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Congo-Brazzaville: La République, à nouveau trahie.

Congo. La République, à nouveau trahie.

Par  OUABARI MARIOTTI

Dans une interview, en langue Lingala, Mr Jean Bruno Richard Itoua, Ministre congolais de l’Enseignement Supérieur, avoue, serein, avec la fierté d’un homme d’église, que l’Esprit Saint vit en lui et lui insuffle, au jour le jour, des attitudes qu’il est tenu de suivre, au nom de la foi en Dieu.

Pour le Ministre, dès lors qu’il est mis en mission officielle, à l’étranger, il peut décider, en son âme et conscience, d’annuler le voyage, lorsque la voie intérieure de l’Esprit Saint lui décommande le déplacement.
Une annulation qui viendrait, quand bien même son ordre de mission est signé du Président Sassou Nguesso et en dépit de l’accomplissement des dispositions techniques y afférentes.
Econduire un visiteur, programmé, en bonne et due forme par le protocole de son cabinet, pour un rendez-vous de service, est également, de l’avis du Ministre, une acceptation de la volonté divine de l’Esprit Saint qui lui aura déconseillé l’audience.

Le costume du jour que doit porter le Ministre pour se rendre au travail, objet d’une sorte d’inquisition de l’Esprit Saint au Ministre, est choisi par l’Esprit Saint, même si le Ministre a désiré de se vêtir autrement.
De ces paroles du Ministre Jean Bruno Richard Itoua, mises à part celles concernant son habillement qui relèvent de sa propre estimation, on peut s’interroger sur l’opinion que se fait l’Evangéliste Jean Bruno Richard Itoua de son rapport avec sa fonction ministérielle, dans un Etat laic.

Au nom de quelle assurance, soutien ou autre disposition constitutionnelle, le Ministre Jean Bruno Richard Itoua a t-il osé tenir à qui voudrait l’entendre un discours si troublant?
L’interview circule, intensément, sur les réseaux sociaux.

La voix de l’Esprit Saint, en capacité de faire avorter une mission officielle du Ministre Jean Bruno Richard itoua, le Président Denis Sassou Nguesso et son Premier Ministre Clément Mouamba, dirigeants d’un Etat laic, seraient ils en position d’agréer un tel justificatif d’abandon d’un voyage officiel du Ministre, alors que les membres du gouvernement sont désignés sur des critères non confessionnels?
Les paroles ayant été lâchées dans une interview, il faut espérer que le Ministre a, tout le moins, simplement théorisé, face à un journaliste pour lui donner la preuve de la place que Dieu occupe dans sa vie.
Et qu’à ce jour, dans la pratique de ses fonctions, le Ministre ne s’est pas trouvé dans une posture où sa foi en Dieu l’emporte sur l’exercice normal de ses charges ministérielles.
Dans le cas contraire, au nom du principe intangible de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le Ministre Jean Bruno Richard itoua devrait, en toute responsabilité, et sans regret, tirer la conséquence qui s’impose et quitter le gouvernement, aux fins de se sentir plus libre de mener, à sa guise, ses affaires religieuses.

Les pouvoirs publics et l’église où s’active le Ministre, seraient gagnants, sur toute la ligne. Les congolais voudraient des Ministres disponibles. Ce à quoi une église sérieuse ne peut s’opposer.
Une décision qui ennoblirait le Ministre. Parce que choisir est aussi digne d’un homme d’esprit que de renverser des obstacles.

Au Ministère de l’Enseignement Supérieur où les enjeux universitaires, les questions académiques et les problèmes de bourses sont légion, il serait désastreux que les conceptions métaphysiques du Ministre Jean Bruno Richard Itoua, plutôt que d’être du domaine exclusif de son appréciation individuelle, viennent en travers du caractère laic de l’Etat congolais.
Ainsi, aux précédents actes de trahison que connait la République, celle ci, à nouveau, serait trahie par l’un de ses fils.

Paris le 31 janvier 2020
Ouabari Mariotti .
UPADS France

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