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Le couronnement de l’Empereur Sassou Nguesso Ier au Congo-Brazzaville.   

Le couronnement de l’Empereur Sassou Nguesso Ier au Congo-Brazzaville.

Par

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA  

 

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

Plus d’une vingtaine de Chefs d’États africains sur les 63 pays et territoires en Afrique, dont 54 pays indépendants, se sont pressés au Palais du Parlement de Brazzaville pour assister à l’intronisation de monsieur Sassou Nguesso le bourreau des Congolais. En Afrique centrale, seuls manquaient à l’appel le fantomatique Ali Bongo Ondimba du Gabon et l’octogénaire Paul Biya du Cameroun qui se sont faits représentés au plus haut niveau par leurs Premiers ministres respectifs. C’est une marque de respect réservé au Parrain dont il faut baiser la main de peur qu’il ne s’irrite. Brazzaville est devenue la capitale de la Françafrique après avoir été celle de la France libre. Au total au moins 700 invités ont assisté à la fête. Pour les mesures barrières contre la Covid-19, on repassera plus tard.

C’est un couronnement à la Bokassa, le couronnement de la fin de règne, de toute une sacrée œuvre politique et économique au service de la Françafrique et non du Congo-Brazzaville depuis une quarantaine d’années.

Le graal aurait été la présence d’Emmanuel Macron, Président de la France, qui s’est fait porter pâle et s’est fait représenter par un Ministre de second plan. Même l’ami Jean-Yves Le Drian n’a pas daigné faire le déplacement tant ça sent le soufre du côté de Brazzaville après la mort non encore élucidée du candidat à la dernière élection présidentielle de feu Président Guy-Brice Parfait Kolélas, Franco-Congolais. Son ombre noire, signe de deuil, a plané au-dessus de cette manifestation et a hanté les participants à cette cérémonie. L’indécence a atteint son paroxysme quand monsieur Sassou Nguesso insinue lors de son discours la cause de la maladie à l’origine de la mort du Président Guy-Brice Parfait Kolélas. Ce qui en l’état actuel des choses relève plus du fantasme de vouloir salir et banaliser la mort de ce dernier que de la vérité scientifique. Même après sa mort, il continue de faire peur au pouvoir dictatorial de Brazzaville qui ne prend pas de la hauteur pour faire cesser les hostilités face à un mort. Après la mort, l’action publique s’éteint ainsi que les calomnies face à une personne qui ne peut plus se défendre et qui n’est même pas encore enterrée. On appelle cela de la décence.

La France, pays de la déclaration des droits de l’Homme, seul pays européen représenté au niveau gouvernemental, se moque encore un peu plus des populations noires d’Afrique présentes sur son sol. Sachant que ces dernières ne pèsent d’aucun poids dans la politique française, les dirigeants français se rangent du côté des dictateurs en appliquant la sacro-sainte maxime du Général de Gaule, le père de la Françafrique : « La France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts. ». Là où il y a la France en Afrique francophone, il n’y a que misère et guerre. Les droits économiques ont remplacé les droits de l’Homme. En Afrique noire francophone, il est temps que les Africaines et les Africains prennent en compte ce fait qui est une épine dans nos pieds.

Triste image ce jeudi 16 avril 2021 au Palais du Parlement de Brazzaville. Le cartel des Chefs d’États de l’Afrique noire francophone vient d’entériner la fin du processus démocratique dans ces contrées et légitimer le règne long des Hommes forts au mépris des alternances démocratiques. Ils soutiennent ainsi ouvertement à la face du monde, un despote qui n’a jamais respecté un seul de ses serments, puisqu’il en est à sa neuvième constitution. Le roi est mort, vive le roi !

La peste de la politique congolaise a contaminé un certain nombre d’États africains auparavant stables, dont les Présidents se livrent à une course effrénée à un troisième mandat présidentiel sinon plus comme l’Empereur congolais qui est devenu un modèle de dictature en la matière et aussi une mauvaise référence en matière de gouvernance et de respects des droits de l’Homme.

En effet, un mauvais vent souffle sur les anciennes colonies françaises d’Afrique de l’Ouest, celui de la longévité au pouvoir. Cette tendance qui fut durant de nombreuses années la chasse gardée des présidents d’Afrique Centrale, devient la norme en Afrique de l’Ouest par le biais du tripatouillage de la Constitution. Au-delà du fait de vouloir se maintenir, Il y a lieu de s’interroger sur les réelles motivations de cette mode qui gagne de manière inquiétante cette partie de l’Afrique.

