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L’église, la semaine africaine et la problématique interview d’un curé pas très catholique

L’église, la semaine africaine et la problématique interview d’un curé pas très catholique

 

Par  :  Le collectif des anciens séminaristes

 

La parution dans le numéro 4087 du 14 septembre  2021 de La Semaine Africaine d’une interview controversée de l’ancien vicaire  judiciaire de l’archidiocèse de Brazzaville, le père Mesmin Massengo, 27 ans de sacerdoce, richissime, collaborateur déclarée du dictateur Sassou-Nguesso et pourfendeur de l’Eglise, suscite une problématique de déontologie journalistique et cléricale quant à l’opportunité de sa publication dans ce journal catholique.

Il en ressort substantiellement, selon Père Mesmin, que l’espace d’une interview est trop insuffisant pour présenter le bilan de ses dix-neuf ans de fonction mais il y a toutefois trouvé de la place pour nous rappeler ses plus hautes fonctions exercées, égrener ses exploits, rabâcher son propre nom et nous ressasser celui de son mentor, M. Sassou-Nguesso. Tout naturellement, il le magnifie comme un « grand homme », le reconnaît catholique et ose le présenter comme « une chance pour les  Congolais de l’avoir comme président de la République » tandis qu’il ne cite aucun des évêques de la Conférence épiscopale, ses patrons, sauf pour les traiter de mendiants hypocrites. « La relation Eglise-Etat doit être soignée. Personnellement, je suis bouleversé lorsque, le jour, on est dans les critiques acerbes et, la nuit, on est dans la politique de la main tendue », a-t-il déclaré à leur propos. Copieusement critiqué dans la presse numérique congolaise quant au fond, ce papier se focalisera sur les aspects éthiques et/ou déontologiques de l’interview.

La Semaine Africaine, journal catholique, n’aurait pas dû publier cette interview pour une raison déontologique de double insubordination. Primo, il y a insubordination  de la part de l’intervieweur, qui a publié un papier d’une critique incendiaire  contre l’Eglise,  notamment le Conseil épiscopal, son propriétaire, sans consultation préalable. Un directeur exécutif n’agit ni contre l’avis, ni contre les intérêts de son conseil d’administration ; c’est une règle déontologique que le directeur de publication de La Semaine Africaine a ignoré.

C’est une faute grave sanctionnable pour l’auteur valant déni d’autorité, donc insubordination ; or la subordination est la caractéristique d’une relation de travail. Secundo, il y a insubordination de la part de l’interviewé qui s’insurge contre ses  supérieurs hiérarchiques par ses propos subversifs le sortant carrément du devoir de réserve même après abandon des fonctions. L’interviewé a tellement défié l’autorité de sa hiérarchie par la grivoiserie de ses propos qu’il a fini par exaspérer l’opinion catholique et laïque.

Tout ce laxisme dénote d’une profonde crise d’autorité au sein de l’Eglise. Comment le journal La Semaine Africaine s’est-il senti impuissant pour censurer une interview si subversive ? Est-ce par observation bornée du principe de liberté d’expression dont l’abus en l’occurrence justifiait pourtant  pertinemment une censure, pratique discrétionnaire courante dans la presse ? La Semaine Africaine aurait-elle pu publier l’interview si celle-ci avait a contrario fustigé les politiques ? Le journal catholique, propriété de l’Eglise, n’a pas agi conformément à sa doctrine initiale et  n’a point affirmé son autonomie d’organe de  presse vis-à-vis de ce prêtre réputé influent. Devrait-on, par indulgence, lui accorder alternativement le bénéfice du doute en supposant qu’il a piégé son interviewé, le connaissant si problématique, en usant de complaisance pour lui arracher ses sentiments profonds et les exposer au  public ? A-t-il juste  plaidé le faux pour savoir le vrai ? Dans l’affirmative, il faut dire que le  pari était risqué car il s’est jeté un discrédit auprès du public pour n’avoir pas ménagé son patron, le Conseil épiscopal, qu’il a plutôt poignardé dans le dos.

