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Pascal Lissouba, Universitaire et Homme politique : le mythe ? 

Pascal Lissouba, Universitaire et Homme politique : le mythe ?

    Par  Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

 

Et patatras, l’image de l’icône saccagée post-mortem.

Notre ancien Président de la république Pascal Lissouba avait eu à Paris (7e arrondissement) en France en tant que candidat à l’élection présidentielle un logement (rue de Villersexel) mis à sa disposition par le pétrolier ELF (aujourd’hui Total) pour préparer sa campagne. Rien que par cet acte le mythe de l’homme de Tsinguidi a volé en éclat post-mortem. Le missile a été lancé par sa plus proche collaboratrice, sa directrice de cabinet, madame Claudine Munari lors d’une interview à RFI (Radio France Internationale) le 25 août 2020. Cela a surpris plus d’un, mais la vérité finit toujours par se révéler au grand jour.

Cette nouvelle fut annoncée comme un coup de tonnerre dans un ciel serein et le mythe inébranlable de l’homme de Tsinguidi s’effondra post-mortem. Le colosse au pied d’argile venait de se désintégrer tant la violence du missile délivré avait la force d’un tsunami. Nous fûmes tous ébahis.

Encore un Président de la république en Afrique francophone mis en selle par la France. Dans une démocratie cela s’apparenterait à une corruption nécessitant une contrepartie. Ceci relève de la haute trahison pour le peuple congolais. Les dés étaient déjà pipés, la première élection présidentielle congolaise libre et transparente n’avait de démocratique que la forme. La France avait déjà fait son choix. Le peuple congolais se rendit à l’élection tel un troupeau de montons que l’on mène à l’abattoir.

En se comportant de la sorte, comment pensait-il s’en sortir du piège tendu par ELF (aujourd’hui Total) ? La négociation du partage de production pétrolière avait été dictée par André Tarallo, un homme d’affaires français qui fut durant près de trente ans le «Monsieur Afrique» de la compagnie pétrolière française Elf. Il est connu pour être l’un des protagonistes de l’affaire à l’origine du scandale financier d’Elf. Le prédateur a eu pitié de ses victimes pour passer un pareil deal. Beaucoup d’entre-nous pensions à tort que monsieur Pascal Lissouba fut le grand artisan de la renégociation de la part pétrolière congolaise vis-à-vis d’ELF.

Après un geste d’une telle grandeur, il est difficile de comprendre pourquoi ELF a tenté d’asphyxier le régime de Pascal Lissouba qui était à 4 mois d’arriérés de salaires des fonctionnaires congolais dès le début de son mandat. Le deal n’avait-t-il pas été respecté avec ELF une fois au pouvoir comme l’accord politique conclu avec le PCT (Parti congolais du travail) de répartition de postes ministériels ? En voulant rouler les autres dans la farine, monsieur Pascal Lissouba voulait-il s’émanciper des liens mafieux noués auparavant ? Surtout dans ce milieu, il y a des règles à respecter notamment la parole donnée. « La politique, c’est comme l’andouillette. Ça doit sentir un peu la merde, mais pas trop », disait Edouard Herriot. Par ailleurs, il y a peu de place pour la morale. Cela ne s’apprend pas à la maison par l’éducation des parents, à l’école, au lycée ni à l’université. C’est dans la pratique des choses dans laquelle excellait et excelle toujours monsieur Sassou Nguesso : la magouille.

Un Universitaire, surtout un intellectuel pris de remords ne pouvait pas se comporter de la sorte. Mais le piège s’était refermé sur celui qui voulait imposer sa volonté aux autres du fait de sa malice. Il se heurta à la realpolitik ce qui plomba dès le début son mandat. Il ne fallait pas rater les débuts.  La politique c’est l’art du compromis et non de la compromission. Mais ici en l’espèce la limite était si ténue que la compromission devenait évidente. La politique ne forge pas le caractère, elle élimine celui des faibles.

Je ne pense pas que le modèle des jeunes américains actuels soit Abraham Lincoln, 16e président des États-Unis d’Amérique, ou Thomas Edison, un inventeur prolifique avec l’ampoule électrique à incandescence. Mais ce serait bien Steve Jobs l’un des fondateurs d’Apple ou Mark Zuckerberg l’un des fondateurs de Facebook.

Dommage que le Congo-Brazzaville n’ait pas eu au moins un Pascal Lissouba par an depuis l’indépendance. Nous aurions aujourd’hui au moins 60 talents dans différents domaines, ce qui aurait permis un rayonnement manifeste de notre pays.

D’un point de vue universitaire, ce qu’a accompli l’homme n’a rien d’exceptionnel bien qu’il fût l’un des précurseurs. Nombreux congolais à travers le monde excellent dans différents domaines sans que cela ne fasse l’objet d’autant d’admiration. Mais, il fallait construire un mythe, le faire vivre et en tirer profit. Ce qui finit par arriver avec l’élection à la magistrature suprême. Le meilleur d’entre nous fut élu et ça coïncida avec le début de la descente aux enfers avec la création des milices armées tous azimuts.

