International, Politique, Tribune libre

Le Mali sous l’éteignoir de la CEDEAO et de l’UA décrédibilisées.

Le Mali sous l’éteignoir de la CEDEAO et de l’UA décrédibilisées.

Par  Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA  

« Aucune nation n’a le droit de prendre des décisions pour une autre nation ; aucun peuple pour un autre peuple. » dixit Julius Nyerere, ancien Président de la Tanzanie.

Il y a une phrase de monsieur Alassane Ouattara, au plus fort de la crise malienne qui est passée sous silence. Cette phrase résume bien à elle toute seule la déliquescence de la politique en Afrique à propos de la situation du Mali : « Il en va de la crédibilité de la CEDEAO de maintenir en place au Mali l’ordre institutionnel permettant à monsieur Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) de rester au pouvoir », sous le seul prétexte qu’il avait été élu démocratiquement, malgré la contestation de la rue due à sa mauvaise gestion des affaires publiques et la violation du droit malien. Le fait d’être élu ne vous donne pas le droit de piétiner votre constitution qui est le socle des lois du vivre ensemble. Sinon c’est l’anarchie.

Installé au pouvoir sous les chars français et après avoir envoyé son prédécesseur à la CPI (Cour pénale internationale), monsieur Alassane Ouattara n’a cessé depuis lors d’être le bras armé de la France au niveau de l’Afrique de l’Ouest en s’érigeant en parrain pour y imposer la volonté de cette dernière. C’est le retour d’ascenseur au détriment des peuples.

Le double jeu de la France qui consiste à soutenir les opprimés en Europe, les Blancs dans le monde et les oppresseurs en Afrique est un message difficile à comprendre et qui déboussole plus d’un esprit sain. C’est la guerre de civilisation qui ne prend son sens que sur un plan strictement économique. Jadis, pays de la déclaration des droits de l’Homme, la France est devenue une Start-up Nation dont le seul but est de faire du business, de l’argent en Afrique sans se soucier du bien-être des Africains.

Les fleurons industriels français y sont implantés tels que Total, Orange, Bouygues, Bolloré, Novotel, etc. Même pour regarder un match de football qui relève du divertissement, il faut passer par Canal + Afrique qui a le monopole de la diffusion en Afrique, ce qui va à l’encontre des lois du marché et fausse ainsi la concurrence. Le peuple africain devient la vache à lait de la France et paie le prix fort de ces quelques instants de plaisir en famille. Orange a augmenté ses prix de téléphonie au Sénégal à tel point que, le téléphone qui devrait au XXIème siècle rapprocher les personnes les en éloignent davantage à cause de la cupidité de certains.

Après le soulèvement du peuple malien, une crise multidimensionnelle qui couvait depuis longtemps et qui a paralysé tout le pays, le départ d’IBK de la présidence de la république est un moindre mal car il s’agit ici de sauver un peuple qui croupit sous la misère et non un homme qui vit dans l’opulence au milieu des ordures.

Tel un cartel des barons de la drogue, les Chefs d’États de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) et de l’UA (Union Africaine) ont suspendu le Mali de leurs instances et ont mis ce pays sous embargo terrestre, maritime, aérien jusqu’au rétablissement de l’un des leurs dans ses fonctions. Tout ceci fait fi de la souveraineté des peuples de disposer d’eux-mêmes. Le peuple malien a pris son destin en main et nous ne pouvons que nous en réjouir. Dans ce clair-obscur surgit une nouvelle génération de femmes et d’hommes politiques africains fer de lance d’une nouvelle politique pour le bien-être du peuple. L’on ne peut pas affamer tout un peuple dans le seul but d’assouvir une vision rétrograde et erronée des tenants de la pensée unique.

Le jeu dangereux des Chefs d’États de la CEDEAO en mal de reconnaissance dans leur pays, risque de les emporter car le mal est le même dans la majorité de ces pays. Afin de sauver une certaine apparence institutionnelle régionale, non démocratique, pour mieux asseoir la dictature chez eux, messieurs Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire et Alpha Condé de la Guinée Conakry sont à la manœuvre pour briguer un troisième mandat que même les instances de la CEDEAO ne tolèrent pas dans leur statut. Mais sur ce sujet c’est le silence complet, le black-out.

Pour rappel, les institutions non démocratiques de la CEDEAO en Afrique de l’Ouest et de la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) en Afrique centrale sont là pour recaser des vieux copains, des vieilles copines, des enfants, des maîtresses, des anciens collaborateurs afin de donner l’apparence d’un monde qui tourne rond. Au fond, ce ne sont que des coquilles vides budgétivores qui travaillent au maintien au pouvoir de leurs maîtres et dont les recommandations ne sont jamais suivies d’effet par les pays membres. Ces Chefs d’États africains une fois au pouvoir se croient investis des missions divines à tel point qu’ils se sentent indispensables à jamais pour leur pays. L’impunité qu’ils s’accordent relève du droit divin. Ces pays ont existé avant eux et continuerons à exister après eux. Toutes les existences humaines sont menacées par l’oubli.

Le nouveau brigandage économique mondial consiste à placer à la tête des pays africains pourvus de richesses minières et autres, des hommes liges afin de donner l’apparence d’une coopération mondiale quand on sait que les dés sont pipés d’avance.

