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Le silence de Monseigneur Anatole Milandou

Le silence de Monseigneur Anatole Milandou

Par  Rocil MATINGOU

Le Pape François 1er est en train de faire le ménage dans la curie romaine. Il est critiqué de partout pourtant il expose des  cardinaux à la justice des hommes.

Monseigneur Anatole Milandou est attaqué de partout pour avoir, soi-disant, prostitué l’Eglise du Congo au PCT (Parti Congolais du Travail), parti au pouvoir. Il ne dit rien pour se défendre. Son silence est-il coupable comme le soutiennent présentement les audios et les écrits qui circulent dans les réseaux sociaux ?

A l’origine de ce divertissement, se trouve une audio postée probablement dès le 13 juillet 2021 sur WhatsApp par un prétendu le Ngo du Congo qui incrimine le comportement des prêtres de l’archidiocèse de Brazzaville, pour ne pas dire pudiquement, qui traite Monseigneur Anatole Milandou de plus grand voleur du Congo. Les ragots de cette audio seraient restés sans importance s’ils avaient été proférés dans des enceintes privées où la courtoisie pouvait appeler à un certain ton ou à la tempérance dans la parole. Mais dans les réseaux sociaux, c’est la portée de ces élucubrations qui est nuisible à la dignité d’une personne. Monseigneur Milandou est-il un silencieux que l’on doit prendre pour une tête de Turc en vue de réorienter un certain combat politique, combien légitime, vers d’autres cibles ? Si l’Eglise catholique, de par son envergure, peut-être considérée comme le bouclier de la dignité humaine, est-il de bon aloi, dans le contexte d’un Congo monolithique, d’insulter et d’invectiver une  autre personnalité publique à la place des autorités congolaises qui décident de ce que doit subir l’ensemble de la population ? Même si c’est la diaspora qui doit jouer son rôle, il y a des règles de base à respecter dans chaque espace social. En France lorsque l’on insulte quelqu’un dans les médias ou les réseaux sociaux, on risque d’être poursuivi pour diffamation. Doit-on reprocher à Monseigneur Milandou de ne pas avoir entrepris une telle procédure ? Silencieux à jamais, il partira avec tous ses secrets !

De la diffamation à l’infamie       

La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse dans son chapitre IV expose l’auteur de l’audio sus-visée à des poursuites judiciaires. De cette audio, il ne souffre d’aucune difficulté pour caractériser matériellement le délit de diffamation. Dès la 25ème seconde de l’audio, on entend que les nouveaux grands voleurs au Congo sont des prêtres catholiques qui valorisent le vol. A 1mn 25 secondes, Monseigneur Anatole Milandou est nommément cité comme étant l’auteur de la taxe de 100.000 francs CFA. A 2mn 19 secondes, n’est-il pas affirmé que les prêtres soient devenus fous ? Sans s’attarder sur d’autres propos, à 4mn de l’audio l’auteur soutient que les prêtres évoluent de mensonge en mensonge. A 4mn 42 second, après une certaine démonstration, il est confirmé que les prêtres sont des voleurs. A 5mn 29 secondes, Monseigneur Milandou est de nouveau invité à s’expliquer sur la taxe qu’il a prétendument édictée et, à 5mn 48, l’Etat congolais est invité à recourir aux mesures coercitives pour écrouer l’auteur de la taxe et ses acolytes qui l’appliquent. Enfin, la suite de l’audio tourne à l’amalgame et interpelle Monseigneur Milandou de ne pas avoir honte d’infliger aux Congolais un tel traitement.

Le clou de l’argumentaire en faveur de cet archevêque injustement insulté est de constater que les vociférations ruminées dans l’audio ne se fondent que sur une réalité dont Monseigneur Milandou serait lui-même victime pour s’être acquitté de ladite taxe à l’occasion des cérémonies funéraires concernant ses propres prêtres.

Une délation sur les réseaux sociaux qui n’a pas conduit son auteur à s’assurer préalablement sur la véracité de son propos. Ainsi devrait-on construire le nouveau Congo qu’il professe ?

Le comble de l’audio ci-dessus examinée est qu’elle revêt un caractère infamant à l’encontre de sa principale victime, Monseigneur Milandou.

L’infamie peut être relevée dans l’assurance du ton utilisé du début à la fin de l’audio. Monseigneur Milandou y est traité et jeté en pâture comme un vrai voleur, sinon comme le chef des voleurs, des mafieux. Les excuses, qui tendent à faire croire que le Ngo du Congo a posé un vrai problème de société, ne peuvent pas résister devant l’impertinence des attaques ad nominen proférées à l’endroit d’une personnalité aussi illustre. Dans la culture Kongo, les responsables n’ont pas seulement des égards mais ils sont vénérés. Culture rétrograde ? Mais où serait l’identité des Congolais ?

Dans l’audio incriminée, l’on note que l’auteur a pris le soin de ne point donner à « Anatole Milandou » son titre de Monseigneur. Fait troublant tendant à faire admettre qu’il ne lui doit aucun respect. C’est le Congo des antivaleurs qui emboîte le pas à la reconstruction politique du pays.

Beaucoup de bruit de pour rien

Les réactions qui se succèdent depuis le 14 juillet 2021 ont plutôt tendance à démontrer les ravages que peuvent opérer les réseaux sociaux dans l’espace du débat public congolais. Coup pour coup et l’on est sauf. Au-delà de ce qui peut être un propos mal maîtrisé, il y a toujours la raison qui doit être sauve. Les Congolais ont-ils besoin d’injures pour défendre une cause ?

Personne ne sortira indemne de tous les échanges qui émergent ici et là. Surtout pas Monseigneur Milandou qui a été blessé dans son amour propre. En tant qu’homme d’Eglise, un simple pardon clairement et explicitement formulé devrait lui suffire personnellement. Son silence n’est pas un aveu de faiblesse.

Pour mettre un point d’orgueil dans ses combats à venir, l’auteur de l’audio devrait s’approprier de la sagesse ci-après : la grandeur d’un homme est de savoir demander pardon lorsqu’il s’est trompé ou de revenir aux repères quand il s’est égaré.

D’ores et déjà, j’ai la forte conviction que Monseigneur Milandou se tait volontairement. Qu’il se taise à jamais puisqu’à ses anciens élèves, il apprenait que respecter les autres c’est surtout savoir les comprendre.

Quelle leçon d’humilité !

Rocil MATINGOU

Président de l’Association Père Modeste DUVAL

Ancien séminariste

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