 La pratique du pouvoir politique est un art, une culture qui ne peut se résumer qu’aux seules prestations universitaires. 

Il fut le Premier ministre du Président Massamba-Débat très jeune à l’âge de 33 ans. Cette période trouble fut marquée par le triple assassinat de 3 grands hauts fonctionnaires congolais à savoir Joseph Pouabou (Magistrat congolais), Anselme Massouémé (Directeur de l’Agence congolaise de l’information : ACI) et Lin Lazare Matsocota (Procureur de la république). Des crimes qui jusqu’à ce jour ne furent jamais élucidés comme le sont la plupart des assassinats politiques au Congo-Brazzaville. Ce serait difficile de croire au coup du sort. Une intelligence et des mains avaient bien pensé et exécuté ces crimes crapuleux innommables. Ainsi, ces 3 illustres personnages ne purent jamais exprimer tout le potentiel qu’ils avaient en eux.

La démocratie au Congo-Brazzaville est née de la volonté du peuple congolais d’avoir un système représentatif de ses aspirations. L’ouverture au multipartisme permit l’émergence de nouveaux partis politiques à identité ethno-régionales à savoir l’UPADS (Union panafricaine pour la démocratie sociale) pour le Nibolek (Niari, Bouenza, Lékoumou), le MCDDI (Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral) à identité Kongo et le PCT s’appuyant sur les ressortissants du Nord du pays en particulier les Mbochis. Ce fut un accouchement difficile de la démocratie qui dans un pareil contexte favorisait non pas le projet politique mais la représentation géographique la plus importante comme ce fut avec le Nibolek.

Président de la république, l’apparition des milices privées marqua cette période. En dehors de la chaine de commandement militaire et policière, apparut la réserve ministérielle placée sous la tutelle du Ministre de l’Intérieur Martin Mbéri. Il fallait avoir à sa disposition des hommes de main prêts à faire de sales besognes. Ceci est loin de notre conception de la démocratie bien que naissante au Congo-Brazzaville.

Après le deal manqué avec le PCT (Parti congolais du travail), le non-respect de la parole donnée, ce pouvoir se retrouva tout de suite en difficulté. La perte de la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale poussa le pouvoir en place à la dissolution de cette Assemblée. Cette dissolution annonça l’arrivée d’un long fleuve qui ne fut pas du tout tranquille. Cela créa une instabilité politique du fait des alliances contrenatures qui ne permirent pas au Président élu d’appliquer son programme, du moins.

Des guérillas urbaines se déroulèrent de 1993 à 1994 à Bacongo, Makélékélé et Mfilou. Un nettoyage ethnique fut mis en œuvre dans les quartiers contrôlés par les milices notamment Zoulous et Cocoyes.

La guerre du 05 juin 1997 fut le point d’achèvement d’une carrière politique marquée par de nombreux soubresauts notamment des condamnations à mort commuée en peine de prison à vie par ses anciens alliés marxistes-léninistes. L’homme fût marqué physiquement et psychologiquement.

Que retenir de l’apport de l’homme dans une culture politique congolaise marquée dès ses origines par la violence ? L’histoire semble nous dire que rien n’a changé depuis la nuit des temps. Comme partout, la rhétorique a surtout plus servi l’homme que le peuple. Les mêmes maux entraînant les mêmes conséquences.

Président démocratiquement élu pendant 5 ans, il aurait pu faire rechercher la dépouille du Président Alphonse Massamba-Débat, dont il fut le Premier ministre, puis honorer la mémoire de celui-ci avec des obsèques dignes d’un ancien Président de la république, pour la concorde nationale. Mais il ne le fit pas, ainsi va la démocratie congolaise.

Il est temps que nous refermons le cycle politique ensanglanté que continue à perpétrer monsieur Sassou Nguesso, l’un parmi tant d’autres à l’origine d’une conception archaïque du pouvoir basée sur la gloire, la mégalomanie, le culte de la personnalité ou le mythe d’un personnage.

Le débat d’idées doit reprendre sa noble place dans l’arène politique. Ceci afin de permettre le rassemblement des Congolaises et des Congolais autour des idéaux communs concourant au bien-être de la population.

Il est bien dommage qu’après plus de 60 ans d’indépendance que monsieur Pascal Lissouba soit pour certains la seule figure congolaise incarnant l’excellence scientifique. C’est un constat d’échec si nous restons sur cette vision qui n’est pas la nôtre. Le Congo-Brazzaville a eu et a des talents qu’il faudrait dorénavant mettre au-devant de la scène pour le rayonnement culturel, social, économique et politique de notre pays.

Un pays se doit de se tourner vers l’avenir tout en tirant les leçons de son passé qui en ce qui nous concerne ont empêché et empêchent encore l’éclosion de nouveaux talents et le développement de notre pays.

C’est Emil Michel Cioran qui écrivait : «Une civilisation débute par le mythe et finit par le doute.»

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Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

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