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“LA FRANCOPHOBIE, L’ARME DE CEUX QUI VEULENT NOUS COUPER DE LA FRANCE ET DE L’EUROPE”

LA FRANCOPHOBIE, L’ARME DE CEUX QUI VEULENT NOUS COUPER DE LA FRANCE ET DE L’EUROPE”

Par :  BONAVENTURE M’BAYA

 

Pour Bonaventure M’Baya, président de la Convergence citoyenne et ancien ministre du Congo-Brazzaville, il est temps de réagir au sentiment antifrançais qui s’amplifie en Afrique aux dépens d’une coopération gagnant-gagnant.

Ancienne puissance tutélaire, la France avait accordé l’indépendance à ses colonies d’Afrique noire, dans la décennie qui avait suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette indépendance était une promesse du général de Gaulle faite aux Africains, dans son discours de Brazzaville en 1944, pour leur engagement et leur participation à la Seconde Guerre mondiale, au sein des troupes de la France libre. Cette promesse avait été concrétisée par le référendum de 1958 qui demandait aux anciennes colonies de choisir: une indépendance, en restant dans la Communauté française ou en en sortant? En dehors de la Guinée Conakry, qui avait voté majoritairement pour une indépendance hors de la Communauté française, toutes les autres possessions avaient opté majoritairement pour une indépendance tout en restant au sein de la Communauté française. Par ce plébiscite référendaire, la France mettait en place un mécanisme de relations de coopération qui consistait, pour elle, à protéger, à assister et à accompagner, dans leur développement, ces pays africains, nouvellement indépendants, qui avaient choisi de rester au sein de la Communauté française. La France devenait ainsi, par cette relation nouvelle, le parrain de ces jeunes États africains au sein de la communauté internationale. Plus d’un demi-siècle après les indépendances, le niveau de développement des pays d’Afrique noire anciennement français reste très faible. Sur l’ensemble du continent s’installe un sentiment antifrançais de plus en plus fort et, désormais,les États africains critiquent, plus ou moins violemment, l’action de la France et tentent de remettre en cause la coopération avec la France, à laquelle ils préfèrent de nouveaux partenaires, tels que la Chine, les États-Unis, la Turquie ou la Russie.
Face à cette frange de l’opinion africaine francophone devenue francophobe, qui mène une campagne antifrançaise sur le continent, existe une autre frange de cette opinion africaine francophone, demeurée francophile, comprenant de très nombreux cadres politiques africains qui restent conscients et convaincus de l’importance géostratégique de la coopération avec la France et l’Europe, deux entités auxquelles l’Afrique est intimement liée.

FACE AUX CONVOITISES DONT ELLE EST L’OBJET, L’AFRIQUE DOIT FAIRE DES CHOIX
Ces cadres politiques africains francophones demeurés francophiles se sont regroupés dans un courant que j’ai l’honneur de coordonner. En janvier 2019, lors de sa première présentation en France au siège du Medef à Lyon et avec le soutien du Cercle K2 et d’Auraction France, j’ai pu présenter ainsi les grandes lignes de l’action que nous avons à coeur de mener : nous sommes ces cadres politiques africains et nous représentons cette Afrique francophile, plutôt fortement et profondément convaincue de cette nécessité impérieuse de repenser et de consolider cette coopération avec l’Europe à travers le resserrement des liens avec la France. Nous avons un certain nombre de propositions
qui consacrent notre volonté partagée de redynamiser cette coopération sur tous les plans.
En effet, pour changer les choses dans les relations de la France avec ses anciennes colonies et renverser la tendance francophobe actuelle en Afrique et dans le monde, il faut quatre réformes de base sur la situation actuelle qui a été portée et gérée par la dynamique postcoloniale de coopération, dénommée péjorativement la “Françafrique”. Il faut impérativement que la France :


— accompagne et veille à la mise en place d’une nouvelle génération de dirigeants africains, qui, tout en ayant une parfaite connaissance des enjeux internationaux, seraient au service de leurs peuples ;
— encadre ces nouveaux dirigeants pour qu’ils aient un esprit ouvert et une expérience dans le monde des affaires, de la coopération et des échanges avec le monde;
— revoie et revisite nos accords de coopération historiques en permettant aux parties de s’engager dans une coopération d’un type nouveau, gagnant-gagnant et donc mutuellement avantageuse sur le moyen et le long terme ;
— mette en place un code des investissements attractif qui protège les investissements étrangers.

Nous entendons ainsi faire face, de manière cohérente et concertée, aux multiples défis et enjeux géostratégiques auxquels notre continent est si gravement confronté. Dans un monde qui est devenu un village planétaire, entre les multiples convoitises dont elle fait l’objet aujourd’hui, l’Afrique doit se déterminer en choisissant, avec sagesse et responsabilité, les partenaires stratégiques pour son développement, dans la paix et la stabilité. Cela s’impose à elle, en ce moment où la majorité de ses pays est frappée par une très grave crise multidimensionnelle déstabilisatrice. L’Afrique a, pour cela, besoin d’une nouvelle génération de partenaires et d’hommes d’affaires avec un esprit gagnant gagnant, pour accompagner l’Afrique dans son développement tout en rentabilisant son investissement et sa mise financière, sur des normes réalistes et des bases financières internationales.


Loin de l’esprit, aujourd’hui décrié, de la Françafrique, avec ses accords et habitudes d’après-indépendance, ces actions devraient nous assurer le renversement de la balance et la victoire sur ce sentiment antifrançais et anti-européen qui gagne du terrain sur le continent. Cette nouvelle dynamique de coopération permettra donc de reprendre la main sur les grandes
puissances concurrentes. Une telle dynamique devrait également nous permettre de maîtriser et de réduire les phénomènes migratoires qui poussent l’ensemble des populations africaines, et notamment la jeunesse du continent, à émigrer vers l’Europe et les Amériques. Un phénomène qui, hélas, provoque la montée des populismes dans de nombreux pays et continents d’accueil. Cette réaction prend le contre-pied de la dynamique mondiale inspirée par les religions du Livre, qui prônent l’unicité de la création, la fraternité et la solidarité humaine. Cette approche doit aussi permettre un renforcement majeur de la coopération avec l’Europe. En ce sens, nous travaillons avec nos partenaires à la défense du principe d’une coopération Europe-Afrique, elle aussi gagnant-gagnant. Elle doit mettre fin à l’ancien modèle de coopération Europe-Afrique post colonial, qui favorise unilatéralement les intérêts des pays européens. Il est nécessaire pour l’Europe d’accompagner l’Afrique dans son développement.
Il s’agit aussi de contrer la campagne anti-européenne et antifrançaise engagée aujourd’hui sur le continent africain, qui vise la mise hors jeu de l’Europe en Afrique au profit de nouveaux partenaires stratégiques comme la Chine, l’Inde, la Turquie, la Russie et les États-Unis. La mise en place de cette nouvelle coopération Europe- Afrique exige des réformes dans les relations internationales et une nouvelle génération de dirigeants africains et européens engagés dans cette dynamique. Pour cela, chaque sous-région de l’Afrique devra s’organiser autour de ses acteurs politiques, amis de l’Europe et de la France, engagés dans cette nécessité de réformer la coopération et les relations Europe-Afrique, pour pérenniser les relations entre ces deux continents les plus proches géographiquement du monde et qui, outre cette proximité
géographique, sont liés par l’histoire, la culture et, plus que jamais, par le destin. •


BONAVENTURE M’BAYA

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