La CEDEAO (la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest), une organisation sous régionale, avait pris la résolution de suggérer à ses membres dans le cadre de la bonne gouvernance, une limitation des mandats présidentiels à deux. Tout ceci afin de permettre une respiration politique, un nouveau souffle appelé alternance démocratique.

Jadis au banc des bannis comme Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, exilé politique plus d’une cinquantaine d’années comme Alpha Condé, ces derniers brillent par la confiscation du pouvoir dans leur pays au point de faire un troisième mandat non prévu initialement, et ce par le biais du tripatouillage de la Constitution. À croire qu’ils font payer à leurs peuples toutes les humiliations qu’ils ont connues dans le passé, eux qui se sont toujours considérés comme des hommes providentiels. Le naturel a repris le dessus en révélant leur vrai tempérament, car au fond, ils ne sont que des hommes cupides, avides, sans scrupule et avec peu de vertu. Avoir été Directeur du Département Afrique au F.M.I. (Fonds monétaire international) à Washington D.C. de novembre 1984 – octobre 1988 ou Professeur en droit public ne fait pas de vous forcément des personnages aptes à diriger vos pays.

Monsieur Macky Sall du Sénégal est tenté par un troisième mandat après avoir leurré tout son monde en disant que son premier mandat ne ferait que 5 ans au lieu de 7 ans auparavant prévu par l’ancienne Constitution. Mais, Il a fait 7 ans. C’est un signe évident de manque de la parole donnée d’un homme politique qui est là pour assouvir ses propres besoins. Pour mémoire, l’ancien Président des Etats-Unis, Barack Obama qui est de la même génération que Macky Sall, n’a fait que deux mandats de quatre ans prévus par la Constitution. Il s’en est allé avec une côte de popularité pouvant lui assurer un troisième mandat. Mais la constitution américaine l’interdit et il faut s’y plier dans une démocratie et ce dans l’intérêt de tous. Macky Sall subira-t-il le même sort que monsieur Abdoulaye Wade ? Le peuple sénégalais veille au grain.

Les autres dinosaures africains au pouvoir depuis des lustres, tels que celui de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo au pouvoir depuis 1979 et du Tchadien Idriss Déby Itno au pouvoir depuis 1990 ont fait le déplacement pour renforcer l’antre des fossoyeurs de la démocratie en Afrique noire. Monsieur Idriss Déby Itno est en proie à une rébellion armée dans son pays. La France viendra-t-elle à son secours afin de consolider sa position dominante de pilleur dans ce pays ?

Monsieur Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi de la République démocratique du Congo (RDC), Président en exercice de l’Union africaine, s‘est prêté au jeu en ayant une dette morale et financière envers monsieur Sassou Nguesso qui n’avait daigné se déplacer lors de son investiture. Mais ce dernier avait largement contribué au financement des frais d’enterrement de feu Etienne Tshisekedi le père de Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi. Un Président de la république qui reçoit l’argent d’un autre Président est passible de destitution pour haute trahison car il deviendra tôt ou tard l’obligé de son bailleur. C’est ce à quoi nous assistons. Il est temps que monsieur Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi cesse ses allers et venues à Oyo capitale politique du Congo-Brazzaville. Il doit s’atteler à la reconstruction de son pays ravagé par une guerre à l’Est et à consolider les acquis de la démocratie dont il a lui-même bénéficié après 18 ans de règne de monsieur Joseph Kabila Kabange. Il faut savoir que monsieur Sassou Nguesso aime les peuples voisins et non les Congolais qu’il méprise et qui le lui rendent bien.

Monsieur Faustin-Archange Touadéra de la Centrafrique (RCA), devenu protectorat russe, s’est quand même rendu à Brazzaville là où l’Empereur avait boudé sa récente investiture. Fini le temps où l’Empereur congolais prenait en charge la paie des fonctionnaires centrafricains.

Pour nous Congolaises et Congolais, notre estime a baissé vis à vis de ces Présidents qui ont fait le déplacement à Brazzaville pour venir soutenir un dictateur qui torture, emprisonne les intellectuels, viole les libertés fondamentales et affame son peuple. Sous-région jadis stable sur le plan politique, l’Afrique de l’Ouest connait ces derniers temps des soubresauts politiques dus à des hommes tels qu’Alassane Ouattara et Alpha Condé à qui Monsieur Sassou Nguesso du temps de sa toute-puissance prêta respectivement 100 et 50 milliards de francs CFA qui se sont volatilisés pour le peuple congolais qui continue de trimer.