Cette interview n’aurait pas dû paraître car il n’a d’avantage que la tonitruance tandis qu’il ne contient aucun message constructif. Elle est invraisemblablement truffée de flagorneries d’un curé  idolâtre adorant un chef d’Etat stalinien tandis qu’il jette paradoxalement l’opprobre sur sa propre hiérarchie. Tel est son seul un enjeu, dérisoire et pernicieux, à savoir créer une problématique superfétatoire à l’orée de l’alternance à l’archevêché de Brazzaville et discréditer l’épiscopat congolais  tandis qu’elle est  dépourvue de tout intérêt car l’Eglise n’a aucunement besoin de cette semence de zizanie ni présentement, ni ultérieurement. Quel est l’intérêt pour un journal catholique de publier un texte dont la portée considérablement discordante et nocive pour l’Eglise était prévisible ? L’interview n’a pas consolidé  le crédit du journal auprès de son lectorat catholique mais l’a ruiné a contrario car elle dénote d’une dénégation de sa ligne éditoriale. Tel attitude équivaut à promouvoir un renégat en intelligence avec une entité à l’anticatholicisme avéré et donc à  cautionner sa félonie. Tel n’est, en définitive, ni la vocation, ni l’esprit des fondateurs et continuateurs de ce journal clérical à savoir diffuser l’information utile et promouvoir les valeurs intégrales de l’Eglise selon une éthique chrétienne  dont Monseigneur Louis Badila, ancien directeur, a fait son cheval de bataille au péril de sa vie.

De cette même publication, Père Mesmin n’a tiré aucun avantage ; bien au contraire, il y a consumé le résidu de crédit dont il pouvait encore jouir auprès de l’opinion catholique. Ses piètres déclarations ne lui ont valu qu’animosité de la part du lectorat du journal qu’il croyait séduire par l’étalage de son arrogance démesurée et de son ingratitude viscérale à l’égard d’une église qui lui a pourtant tout donné et dont les fonctions lui ont implicitement servi de lettre de noblesse auprès de la nomenklatura politique dont le revenu occulte de sa servile collaboration constitue le socle de sa vanité. Le lectorat qu’il croyait rallier à son opinion lui a complètement échappé car il a fait son interview sans anticiper les réactions hostiles de ses critiques qui ont savamment disséqué et contredit son discours.  Que visait Père Mesmin par son interview ?  Faire des révélations pour décrédibiliser l’épiscopat, perturber la passation de services de ses deux archevêques métropolitains de Brazzaville ? Dans l’un ou l’autre cas, il a manqué son objectif car l’opinion a clairement désapprouvé ses déclarations tendancieuses qui plutôt que de l’honorer l’ont contrairement ridiculisé par le dévoilement de sa hargne revancharde mêlée de frustration issue de son éviction d’un poste où il se croyait inamovible.

Père Mesmin a raté sa sortie médiatique à cause d’une  série d’erreurs de communication dont la plus grotesque demeure l’apologie maladroite de M. Sassou-Nguesso  dans un média inapproprié.  Vanter ses titres académiques, ses fonctions ou ses biens mal acquis  aurait laissé certainement indifférents les Congolais habitués à cette vanité courante dans leur société où foisonnent des universitaires et des parvenus par enrichissement illicite. Cependant, encenser un dictateur qui tyrannise la population et vandalise  le pays depuis quatre décennies pour décrédibiliser les évêques dans leur propre journal est  une absurdité offensante dont serait insusceptible un apprenti communicateur. Il aurait mieux fait de s’exprimer dans Le Troubadour  ou Les Dépêches de Brazza. Toute cette confusion a exacerbé la colère et l’embrouillement des Congolais qui, offusqués, peinent à appréhender l’ambigüité de ce prêtre atypique dont le comportement est en manifeste inadéquation avec la déontologie cléricale, d’une part, et à expliquer  le paradoxe de son allégeance plus prononcée à l’oligarchie politique du pays qu’à l’Eglise, d’autre part.

Dans la foulée de ses délires, Père Mesmin s’est livré à un encensement du Chef de l’Etat qu’il cite maintes fois nommément dans son  interview tandis qu’il observe un silence assourdissant sur toute sa hiérarchie et ses collègues comme s’il était seul dans l’Eglise. En communication, ce langage de signes signifie : Messeigneurs, je vous suis indifférent, je vous ignore donc je vous méprise. C’est le comble de l’irrévérence, un acte de lèse-majesté. Ce prêtre nous dépeint, par ses ragots, un tableau surréaliste d’une église catholique congolaise dépourvue d’évêques et dont M. Sassou-Nguesso serait l’unique prélat implicitement élevé à la dignité d’éminent cardinal  en récompense de sa générosité hypocrite. Père Mesmin veut vendre à notre Eglise l’image d’un pasteur président plus catholique que les évêques et dont la foi est  prouvée par l’immensité de ses œuvres  palpables comme la réhabilitation de la basilique Sainte-Anne pourtant préalablement endommagée exprès par ses miliciens pendant sa guerre de reconquête du pouvoir en  1997.

