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Congo-Brazzaville: Guerre civile du 5 juin 1997 et série noire personnelle aux dates du 5.

Congo. Guerre civile du 5 juin 1997 et série noire personnelle aux dates du 5

Par OUABARI MARIOTTI

A Mabirou, de son vrai nom Abessi, en langue Mbochi, village millénaire, bâti sur les bords de la rivière Alima, au Congo, ma vie commence un 5 juin de l’année de ma naissance, sous la colonisation française.
Ce 5 juin m’a ouvert, dès l’adolescence, le chemin du goût du travail, de l’effort et du sacrifice pour le sens de la responsabilité, la persévérance, la sociabilité et la confiance en soi. Apprenant à compter, surtout, sur moi même. Et ne me laissant pas, autant que possible, emporter par la paresse qui pourrait parfois me tenter de trop me soumettre à la volonté des autres.
Face aux années qui défilent, j’ai gardé en tête que le plus important pour moi était de me caler à cette âme d’adolescence qui a été le point de départ de ma construction intérieure.
De mon propre chef, je me suis interdit la commémoration de mon jour anniversaire, ce 5 juin, depuis la guerre civile, déclenchée au Congo, le 5 juin 1997, même si ce jour devrait m’apporter l’énergie nécessaire pour poursuivre mon existence, en même temps qu’il est le repère idéal pour prendre de bonnes résolutions aux fins de m’améliorer.
Les évènements et autres épisodes personnels qui ont suivi les violences du 5 juin 1997, liés à l’homme libre, respectueux d’autrui, que je suis, ainsi qu’au sens donné à ma vie, me confortent dans mon refus de célébrer le jour de ma naissance, devenu la représentation de mes douleurs.

Des raisons à cette attitude.
Les Congolais, avec eux, la communauté internationale, ont, en mémoire, le conflit désastreux du 5 juin 1997 qui a basculé le Congo dans l’horreur.
Des ennemis de la République, forces du mal revanchardes, avec l’appui des troupes étrangères, renversent, lors de ce conflit, le pouvoir légitime et légal du Président Pascal Lissouba. Un pouvoir acquis, 5 ans, auparavant, par la voie démocratique et auquel j’appartenais par le biais de mon Parti, l’UPADS.
Les statistiques élevées sur les morts, les disparus, les départs en exil, les maladies, les pertes économiques, les destructions des biens personnels et des infrastructures publiques dues à ce conflit qui a duré, près de 4 mois, parlent d’elles mêmes.

S’y ajoute, jusqu’à ces temps ci, l’interminable liste de décès à l’étranger de compatriotes en exil, qui pour divers motifs, ne sont jamais repartis au Congo, malgré la fin des hostilités.
Les armes du 5 juin 1997 se sont tues. La guerre est passée. Mais, les souffrances, les ressentiments et les stigmates que les violences ont gravés dans le cœur des Congolais sont toujours là. Indélébiles, dans certains cas. D’autant plus que le pouvoir remplaçant du Président Sassou Nguesso n’a jamais daigné examiner, de manière transparente et sans exclusive, la question majeure des réparations des préjudices.
Et pourtant, vraies ou fausses, courent les rumeurs d’indemnisation des proches du système dont les biens ont subi des dégradations, lors des combats.
Depuis cette tragédie congolaise du 5 juin 1997, tout deuil me touchant, survenant à la date du 5 d’un quelconque mois de l’année, est ressenti comme le prolongement symbolique du chaos de ce 5 juin 1997 où, comme des milliers de Congolais, j’ai tout perdu.

M’ont, particulièrement, affecté, lors de ma cache parisienne, au sortir de la guerre, les décès de Didi O, mon fils de 15 ans, le 5 septembre 2001 et de Mave, sa mère, le 5 septembre 2004.
Plus tard, deux autres disparitions me marqueront fortement.
D’abord, la mort de ma mère, le 5 mars 2020, à Brazzaville, des suites d’une pénible maladie. Ma mère dont l’organisme s’était bien affaibli, suite aux graves séquelles d’une balle d’un milicien Cobra, qu’elle avait reçue sur le flanc droit de son ventre, dès les premières heures des évènements du 5 juin 1997, dans son domicile de Ouenzé.
Ensuite, le décès de mon Frère Marc Mapingou, le 5 mai 2020, dans son exil forcé, à Paris.

