Diplomatie, Politique, Société, Tribune libre

Le Congo–Brazzaville et la Journée Nationale de la Réconciliation 10 juin 1991-10 juin 2021, 30 ans déjà.

Le Congo–Brazzaville et la Journée Nationale de la Réconciliation 10 juin 1991-10 juin 2021, 30 ans déjà.

 

Par  Jean Marie BITOULOU

Jean Marie BITOULOU  Analyste politique

Le 10 juin 1991, la Conférence Nationale Souveraine s’achevait par une cérémonie de pardon traduite par un geste symbolique : le lavement des mains. On venait de loin. Pêle-mêle, Glasnost et Pérestroïka en URSS, chute du mur de Berlin, sommet de la Baule en France, lettres ouvertes des pro-changements, morosité de la situation socio-économique, grève générale de la Confédération Syndicale Congolaise (C.S.C.), la non-prise de position de la grande muette avaient fini par pousser le Parti Congolais du Travail (P.C.T.) au recul. Le PCT se débarrassa du marxisme-léninisme et du centralisme démocratique pour devenir un partisan de la social- démocratie, avant de convoquer la Conférence Nationale qui allait se draper du caractère souverain à son ouverture. Cependant dans la salle, pouvoir et pro-changements sont face à face : les partisans du PCT jouaient des pieds et des mains pour garder la tête hors de l’eau tandis que les pro-changements œuvraient pour ‘‘déposer le pouvoir’’.

La passe d’armes parait inévitable entre les deux camps et le compromis est difficile, pense-t-on. Mais il eut que montée en flèche des forces du compromis, de tolérance, de consensus et de la non-violence qui firent preuve de pédagogie et de maestria traduite par cette phrase de son porte-parole tacite le professeur Côme MANKASSA : ‘‘De cette salle, il ne sortira pas de Président’’. C’est entre le pouvoir et les pro-changements que feu, le professeur Côme MANKASSA théorisa et pratiqua la notion du centre en politique au Congo. L’Union Congolaise des Républicains (U.C.R.), le parti qu’il a créé peu avant la conférence nationale souveraine devient le parti cristallisant des forces de compromis, l’UCR est donc le premier parti du centre au Congo.

En politique, le centre ne veut pas dire être au milieu ou être neutre, le centre est un positionnement politique pratique : le pouvoir ‘‘est pris’’ par la droite ou la gauche ou par les écologistes, mais les pays se gouvernent au centre parce que tout pouvoir doit travailler pour l’intérêt général. Et le premier compromis qui permit à la CNS de se terminer par la satisfaction de tout le monde ; c’est que il ne fallait plus prendre le pouvoir par des méthodes ou mécanismes, non constitutionnels. Ce paradigme a permis à la CNS d’aboutir aux grandes conclusions dont la journée nationale de la réconciliation traduite par la cérémonie de lavement des mains du 10 juin 1991, symbolique de se débarrasser des impuretés et rester propres. 30 ans après, malgré les flux et les ressacs dont les sociétés humaines ont le secret, aucune voix ne s’est élevée pour repartir au monopartisme. Donc, tout ce que le pays a connu/traversé est gérable. C’est sur cela qu’il faille prendre appui pour avancer, approfondir la démocratie et surtout planter, dans les esprits et les actes des congolais, l’application et le respect des textes que les congolais se dotent.

D’où le dialogue, la tolérance, le consensus et la non-violence doivent constituer le substrat d’un mieux vivre ensemble autrement dit la fondation de l’unité nationale. Mettant entre parenthèses les trois ans, après sortie de la colonisation, avec le pouvoir du Président Fulbert YOULOU qui, en fait, n’a représenté que le prolongement de la présence coloniale, le Congo a connu 28 ans de monopartisme qui n’avait pas réussi à régler la question de l’unité nationale et la notion de la nation congolaise était aléatoire. 30 ans aujourd’hui, d’exercice multipartite, malgré l’accident de l’histoire qui fait cohabiter des hommes et femmes aux anthropologies éloignées les unes des autres, un travail de fond reste à faire. En scrutant l’environnement international, il y a un frémissement de forces centripètes car un ordre mondial nouveau est entrain de se mettre en place :

La pandémie de Covid-19 est entrain de faire chanceler toute l’humanité qui, si elle ne prend pas conscience du fait qu’on ne commande à la nature qu’on ne lui obéissant, doit faire preuve de solidarité si elle ne veut hypothéquer l’avenir de la planète. • Du 17 au 18 mai 2021, s’est tenue une conférence sur les économies africaines à Paris avec la même approche que celle de la conférence qui s’était tenue en Allemagne (novembre 1884 – février 1885), l’objectif poursuivi étant, sans changer sa position, de renflouer le navire Afrique qui risque de faire couler toute la flotte ‘‘humanité’’ ; l’Afrique doit être maintenue dans son rôle de pourvoyeuse de matières premières et consommatrices des produits finis venant de l’extérieur, selon le principe du cavalier et du cheval. Au plan national, l’unité nationale doit se matérialiser par le respect des textes et lois que le pays se donne et ne plus s’arrêter au vivre ensemble mais s’élargir au mieux être, pour un mieux vivre ensemble. Ce 10 juin, jour mémorable symbolisant le pardon, le repentir donc la réconciliation nationale, faisons un effort de transcendance en donnant la priorité au Congo. Le gouvernement par défaut du 18 mai 2021, parce que légitimé par la majorité présidentielle dégagée le 21 mars 2021 mais tenu par une majorité législative qui ne sera renouvelée qu’en 2022, ce gouvernement est donc écartelé et devra faire montre de beaucoup de doigté et mettre en place une jurisprudence constitutionnelle qui puise dans la sagesse et l’humilité. Pour ce faire, le dialogue, la tolérance, le consensus et la non-violence doivent soutendre l’action gouvernementale d’où : – La reprise rapide de langue avec le FMI en respectant/appliquant les prescrits de ce dernier (orthodoxie financière, réformes,…) ; – Le dépistage tout azimut et vaccination de masse contre le Covid 19 ; – L’élargissement des Mokoko, Okombi et autres, conformément au principe de la tolérance et du pardon soutendant la réconciliation nationale donc l’apaisement ; – La révision, avant 2025 de la constitution sur certains dispositions et articles qui ne sont pas de nature à favoriser le mieux vivre ensemble (Article portant les conditions à remplir pour être candidat à la présidence, suppression des organes catégoriels de la constitution…) ;

– Que la journée nationale de la réconciliation soit la journée de la réconciliation nationale ; – Que le consensus, la tolérance et le pardon constituent les fondements de la nation congolaise. Le Congo, Eternellement et, à jamais

Brazzaville, le 08 juin 2021

Jean Marie BITOULOU,  Analyste politique

Laisser un commentaire