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Monsieur Emmanuel Macron, l’ami des dictateurs africains.  

Monsieur Emmanuel Macron, l’ami des dictateurs africains.

Par  Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

 

Est-ce une illusion ou l’homme est droit dans ses bottes ?  

La politique de deux poids, deux mesures serait-elle devenue la realpolitik du gouvernement français ? La France s’ingère dans les affaires intérieures des pays en fonction de la couleur de peau, de la civilisation et de ses intérêts.

Après nous avoir donné des leçons de morale sur la natalité des femmes africaines qui avaient sept à huit enfants en accolant ce fait à la pauvreté, monsieur Emmanuel Macron vient de déclarer « Il est clair que le Président de la Biélorussie, monsieur Loukachenko doit partir. » ; « Ce qui se passe en Biélorussie, c’est une crise de pouvoir, un pouvoir autoritaire qui n’arrive pas à accepter la logique de la démocratie et qui s’accroche au pouvoir. » Le Président français a poussé le vice jusqu’à aller rencontrer l’opposante biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa exilée à Vilnius. « La France se tient au côté du peuple biélorusse pour qu’une solution politique puisse être trouvée dans le respect des aspirations exprimées massivement et pacifiquement et massivement depuis plusieurs semaines… » dixit Emmanuel Macron en Lituanie.

Ce qui s’est passé au Mali, la révolte du peuple contre ses dirigeants kleptomanes, a été perçu par la France et ses médias aux ordres comme un coup d’état militaire. À bien y voir, ce qui se passe en Biélorussie est la même chose qu’au Mali, la soif du peuple d’avoir des dirigeants à leur écoute et non autoritaires. Mais monsieur Emmanuel Macron n’a jamais apporté son soutien aux manifestants maliens ni aux peuples des dictatures de l’Afrique francophone. C’est la politique du deux poids deux mesures dans toute sa splendeur.

La cohérence de la pensée et de l’action est un élément essentiel du discours politique. Mais pour monsieur Emmanuel Macron, la cohérence c’est la prise de décision à géométrie variable selon les continents, la race et les intérêts financiers de la France. L’exemple récent du Mali doit nous édifier.

Sur la natalité des femmes africaines, il sied à monsieur Emmanuel Macron de savoir qu’en France, la femme dispose librement de son corps et rien ne peut lui être imposée même par son conjoint. Ainsi, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) relève du seul désir de la femme, même chez les adolescentes. Personne n’a rien n’a y redire car ce droit à l’IVG a été obtenu de haute lutte par les féministes françaises dont Simone Veil. C’est un progrès des femmes dans la société française. Quand il s’agit des femmes africaines, des relents paternalistes hérités de la colonisation fusent de toute part ; Il faut contrôler la natalité des femmes africaines qui serait une bombe à l’origine de la démographie africaine.

En quoi une femme africaine ayant sept à huit enfants vivant en Afrique dans la misère en général peut-elle déstabiliser l’Europe, La France et de l’Occident ? Cette même France qui se targue d’avoir le meilleur taux de natalité en Europe. En matière de natalité, la mentalité occidentale est différente de la mentalité africaine qui perçoit les enfants comme un « don de Dieu. » On peut y débattre mais c’est une réalité. En Occident, la société consumériste considère les enfants comme un fardeau, un poids, un sac à dos qu’il faudra au moins porter jusqu’à l’âge de 18 ans ; C’est sa façon de voir les choses. La femme africaine a le droit d’avoir le nombre d’enfants qu’elle veut si aucune loi ne l’interdit. L’interdire par une loi serait une violation des libertés individuelles de ces femmes.

Il est temps de dire que les femmes africaines comme toutes les femmes du monde libre doivent disposer à leur guise de leur corps. Aucune autorité fut-elle blanche ne pourra les en dissuader. Le choix d’avoir le nombre d’enfants que l’on désire est personnel et ne peut être régie par une loi quand dans le même temps ce n’est pas la France qui nourrit, habille et envoie ces enfants à l’école.

La crise de mauvaise gestion qui secoue l’Afrique francophone est l’une cause ne permettant pas aux femmes africaines d’avoir accès au planning familial et au-delà aux méthodes contraceptives à leur disposition. La crise est telle que le budget familial est plus axé vers l’alimentaire, le paiement des loyers et l’envoi des enfants à l’école. L’absurdité des dirigeants africains a fait que l’enseignement a été privatisé notamment au Congo-Brazzaville, un pays riche qui peut décréter la gratuité de l’enseignement de la maternelle jusqu’à l’université. J’ai fait partie de ceux qui ont bénéficiés de cet enseignement gratuit de qualité et en plus de cela avec une bourse à l’université. En ces temps-là, le Congo-Brazzaville n’avait pas des moyens aussi colossaux qu’actuellement.