Et pourtant, en numérologie, le chiffre 5 qui n’est pas synonyme de malheur, symbolise, plutôt, le souffle de vie, l’épanouissement, la liberté, la joie de vivre et le dynamisme.
Croyant en la force des esprits, je sais que ceux ci, se servant des chiffres et autres signes pour communiquer avec nous, il nous revient d’être attentifs et réceptifs pour tirer le meilleur parti de leurs messages.
Est là, l’explication de mon rejet de la célébration de mon anniversaire, au regard de la succession des faits tristes me concernant qui se produisent aux dates du 5.
C’est, pour moi, ici, l’occasion de rendre un hommage, de plus, à ma mère qui nous a quittés, il y a 3 mois, laissant un vide immense, dans la famille. Elle qui, dans sa longue maladie, ne redoutait pas de partir, la mort étant, pour elle, une simple loi de la nature, mais nous rappelait que nous ne sommes qu’une infime partie de l’univers, une particule qui brille, un temps, puis s’éteint.
Personne ne peut remplacer un être cher. Mère Azo était douce et affectueuse. C’était une femme d’une force et d’une vivacité d’esprit peu communes, dans sa lignée. Elle restera, dans nos coeurs, cette personne exceptionnelle, attachante, qui aura marqué ceux qui l’ont connue.

Que par elle, parviennent mes pensées aux nôtres, également passés à l’éternel infini.
De Marc Mapingou dont le décès a bouleversé sa famille et nous a pétrifiés, nous, ses amis, compagnons de lutte, autres Frères et Sœurs, nous portons, en chacun de nous, comme une petite sépulture où il repose.
Homme de raison et de fortes convictions, disposant d’une vision d’avenir du Congo et de sa place dans le monde, Marc Mapingou était, au delà des clivages traditionnels, un rassembleur. Avec des capacités de créer l’effet d’entraînement pour construire son action politique. Son talent oratoire de grand communicant l’y aidait.
Dans sa vie de tous les jours, Marc Mapingou était l’exemple de l’humaniste, pacifiste, d’accès facile qui, sans préjugés, cultivait l’amour, l’amitié, la générosité et la compréhension.
Pour ces qualités humaines, nous n’avons cessé de pleurer Marc Mapingou, tant il savait être utile par sa présence là où il était attendu. Son deuil durera.
Un mot reçu, une oreille attentive, une présence, une main tendue sont les seules armes véritables permettant d’affronter la disparition d’un être cher.
Que soit remercié les gestes de sympathie et de soutien à mon endroit ainsi qu’a ma famille, lors des obsèques de ma mère et aux précédents deuils de mes proches .
Parallèlement que l’épouse, les enfants et autres ascendants de Marc Mapingou trouvent ici l’expression de ma solidarité.
Aux parents des victimes des violences du 5 juin 1997, au Congo, la même solidarité leur est traduite.
A ces congolais qui ont perdu la vie, au cours desdites violences et des suites des combats, de savoir, là où ils reposent, que leur pays marque le pas, dans l’ensemble des domaines de la vie nationale.
Toutes les promesses et autres déclarations d’intention des Pères du 5 juin 1997, sur le respect des valeurs de la République et sur les réformes socio économiques du Congo, demeurent lettre morte, à ce jour.
Le pays s’enfonce, de plus en plus.
Face aux souffrances qu’endurent les populations, le besoin de changement est sur toutes les lèvres des Congolais. Posture citoyenne normale.
Les Écritures Saintes l’ont prédit  » Malheur à qui bâtit une ville dans le sang. »

Paris le 4 juin 2020
Ouabari Mariotti
Membre de l’UPADS

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