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La mort d’un président patriotique mais incompris par les siens.

Président Pascal LISSOUBA

Tribune libre

La mort d’un président patriotique mais incompris par les siens.

Jean-Claude BERI

Un président qui a voulu rendre la fierté aux Congolais en leur  faisant prendre conscience que notre sol et sous-sols sont creusés et exploité  par l’Agence française de développement, votre agriculture est exploitée par la Chine et vos immeubles sont financées par des dettes stupides qui vous enferment dans une dépendance perpétuelle ? Ce patriotisme visionnaire lui a coûté cher .

L’ancien Président Pascal LISSOUBA, est décédé à Perpignan ce lundi matin, cinq mois après celui de son ancien Premier ministre Joachim YHOMBI OPANGO, tous deux anciens présidents du Congo. Pascal LISSOUBA, un homme au parcours exceptionnel, né le 15 novembre 1931 à Tsinguidi, dans le district de Mayoko (sud-ouest du Congo), était ingénieur agronome, titulaire d’un doctorat en sciences naturelles obtenu en France en 1958.

Il a aussi occupé les fonctions de ministre de l’Agriculture sous le premier président du Congo indépendant Fulbert Youlou (1963-1965), avant de devenir Premier ministre d’Alphonse Massamba Débat en 1965-1966.

Dans la lignée des pères fondateurs de la nation congolaise, Jacques OPANGAULT, Fulbert YOULOU, MASSAMBA DEBAT et d’autres, Pascal LISSOUBA reste un homme foncièrement patriotique.

Il se tiendra à l’écart de la politique congolaise durant de nombreuses années où il remplit une carrière universitaire internationale  appréciable. Il revient plonger dans la politique via le vent démocratique qui soufflait en Afrique. Il se méfiait de cette République qui embrassait la démocratie,  après tant d’années plongée dans le brouillard et l’obscurantisme dont les hommes en treillis avaient enseveli et endoctriné le pays.

Élu a la tête de l’UPADS en 1991, il devient par la suite,  le premier  président élu démocratiquement en 1992, au suffrage universel direct . Il fut président de la République du Congo de 1992 à 1997

Seulement,  on ne lui laissera pas le temps de gouverner,  car les hordes de la francafrique représentées à l’époque par  son PDG Philippe Jaffré mais aussi d’André Tarallo, le « monsieur Afrique » d’Elf s’employèrent à saborder sa gouvernance, et de complicité en  destructions volontaires, d’actes de terrorisme en  complicité d’homicides entraînait  le Congo dans une stupide guerre ayant occasionné  plus  de 10 000 à 30 000 civils morts  à Brazzaville, de complicité de meurtres et d’assassinats, ainsi que d’association de malfaiteurs.(1)   Ce n’est pas pour rien que ses amis, enfin peut-être pas complètement des amis, l’avaient poignardé dans le dos pour éviter de le voir réussir.

Cela restera une énigme pour certains. Pas pour ceux qui savent utiliser leurs cerveaux. Voilà un président qui avait tout pour réussir, mais qui a réussi à ne pas réussir simplement parce qu’il n’a pas voulu « vendre le Congo » au marchand du pétrole en cols blancs qui n’ont pas hésité a ensanglanté le pays pour ramener au pouvoir une élite totalement corrompue qui a fini par plonger le pays dans un désarroi social dû a une gouvernance qui se relève  embryonnaire, ethnique et de surcroît se classant parmi  les plus inhumaines qui soit. En dépit d’une gouvernance ponctuée par des attaques extérieures et intérieures.  LISSOUBA a réussi  à nous arracher le partage de production pétrolière des mains fermes de la France dominatrice et exploitante : vous avez honorez votre devise  je suis venu  « pour vous servir, et non pour nous servir ».  Malheureusement  vous avez été incompris par les siens.

Pascal LISSOUBA, brillant, bosseur, respecté et craint pour sa pédagogie et sa maîtrise des sciences , avait toutes les cartes en main pour faire un parcours sans faute, couronné de succès. Sa stature politique s’est révélée aujourd’hui au grand jour que c’était un homme de conviction habité par le sens du progrès et l’amour de l’éducation de la jeunesse congolaise.

« Le patriotisme, c’est d’abord l’amour des siens » disait-il. Avec le temps, on peut le dire que cet homme était un patriote qui fut à de la recherche d’un idéal. Il pouvait être spontané et critique, chargé d’affect mais servir intelligemment le peuple même au prix du sang. La réalisation de ses profondes aspirations à la liberté et à l’indépendance véritable fut bradée et crucifiée sous l’autel de ceux qui ont détruit l’unité nationale pour la promotion d’un égocentrique humiliant.

Je retiens de lui un président qui a défendu les intérêts du Congo. Le Congo perd un homme d’Etat, un monument de la vie politique congolaise, il a su dépasser nos clivages politiques, lorsqu’il a fallu prendre position pour l’avenir économique du Congo, et donc être aux côtés du peuple, il a eu le courage de le faire. C’est une figure qui a marqué la vie politique congolaise avec les hauts et les bas qu’il a connus. Nul  humain ‘est parfait ,  vous en avez commis des erreurs. Seulement  toutes les sociétés  démocraties moderne  du monde projettent a une plus grande liberté d’agir et   le droit de s’affranchir des lois qui les réduisent a l’esclavage. Il est d’une évidence que l’histoire congolaise écrira  en lettre dorée que vous avez été un grand homme, sans doute le meilleur de votre temps.

Pascal LISSOUBA  reste une personnalité exceptionnelle, très riche par sa culture, ses convictions de patriote, de démocrate, et son parcours était un parcours politique exemplaire de rigueur et d’honnêteté pour le peuple. Pascal LISSOUBA fut l’un des premiers présidents et des plus talentueux pour nous rappeler où les dérives technocratiques de la francafrique pouvaient nous conduire. Avec sa mort de Pascal LISSOUBA, c’est le panafricanisme et le patriotisme qui se sont effondrés au Congo. En ces moments de grandes tristesse, les militants et sympathisants et amis de Lyon  se joignent à ma modeste personne pour présenter les condoléances les plus attristées à la famille biologique , sa famille politique que nous espérons retrouvée rassemblée et unie, ainsi qu’à l’ensemble de nos compatriotes qu’il a servi avec dévouement et patriotisme. Repose en paix Professeur LISSOUBA. Tu marquera de ton sceau les consciences des congolais qui aspirent à la démocratie.

Jean-Claude BERI

(1) https://www.liberation.fr/planete/1997/11/26/lissouba-attaque-elf-en-justice-l-ex-president-du-congo-rend-le-groupe-responsable-de-sa-chute_220812

 

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