait, il a le pouvoir de les congédier et de les remplacer. Il y a là, non seulement une relation de confiance, mais aussi un contrat explicite, fondé sur le droit des citoyens de choisir leurs gouvernants. Or, pour qu’une démocratie soit authentique, les citoyens doivent pouvoir faire un choix en toute connaissance de cause, en disposant de toute l’information nécessaire. Cela n’a pas été le cas pour le Congo-Brazzaville, cette investiture est donc une forfaiture. Il semble en effet clairement établi que l’hypocrisie des politiciens congolais dévoués au monde des affaires ne nous permet pas de pronostiquer une embellie durable. Ne nous laissons pas détourner du vrai combat qui est le nôtre par des gesticulations puantes orchestrées par cette valse hypocrite des faux repentis.

Jean-Claude BERI

 

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