Une fois le changement, l’enseignement et la santé seront gratuits pour tous les Congolaises et Congolais comme avant. Il est difficile pour nous de comprendre qu’un pays dans lequel les dirigeants ont fait disparaître 14 000 milliards de francs CFA, que ces derniers continuent de faire payer les soins de santé et les frais de scolarité aux plus démunis d’entre nous. Nous voyons d’ici la Banque mondiale (BM) et le Fonds monétaire internationale (FMI) crier à la mise en place de la libre concurrence. Mais, nous rétorquons que l’État congolais a le droit et le devoir de s’occuper des plus démunis. Ces institutions de Bretton Woods à savoir la BM et le FMI censées éradiquer la pauvreté dans le monde n’ont fait que l’aggraver en étranglant au cou des pays avec des dettes et des intérêts faramineux. Ce n’est perdu pour personne car derrière les institutions de Bretton Woods, il y a un capitalisme de connivence.

Monsieur Emmanuel Macron avait promis de ne pas s’occuper de la politique intérieure des États africains afin de mieux maintenir en place les dictateurs qui font les beaux jours de la France, de la Françafrique au détriment des Africaines et Africains francophones, d’enfants, d’adolescents, des adultes et des vieux qui meurent tous les jours à cause de l’incurie des Sous-préfets qui dirigent l’Afrique francophone pour un résultat nul.

« Il est clair que monsieur Loukachenko doit partir » dixit Emmanuel Macron. Ce dernier s’ingère ainsi dans les affaires intérieures de la Biélorussie, ce qui est une entorse à sa politique. Mais, la raison de ce revirement peut être ailleurs, car Emmanuel Macron se soucie plus de la population blanche de la Biélorussie que des pauvres petits noirs africains qui doivent se débattre avec leurs dictateurs.

Le Sommet Afrique-France est une réunion pendant laquelle monsieur Emmanuel Macron côtoie plus de dictateurs africains au m², mais cela ne lui pose aucun problème. La cécité avec laquelle il fait fi des droits de l’Homme est à la hauteur du dédain, du manque de considération qu’il accorde aux Africains.

Il est clair que la politique du « en même temps » peut transformer un loup en agneau et un agneau en loup. Plus personne n’y comprend rien. Seul le business doit suivre son cours même quand une grande majorité des Africains francophones vivent avec moins d’un dollar par jour. C’est le cynisme politique qui confine au manque d’empathie et de compassion. C’est un rapport qui est basé sur la domination sociale, ce qui est le racisme.

La jeunesse africaine soucieuse de se débarrasser des pantins de l’Afrique francophone aux ordres de Paris doit dorénavant savoir qu’elle ne peut compter que sur ses propres forces ; Il s’agit de Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville, de Paul Biya du Cameroun, d’Ali Bongo Ondimba du Gabon, d’Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire, d’Idriss Déby Itno du Tchad, d’Alpha Condé de la Guinée Conakry, de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo de la Guinée équatoriale, etc. Nous attendons toujours le tweet de monsieur Emmanuel Macron désapprouvant le troisième mandat illégal d’Alassane Ouattara lui demandant de quitter le pouvoir comme il le fait si bien avec le Président de la Biélorussie, monsieur Loukachenko. La France est désormais aux cotés des dictateurs africains contre leurs peuples car ces pays représentent le grenier dans lequel elle vient se servir à foison. Jadis pays des lumières, la France est devenue le pays des ténèbres qui abandonne ses valeurs de liberté, égalité et fraternité au profit du capitalisme sauvage. Nous avons tous compris que la France est « un pays de race blanche et de civilisation judéo-chrétienne » dans lequel l’égalité est la valeur la moins partagée.

Quand on ne peut pas faire l’histoire, on la commente. Il est temps que les Africaines et les Africains fassent et écrivent leur histoire. Le moment est venu de changer notre paradigme politique, notre courant de pensée.

C’est l’écrivain Aimé Césaire qui disait « Le malheur de l’Afrique c’est d’avoir rencontré la France. »

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Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

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