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La société civile congolaise est-elle détruite ?

La société civile congolaise est-elle détruite ?

Par  Jean-Claude BERI

Une observation sur le terrain avec nos partenaires attire notre attention. Plusieurs organisations de la société civile et de défense des droits de l’homme au Congo seraient considérées par le pouvoir de Brazzaville « comme des associations nuisibles ». Aucune d’entre elles n’a été consulté ni même approcher pour partager leur expérience de terrain sur les questions relatives à la préservation de la paix et aux respects des droits de l’homme à l’approche d’un événement aussi important qu’est l’élection présidentielle qui sera organisée dans 20 jours.

Depuis la mise entre parenthèse de la démocratie par les hommes en treillis qui a ensanglanté le pays, le plongeant dans une destruction massive et assassinat en 1997-1998 au Congo, les associations de la société civile ont mis en place une campagne nationale pour la paix durable. Elle fut marquée par les précieux rapports de l’OCDH (rapport qu’on peut lire sur son site) et les syndicats des travailleurs congolais dénonçant le refus de la guerre et la promotion du dialogue pour y mettre fin.

S’en est suivi des rencontres entre les délégués des associations de la société civile congolaise entre autres OCDH, RPDH, RAS LE BOL, Fondation EBINA et d’autres afin d’élaborer avec des experts des milieux universitaires, un mode opératoire pour consolider la paix au Congo-Brazzaville. Ces rencontres ont offert à la société civile la possibilité d’avoir un même discours face à la guerre et à ses enjeux. Il a permis de dégager une visibilité de lecture commune ainsi que des positions harmonisées sur la question des droits de l’homme au Congo. Comme, elle l’a dénoncé en 2000, elle récidive en 2021 par un refus catégorique de la promotion de la violence et celle de la nécessité d’un dialogue politique comme solution pour y mettre fin. Il a également permis de se doter d’un document pour sensibiliser et mener un travail de lobbying sur la restauration d’une paix durable. C’est louable dans le contexte que nous connaissons.

Malgré ce travail ardu et l’abnégation de ses membres,  les autorités de la place ont instauré un climat de coercition faisant peser sur eux la menace d’accusation d’ « atteinte à la sûreté de l’Etat » afin de contrôler et téléguider leurs activités. Tout ceci n’est qu’une violation des droits humains.

Les autorités veulent une société civile au pas pour être considérés comme partenaire dans la recherche et la consolidation de la paix. Elle serait aujourd’hui réduite à faire comme les Grecs anciens. « Nous guettons le ciel et nous tentons d’interpréter les présages qu’il annonce. Mais ces présages sont rarement bons.»

Les autorités multiplient les inspections spontanées dans les locaux des ONG de la société civile de défense des droits de l’homme, ces inspections se sont traduites par l’expédition d’une escouade d’agents. Les mobiles sont tous fallacieux. Un coup, c’est la signification d’ordre de non autorisé à exercer, la sécurité des locaux pas en règle ? les amendes pouvant atteindre 4 mois de salaires d’un citoyen lambda pour décourager.  Ou encore les normes d’hygiène ? Les inspecteurs repartent souvent avec des kilos de documents annihilant un travail de plusieurs années. Si ce n’est pas l’arrestation et l’incarcération pure et simple.  Cela a suffi pour confirmer le caractère « politique » des activités de la société civile, et donc pour qualifier certaines ONG d’« atteinte à la sûreté de l’Etat».

Résultat : par peur d’être qualifiés d’espions à la solde de l’opposition ou d’ennemis étrangers, les gens se détournent des ONG de la société civile. Le but serait  atteint d’après eux . Une destruction parcimonieusement menée à la Nord-coréenne. Comme ils se vantent « nous sommes les seuls compétents en ce qui concerne les droits de l’homme au Congo ».

Mais une victoire illusoire, car le réveil de la société civile militante est déjà dans les mœurs et comportements de jeunes congolais. La destruction de la société civile congolaise n’est pas pour demain, malgré les intimidations.

Bon courage , chers militants.

Jean-Claude BERI

Bibliographie

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