Adieu les droits de l’Homme, adieu les droits des peuples africains car l’Occident doit survivre en pillant nos richesses, tel est le nouveau concept économique mondial. Sous couvert de la démocratie, un habillage d’apparat, l’arrière-boutique n’est pas reluisante car c’est la loi du plus fort et des gangs qui prévaut.

Je lance un appel à tous les intellectuels africains ou autres, toutes les femmes et les hommes de bonne volonté, de soutenir le peule malien dans son désir de s’émanciper des tutelles archaïques qui ne sont que la continuation d’une néo-colonisation infligée par les Africains aux Africains pour le service des Occidentaux. C’est un paradoxe difficile à comprendre car le mal de l’Homme Noir c’est l’Homme Noir lui-même. Une large pétition pour soutenir le peuple malien dans sa lutte de décolonisation pour retrouver sa souveraineté.

Malgré une vision claire par la CEDEAO de la dégradation du climat social, économique, politique, sanitaire, judiciaire au Mali, ce dernier a été sous embargo nonobstant la mauvaise gouvernance d’IBK (Ibrahim Boubacar Keïta). Les catastrophes sont rarement le fruit du hasard. Elles résultent généralement d’une succession d’événements malheureux. Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument et le pouvoir sans l’abus n’offre aucun charme. Mais l’ordre constitutionnel du maintien des Chefs d’États africains qui font la honte du continent est plus important que le dénuement de ce peuple malien. Qu’on se le dise, plus rien ne sera comme avant car le printemps malien qui s’est amorcé ne s’arrêtera pas et aura un effet de contagion en Côte d’Ivoire et en Guinée Conakry afin de redonner la légitimité du pouvoir au peuple souverain qui seul décidera des dirigeants qui vont conduire son destin. C’est aussi ça notre compréhension de la démocratie. Barrons la route au troisième mandat anticonstitutionnel d‘Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire et d’Alpha Condé de la Guinée Conakry qui prennent le mauvais exemple des Présidents de l’Afrique Centrale.

Si le Mali échoue, les Chefs d’Etats dictateurs de l’Afrique centrale, les plus mauvais élèves en matière de démocratie, se sentiront réconfortés avec la CEMAC dans leur mauvaise gestion des affaires publiques et la privation des droits individuelles.

Une phrase du Président français Emmanuel Macron du 19 août 2020 doit nous interpeller : « La lutte contre les groupes terroristes et la défense de la démocratie et de l’État de droit sont indissociables. » Aucune compassion et le manque d’empathie du Président français à l’égard du peuple malien n’augure rien de bon et est annonciateur des lendemains qui déchantent pour la paix et la stabilité régionale. C’est du cynisme à son paroxysme. Tout ceci doit nous faire réfléchir dans notre désir de bâtir une Afrique prospère et soucieuse des droits humains.

À monsieur Emmanuel Macron nous répondons que la pauvreté est le terroriste qu’il faut combattre de toutes ses forces en Afrique. L’image des enfants africains déambulant en haillons dans des quartiers faits de taudis sans eau ni électricité, avec des eaux stagnantes pourvoyeuses de maladies diarrhéiques mortelles n’est plus admissible même sous le fait de l’exotisme, et doit interpeller notre conscience d’homme civilisé. Ne pas le faire serait un crime contre l’humanité dont l’Afrique est le berceau. Encore une fois, la démocratie ne s’accommode pas de la pauvreté qui est à l’origine de toutes les tensions sociales en Afrique notamment francophone. La défense de la démocratie doit tenir compte de l’autodétermination des peuples. L’état de droit doit comprendre la justice sociale car seule la loi permet l’égalité entre les citoyens.

Nous regrettons dans ces quelques mots que l’on ne parle pas de la souffrance du peuple africain depuis l’esclavage, de la colonisation et ses méfaits qui se perpétuent jusqu’à ce jour au XXIème siècle. Il ne s’agit en rien d’une position de victimisation mais de montrer l’égoïsme de ceux qui se sont enrichis de notre souffrance et qui rechignent à rendre l’ascenseur dans une coopération gagnant-gagnant.  En Occident, le peuple a le minimum vital à savoir le travail, le logement, l’eau l’électricité, l’éducation, la santé, la justice sociale bien qu’imparfaite, les loisirs. Alors que le peuple africain manque de tout sur son continent béni des Dieux et se mue en spectateur hagard de cette société de consommation.

Peuple malien envers et contre tous, je suis fier d’être MALIEN aujourd’hui. Puisse ce printemps malien être la renaissance de l’Afrique berceau de l’humanité.

L’Afrique a besoin d’écoles, d’universités, d’hôpitaux, d’infrastructures diverses, de loisirs, de paix, de liberté, de fraternité et non de l’opération Barkhane qui ne fait qu’endeuiller au jour le jour les familles.

Rien n’arrêtera l’élan de l’esprit et la gaieté du peuple malien pour la liberté retrouvée. Le peuple malien ne doit en aucun cas prendre pour acquis sa liberté, son indépendance, c’est un combat de tous les jours.

C’est Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne qui disait : « Un homme est heureux tant qu’il décide de l’être, et nul ne peut l’en empêcher. »

Bon vent au peuple malien.

…………

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA 

Laisser un commentaire