Il est vrai que le Guinéens de Conakry ont déjà connu la dictature avec Ahmed Sékou Touré et Lansana Conté. Monsieur Alpha Condé est dans leur lignée sous le fallacieux prétexte d’élection soi-disant démocratique.

La Côte d’Ivoire autrefois pays stable, pays d’accueil de tous les immigrants africains, est devenue une poudrière au point d’envoyer un ancien Président de la république à la Haye pour y être jugé suite à des motifs fallacieux dont la France détient le secret. C’est une tâche noire dans l’histoire ivoirienne. La France n’extrade jamais ses ressortissants quel que soit le crime qu’ils aient commis.

C’est l’Afrique noire dans tous ses excès qui a défilé le 16 avril 2021 au palais des congrès à Brazzaville. Pour la jeunesse africaine, ce qui s’est déroulé à Brazzaville n’est pas un modèle à suivre. Le développement de l’Afrique noire francophone est possible et se fera si nous nous débarrassons de la Françafrique pilotée par la France avec pour seul but que le pillage des richesses africaines sans contrepartie.

Les convives de monsieur Sassou Nguesso ont bu du champagne dans un pays qui n’a pas d’eau potable pour au moins 90% de la population. Ils ont dormi dans des beaux hôtels bien éclairés alors que l’électricité est une denrée rare pour le commun des mortels au Congo-Brazzaville. Ils vont repartir avec des cadeaux quand les retraités n’ont pas perçu leur pension depuis de longs mois. Il en est de même des bourses pour les étudiants congolais de l’intérieur comme de l’extérieur et de certains fonctionnaires. Dans le secteur privé, certains Congolais n’ont jamais perçu jusqu’à ce jour leurs droits suite à des licenciements ou dépôt de bilan des entreprises privés, étatiques ou paraétatiques. C’est le revers de la médaille que ne verront pas ceux qui ont passé un bon séjour aux frais du contribuable congolais et de ses richesses dilapidées par la famille impériale au pouvoir et courtisans. S’il avait plu, vous aurez eu droit à un spectacle désolant de Brazzaville sur mer avec des inondations qui entraînent la désolation de nos concitoyens.

Les agapes entre petits copains et coquins terminés, vous avez l’impression d’avoir participé à l’histoire de l’Afrique. Mais, Messieurs et mesdames les invités au Congo-Brazzaville, vous avez souillé votre honneur et celui de vos peuples en mettant vos pieds dans la dictature congolaise qui n’a de cesse d’exporter un modèle désuet en Afrique noire. Drôle de spectacle de la honte d’entre soi. Mais sachez que le peuple congolais vous a souhaité la bienvenue sur ses terres qui ne sont qu’une prison à ciel ouvert. La réalité qu’il vit est à mille lieux de ce que vous avez vu. Vous le saviez déjà car c’est la même misère que vivent nos frères et sœurs de l’Afrique francophone.

Quoi qu’il en soit, tel un phénix symbole de l’immortalité et de la résurrection, le Congo-Brazzaville renaîtra de ses cendres quand le soleil se lèvera après cette longue nuit que nous traversons. Cela passera surement par une révolution qui ne saurait tarder.

Il a fallu plus de 40 ans de pouvoir à monsieur Sassou Nguesso pour comprendre le concept d’Union nationale ou c’est encore une entourloupe comme « L’autosuffisance alimentaire d’ici à l’an 2000. », « Le chemin d’avenir. », « La marche vers le développement. », etc.

« Je suis le Président de tous les Congolais. » à ranger au catalogue de bonnes paroles, sonne comme un aveu d’échec d’un usurpateur en quête de légitimité et qui n’a eu jusqu’alors comme boussole que le tribalisme. Il n’y a qu’à voir la composition de son gouvernement, de son armée et de son administration avec tous les postes de commandement, de responsabilité trustés par les ressortissants de sa tribu et de sa famille. Nous ne sommes pas dupes !

C’est Friedrich Wilhelm Nietzsche, philosophe allemand qui disait : « Souvent les gens ne veulent pas voir, entendre et parler de la vérité parce qu’ils ne veulent pas que leurs illusions soient détruites. »

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Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

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