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L’impunité à l’égard de la corruption fait du gouvernement un handicapé fonctionnel

L’impunité à l’égard de la corruption fait du gouvernement un handicapé fonctionnel

Jean-Claude BERI, communicant, activiste et libre penseur Lyon

« Sassou et sa bande font passer la corruption comme une action légitime inhérente à la privation des libertés des citoyens pour asseoir son pouvoir destructeur.  Or cela doit être perçue comme étant un acte nuisible de la société. Nous pouvons et devrions tous prendre part à la promotion d’une culture de la transparence, de l’intégrité et de la responsabilité. Ne vous laisser par berner par les sirènes de l’illusion politique. » JCB 

Par Jean-Claude BERI

Rémunération des patrons, nominations des collabos fantaisistes, corruption des députés, mains mises sur des lobbys d’investisseurs, la relance de l’économie peine à redémarrer, le Congo est toujours scotché au rouge. Lorsque l’illégalité devient automatiquement un mode de fonctionnement du gouvernement, la probité n’a plus sa place dans la gestion de la chose publique. On a plus peur d’enfreindre la loi, puisque la loi elle-même est caution de l’illégalité constatée. Nous l’avons prédit ici   qu’un gouvernement conçu dans le mensonge et la médiocrité porte en lui les germes de sa propre destruction. C’est-à-dire une gouvernance dans la continuité de la médiocrité. Potentiellement, si la sanction avait été automatique depuis 20 ou 30 ans, combien de politiques congolais encore en activité auraient disparu du paysage ?

On garde les mêmes qui ont failli depuis fort longtemps et qui ont enfanté des prédateurs économiques encore plus voraces que leurs géniteurs, comment peut-on concilier cela avec le principe de la bonne gouvernance ? Malgré le souhait des citoyens qui ne veulent plus que règne l’impunité permettant aux délinquants économiques, pourtant condamnés pour corruption, de se présenter à de nouvelles élections.

Lorsque le gouvernement ne respecte pas la constitution qui voudrait un quitus, contrôle sous la base d‘une déclaration officielle fiscale sur les biens et  richesse personnelle, pour tout politique qui serait amené à exercer les hautes fonctions. Cette recommandation constitutionnelle n’est jamais observée simplement parce que ce pouvoir a instauré le quitus de vol et de la corruption en lieu et place de la probité morale, la corruption devient le moyen le plus pervers de soumettre les citoyens.

Nous continuons à expertiser sur la question, alors que la réponse est juste devant nous. On se heurte en fait à un problème de déni politique couplé d’une absence de courage politique. A-t-on encore besoin de les nommer ou désigner untel ou untel. Tout le monde les connaît. Je suis certain que si les gouvernements successifs depuis 30 ans avaient traité la question cela aurait accéléré le renouvellement de la classe politique et peut-être entamé la vraie rupture avec les anti valeurs.

Tout le monde sait ce qui ne va pas au Congo-Brazzaville et ça ne date pas que d’aujourd’hui. La corruption érigée comme modèle de gouvernance au sommet de l’état, a un effet négatif sur le fonctionnement des institutions démocratiques. Elle est une menace à la gouvernance et à la stabilité de notre jeune démocratie. Elle nuit à la légitimité du gouvernement et aux valeurs démocratiques et affaiblit l’État car elle mine sa crédibilité et fragilise la confiance des populations dans les institutions publiques. La lutte contre la corruption doit donc aller de pair avec le renforcement de l’état de droit et de la bonne gouvernance ainsi qu’avec l’établissement d’institutions solides qui, à leur tour, sont la base du développement humain.

Citons quelques incongruités observées ces jours -ci :

  • Les étudiants ne se donnent plus la peine d’étudier puisque les enseignements se livrent à des pratiques incontestablement répréhensibles consistant à monnayer le savoir contre les faveurs sexuelles. Pire encore, nous avons deux universités au fonctionnement parallèle. Les faits sont tellement criards qu’ils ne méritent pas qu’on s’y attarde. C’est une honte.
  • Les lobbys du secteur économique en général qui peuvent pousser les intérêts d’une entreprise en particulier vers un développement efficience pour le secteur est soumis à un diktat du clan agissant comme la mafia italienne. L’acquisition des marchés, le renouvellement des contrats, l’implantation des nouvelles sociétés…tout est soumis à un contrôle clanique, sorte de receveur de fond pour le clan.
  • Lorsqu’un ministre des finances s’oppose à un directeur payeur général du Trésor, ce qui devrait amener à un arbitrage du premier ministre devient un sujet d’état réglé non pas en conseil des ministres mais en conseil de famille clanique à OYO. Où est le sérieux ?
  • Lorsque les conseillers du premier ministre ou autres collaborateurs excellent dans la publication des décrets sapant l’autorité de ce dernier on est en droit de se demander sous quel régime fonctionne l’état congolais ? S’agit-il encore d’un régime constitutionnel ou d’un régime dont je préfère taire le nom ? L’illustration ces jours-ci avec la prolifération des textes gouvernementaux prisent par  des conseillers zèles témoigne du parachèvement d’une gouvernance en manque de rigueur et le déficit d’un leader de poigne.

La confiance entre les citoyens et leurs gouvernants repose sur une utilisation transparente des ressources publiques. C’est aussi un moyen de mieux cibler les dépenses de l’État et de les rendre plus efficaces. C’est pour cela nous le dénoncions avec force que ceux qui sont suspectés de délits financiers avérés ne peuvent plus exercer des hautes fonctions. L’impunité à l’égard de la corruption fait ce gouvernement un handicapé fonctionnel

Faut-il le rappeler :

« Nous sommes convaincus que la corruption est nuisible, car elle fait obstacle à la croissance et au développement économiques, entame la confiance du citoyen dans la légitimité et la transparence des institutions et entrave l’adoption de lois justes et efficaces, ainsi que l’administration et l’exécution des lois et l’action des tribunaux, et insistons, en conséquence, sur l’importance de l’état de droit en tant que condition essentielle de la prévention et de la répression de la corruption, dans le cadre, notamment, d’une coopération plus étroite entre les États en matière pénale »  MARTIN SAJDIK, Représentant permanent de l’Autriche auprès des Nations Unies.

Sassou et sa bande font passer la corruption comme une action malicieuse de  privation des droits  des citoyens pour asseoir son pouvoir destructeur.  Or cela doit être perçue comme étant un fait nuisible de la société. Nous pouvons et devrions tous prendre part à la promotion d’une culture de la transparence, de l’intégrité et de la responsabilité. Ne vous laisser pas berner par les sirènes de l’illusion politique.

Jean-Claude BERI

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