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LES QUELQUES MESURES DES TROIS CANDIDATS A LA PRÉSIDENTIELLE DU 21 MARS 2021 AU CONGO

LES QUELQUES MESURES DES TROIS CANDIDATS A LA PRÉSIDENTIELLE DU 21 MARS 2021 AU CONGO

Verlin Richard BEKA BEKA

Par Verlin RICHARD

  • Monsieur DAVE MAFOULA
  • Mettre en place un Gouvernement de 22 Ministres

Cette mesure est certes symbolique et n’auront qu’un impact limité sur les finances publiques. Mais en politique les SYMBOLES comptent. Il s’agit d’avoir un gouvernement resserré, et cela permettrait de réaliser une réduction du train de la vie de l’Etat, et notamment une baisse substantielle de plusieurs milliards de francs CFA sur les dépenses de fonctionnement de l’Etat afin de les orienter vers les dépenses publiques ayant un effet positif sur la croissance.

  • Fiscaliser les indemnités et primes des personnels politiques

Cette mesure rétablit le respect de deux articles de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen qui posent les principes d’égalité devant la loi fiscale (article 6 de la déclaration des droits de 1789), et d’autre part le principe d’égalité devant l’impôt (article 13 de la même déclaration).

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  • Monsieur Guy Brice Parfait KOLELAS

 

  • Plan d’Urgence, de Stabilisation, de Relance et de Soutien à la Croissance

Le Congo subit un double choc macroéconomique et budgétaire en cette année 2021, avec une crise économique et financière qui perdure depuis la mi- 2014. Ce plan d’urgence qui vise donc à stabiliser les agrégats macroéconomiques, à relancer les activités économiques, notamment du secteur privé sinistré serait donc un vrai soutien à la croissance.  De quel montant serait-ce plan ? Comment serait-il financé ? qui en aurait la gestion ?  Ce sont là des interrogations qui subsistent mais dont les réponses sont attendues au cours de la campagne présidentielle.

  • Création fonds souverain et création d’une banque de solidarité active

L’idée d’un fonds souverain pour la diversification est en soi une bonne idée. Un fonds souverain est un fonds d’investissement détenu par un État. Mais, il soulève quelques interrogations sur le financement de ce fonds souverain.  En effet, un fonds d’investissement souverain se finance généralement sur les excédents budgétaires d’un Etat.  Or, l’excédent budgétaire prévu dans la loi de finances 2021 du Congo ne permet pas de se constituer une épargne servant à abonder un fonds souverain puisque cet excédent sert à réduire le déficit de la trésorerie de l’Etat, notamment le remboursement de la dette publique.  Il est vrai qu’un fonds souverain peut permettre de diversifier l’économie mais en l’absence d’une épargne nationale, cette mesure apparait difficilement applicable.  Par contre, l’idée d’une banque de solidarité active serait adaptée au financement de la diversification économique de tous les secteurs économiques aussi bien de l’économie classique que de l’économie sociale et solidaire. La diversification économique repose sur une équation magique : activités principales + activités secondaires +marchés = diversification économique. Il devrait donc s’agir non pas d’adopter des stratégies économiques de spécialisation qui confèrent des avantages concurrentiels, mais pour le Congo, c’est une stratégie de diversification économique qui procure des économies d’échelles qui en est l’urgence économique.

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  • Monsieur JOSEPH KIGNOUMBI KIA MBOUNGOU

 

  • Encourager les banques à octroyer les crédits grâce à un Fonds de garantie de 2000 milliards de FCFA 

Cette mesure soulève là aussi le problème du financement de ce fonds de garantie. Quelle structure d’Etat serait en charge de gérer ce fond garanti de 2000 milliards de FCFA ? D’où l’Etat tirera-t-il des ressources pour constituer ce fonds ?  Il est vrai qu’un fonds de garantie de l’Etat permet de soutenir le financement bancaire des entreprises, mais faudrait-il encore que nos entreprises disposent d’au moins des capitaux propres permettant d’évaluer leur solvabilité et qu’elles soient rentables pour évaluer leur liquidité.  En réalité, une banque n’octroie pas de crédits aux entreprises parce qu’un Etat apporte une garantie financière. La banque octroie des crédits aux entreprises quand elles sont solvables et liquides.  Par conséquent, c’est de renforcer les fonds propres ou quasi fonds propres des entreprises congolaises, et de faciliter le climat des affaires, de permettre la relance des activités économiques, que nos entreprises présenteront des taux de solvabilité et des taux de liquidité acceptables par les banques. Dès lors, l’octroi de crédits deviendrait accessible.

  • Baisser les taux d’intérêt bancaire en dessous de 10% 

Cette mesure est inapplicable car la politique monétaire est de la compétence de la banque centrale. La fixation des taux d’intérêts de crédits bancaires est une liberté contractuelle entre les banques et les clients. On parle alors du TEG (taux global effectif) d’un crédit, à condition que les banques respectent le plafond du taux d’usure (Règlement N°04/19/CEMAC/UMAC/CM relatif au Taux Effectif Global, à la répression de l’usure et à la publication des conditions de banque dans la CEMAC).

Il est vrai de dire que les taux d’intérêts des crédits à court terme, moyen et long terme, mais également des crédits à la consommation apparaissent élevés au Congo, mais cela s’explique. Il a deux raisons principales qui expliquent ces taux d’intérêts. Le cas du taux d’intérêt des crédits à court terme, à moyen et long terme de la banque postale qui est de 15% peut s’expliquer. Tout d’abord d’où vient ce taux d’intérêt de 15% ?  Toutes les banques congolaises appliquent un taux d’intérêt minimum annuel qui est de 10%. C’est ce qu’on appelle le taux de base bancaire (TBB). Ensuite chaque banque ajoute sa marge ou points variables, pour la banque postale, le calcul est le suivant TBB +5 = 10 +5 =15%.  Donc baisser les taux d’intérêts bancaires à 10 % reviendrait à demander aux banques congolaises de « sucrer » leurs marges. C’est la première raison, cette marge résulte du facteur « coût des dépôts ». Autrement dit COLLECTER les dépôts et EXECUTER les ordres de paiement et d’encaissement ont un Coût qui se répercute sur le TBB auquel la banque ajoute une marge. La deuxième raison est la gestion du risque crédit ou risque de contrepartie. Il est vrai que la garantie de l’Etat constitue une couverture de risques mais le métier d’une banque n’est pas tant à « prendre des garanties », mais plutôt à financer les clients solvables et liquides.  Et, la meilleure couverture de risques pour la banque est la connaissance de ces clients ou en anglais Know Your Customer (KYC).  Or, pour analyser le KYC d’un client, la banque a besoin de collecter toutes les informations sur ce client. En d’autres termes, afin d’inciter les banques congolaises à octroyer les crédits et à baisser les taux d’intérêts de crédits, l’Etat doit renforcer les fonds propres, les quasi fonds propres des entreprises, et en même temps produire de l’information financière, organiser cette information afin qu’elle soit accessible par les banques. L’enjeu ici est de réduire l’asymétrie d’informations qui conduit les banques congolaises à pratiquer le rationnement du crédit.

Verlin Richard  BEKA BEKA

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