ASSOCIATION LOI 1901, Société, Tribune libre

« L’imposture des Anges », extrait 2

 

« L’imposture des Anges », extrait 2

Par  Cedric Mpindy

Cédric MPINDY

– Mais papa qu’est-ce que cette histoire ? Je n’ai ni l’intention de te tuer et encore moins de te faire tuer !

– Ah bon ?
-Mais oui sincèrement Papa. Et surtout je ne vois vraiment pas pourquoi je vais attenter à tes jours ? Mais au fait papa, de quoi s’agit-il et de quoi parles-tu ?
– Ah, c’est ce que tu penses? Je te parle de tes nouvelles aventures et des voies que tu viens d’emprunter !
– Mais papa, quelles sont ces nouvelles voies ?
– Ah en plus tu fais de l’esprit avec moi, comme si tu ne savais pas de quoi je suis en train de te parler ?
Eh bien, je te signale que faire de la politique dans ce pays, c’est signer l’arrêt de mort d’une partie de ta famille! Mais tu ne sembles pas bien connaître ce pays? As-tu oublié que tes deux oncles, mes jeunes frères ont été tués parce qu’ils étaient juste sympathisants d’un parti politique ? Et moi-même, je n’ai eu la vie sauve lors de la révolte des sept jours, que grâce à mon état physique qui m’a permis de semer mes poursuivants.
En effet, après une course effrénée d’une heure, sous les effets combinés de la chaleur étouffante d’Island no Law et d’une famine de trois jours qui me cisaillait l’estomac, je suis tombé en syncope dans un ravin. Ce qui au final m’a sauvé la vie.
Et au cas où tu ne le sais pas, ta maman et ta sœur ont été violentées et abusées ! Je ne t’en ai jamais parlé par pudeur.
Le père poussa un soupir avant de poursuivre :
– Le pays était à feu et à sang, l’odeur de la mort hantait la ville d’Island no Law. Des hordes de jeunes enivrés de chanvre et d’autres substances hallucinogènes, munis de machettes et de Kalachnikov semaient la terreur partout. Tu ne l’as pas vécu, tu ne peux donc pas comprendre mes appréhensions.
À la base de toute cette éruption de violence, le cancer en phase terminale du troisième mandat, considéré comme celui de trop, et que seule la drogue de synthèse de la dictature est capable de soulager et d’en atténuer la prolifération des métastases. Le seul hic est que son secret de fabrique n’est connu que des seuls architectes impénitents du pouvoir à vie sous les Tropiques. Toutefois, et d’après les prétendus opposants, militants et résistants des réseaux sociaux, elle est obtenue suite à une longue distillation dont le savant mélange est à manier avec extrêmement de dextérité, en cas de mauvaise manipulation, les effets sont aussi explosifs et dévastateurs que ceux de la nitroglycérine. Pour commencer, il faut un soupçon de bruit des bottes, un zeste de terreur, une pincée d’arrestations arbitraires, enfin le maintien par tous les moyens au pouvoir, quitte à marcher sur certaines vies, devenues de simples obstacles collatéraux dans la marche ultime vers le pouvoir.
Il prit un élan et ajouta :
– Mon fils Landry, ce pays est malade, surtout de ses hommes politiques.
Et voilà que toi, tu viens carrément créer ton parti politique. Et comme si cela ne suffisait pas, il est classifié et même estampillé « parti d’opposition de la majorité présidentielle » ! Peux-tu m’expliquer ce que signifie ce charabia, même si j’ai ma petite idée ?
– Papa, nous sommes en démocratie, j’ai le droit de créer un parti politique pour défendre mes idées, faire valoir un certain idéal et accompagner le changement dans la continuité.
– Incroyable ! Tu penses vraiment que le fonctionnement de ce pays est en adéquation avec les principes démocratiques ?
-Écoute fiston, je vais être franc avec toi, la démocratie est un droit humain fondamental et qui ne se réalise pas à coup de slogans alléchants. Ni dans le simple fait d’organiser un simulacre d’élections que l’on sait truquées et gagnées d’avance. La démocratie, telle que je l’entends, va bien au-delà du simple geste de mettre un bulletin de vote dans l’urne.
Car crois-moi, même des primates bien dressés dans un cirque, sont capables de glisser un bulletin dans une urne sans vraiment comprendre la signification attachée à ce geste. La démocratie, pour être effective, doit englober la liberté d’expression, de religion, de manifestation et un ensemble de droits périphériques.
Un pays dans lequel, il est impossible de faire cent mètres, de jour comme de nuit, sans croiser des militaires lourdement armés, non seulement cela inquiète et pour finir, donne à tout observateur averti les frissons d’un pays en état de siège! Et c’est peut-être ce qui explique dans la ville, les nombreux cortèges de ces nervis à la gâchette extrêmement sensible, sinon je ne comprends pas ce qu’ils foutent hors de leurs casernes. Et c’est ce pays-là que tu me vends comme un modèle de démocratie, mieux un label d’Etat de droit ?
Landry ! Comment es-tu tombé dans cette fange immonde de la politique de ce pays tordu ? Je t’informe au cas où tu ne le saurais pas, que ce pays à défaut d’avancer, réalise néanmoins certains miracles. Et je peux t’en citer un, qui est vraiment éclatant, et tient plus de l’exploit, celui d’avoir transformé certains détenteurs de doctorats, et Dieu seul sait combien ce pays en regorge au kilomètre carré : -en droit, en sociologie, en économie et en anthropologie-; en de vulgaires cireurs de pompes, des propagandistes de bas étage, de fieffés laudateurs zélés et abjects à la bouche puante de mensonges.
Et aujourd’hui, lorsque j’écoute ces universitaires, car pour moi, ils ne méritent pas d’être considérés comme des intellectuels, j’ai presque envie de vomir. Cette caste de diplômés, au français pédant sont un véritable fléau et une gangrène pour ce pays ! Ce sont eux qui alimentent les tensions en soufflant sur les braises incandescentes de la division et de la haine, de vrais pyromanes. Et tout cela, ils le font juste pour préserver leurs avantages et les positions confortables qu’ils occupent et espèrent conserver peut-être jusqu’à ce qu’ils crèvent !
Et toi mon fils, tu veux ressembler à ces personnages hybrides, à ces cymbales sonores comme si le boucan d’imbécilité, qu’ils produisent nuit et jour, n’était pas assez assourdissant et nuisible comme ça, voilà que tu viens aussi rajouter le bruit de ton vuvuzela ? Tous tes amis, qui rugissent dans l’arène politique de ce pays, ne sont rien d’autres que des avatars.
Sincèrement je suis déçu de toi ! Ce qui me surprend c’est que nous en avions déjà parlé quand tu es revenu ! En t’engageant aujourd’hui dans l’univers politique de ce pays, sache que tu viens d’impliquer toute la famille dans tes conneries. Et crois-moi, quand ils vont recommencer à s’entretuer, ils ne feront pas le tri. Le simple fait que nous portons le même nom, nous expose tous.
Et nous allons être pourchassés, traqués et abattus comme des lapins. Et pourtant, je ne bénéficie d’aucun privilège ni avantage de ce pouvoir! Certainement que toi tu as reçu des valises d’argent pour ton travail d’accompagnateur du changement dans la continuité, sauf que moi, je refuse de cautionner de telles inepties. Tout ce que j’ai pu construire et bâtir, je l’ai obtenu grâce à un travail acharné. Voilà le secret de ma réussite sociale !
À suivre…

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