Tout dans Père Mesmin porte à croire qu’il perd son discernement lorsqu’il se complait dans une nébuleuse où il prend ses chimères pour des réalités. Il pense que les catholiques congolais  sont si naïfs pour se laisser séduire par sa piètre communication tendant à redorer l’image d’un président  de la République autoproclamé, dictateur sanguinaire et génocidaire qui a massacré sa propre population et décapité l’Eglise de trois de ses évêques à travers l’assassinat du cardinal Emile Biayenda et l’empoisonnement des Messeigneurs Benoit Gassongo et Ernest Kombo. Aucune offrande de Monsieur Sassou-Nguesso ne pourra expier ses crimes odieux contre notre Eglise. Père Mesmin oublie qu’il n’a aucune estime des catholiques qui le considèrent moins comme un prêtre que comme une taupe du pouvoir infiltrée dans l’Eglise pour la fossoyer de l’intérieur et l’affaiblir. A ce titre, il ne peut prétendre  être la personne adéquate pour évoquer l’assainissement des rapports entre l’Eglise et l’Etat car sa perfidie au profit de la dictature et son enrichissement spectaculaire et illicite –sa fortune non justifiée dépassant le  milliard de franc CFA- lui ôte toute légitimité à cette fin. En effet, Sassou-Nguesso a toujours considéré l’Eglise comme une force politique d’opposition qu’il tient absolument à affaiblir au même titre que les syndicats et autres organisations pour éviter la récidive du redoutable syndrome de la Conférence nationale souveraine de 1991 qui l’a destitué démocratiquement en 1992.

Ce papier vaut invite pour Père Mesmin à plus de sagesse et de circonspection dans ses éventuelles déclarations et à tirer les leçons de sa bourde communicationnelle. Qu’il soit moins hautain car la naissance n’est rien où la vertu n’est pas. Qu’il garde jalousement silence en toutes circonstances car sa logorrhée le compromet tellement qu’elle lui fait  manquer les objectifs de sa communication. Qu’il se garde de  son irrévérence à l’endroit des évêques car jamais il ne les égalera en dignité puisqu’il a perdu toute opportunité de s’élever à ce rang. Qu’il s’abstienne de présenter son grand-maître de l’ésotérisme comme un catholique ; Sassou-Nguesso n’est pas Laurent Gbagbo dont la catholicité est authentiquement avérée. Qu’il arrête sa propagande saugrenue pour un tyran en proie à la déchéance auprès d’une chrétienté qui ne se ralliera jamais à sa cause. Qu’il s’abstienne de qualifier la présidence de Sassou-Nguesso de chance pour les Congolais alors que c’est la pire des malédictions à ne pas souhaiter à  une nation ennemie, même  pas à la France, son sponsor, pour remplacer Emmanuel Macron. Considérer Sassou-Nguesso comme un grand homme est une abomination indigne d’un curé.

En somme, qu’il saisisse l’opportunité de l’année sabbatique à lui offerte pour réfléchir sur son avenir et sur ses relations avec le pouvoir finissant du PCT car maintenant qu’il a cessé ses fonctions stratégiques dans l’archidiocèse de Brazzaville et l’Eglise du Congo, il n’est plus certain que son maître aura autant besoin de lui qu’auparavant car il ne pourra plus lui rendre les précieux services d’antan. Dans les us du renseignement, un agent démasqué devient quasiment inutilisable sauf au Congo, le pays des invraisemblances, celui où les agents secrets se dévoilent fièrement jusqu’à se livrer impunément à du trafic d’influence, celui où  tout marche sens dessus-dessous sous l’égide d’un « Empereur » qui attend impatiemment le verdict du peuple dans la foulée du reversement des dictatures.

Le collectif des anciens séminaristes

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