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POURQUOI LA DETTE CONGOLAISE NE FAIT PAS PARTIE DU DÉBAT POLITIQUE AU CONGO ?

POURQUOI LA DETTE CONGOLAISE NE FAIT PAS PARTIE DU DÉBAT POLITIQUE AU CONGO ?

 

Par 

VERLIN RICHARD

 

Verlin Richard

L’heure de la campagne présidentielle 2021 approche, et dans toute démocratie qui se respecte, les responsabilités sur l’échec de la dette congolaise devraient en toute logique être mises en avant.Quand on analyse la dette congolaise deux questions méritent d’être posées : quand et pourquoi le Congo a-t- il perdu pied ? Existe-t-il dans cet échec un responsable ou plusieurs responsables à la fois ?

Remontons le temps. Le Congo du Président sortant était peu endetté, en 2010.  Le taux d’endettement avait été ramené à 20% du PIB, lorsque le Congo avait obtenu un allégement de la dette au titre de l’initiative PPTE. Mais, trois ans plus tard, cette dette avait progressé de 12 points sur la période 2010-2013, atteignant 32% du PIB en 2013, soit une augmentation de 4% par an. Et, pourtant entre 2010 et 2014, le Congo affichait des taux de croissance positif avec des excédents budgétaires insolents.

De 2010 à 2014, le Congo enregistre des excédents budgétaires suivants (sources les lois de règlement 2010,2011,2012,2013, et la loi de finances pour 2014) :

2010 (985 313 748 018 FCFA) ; 2011 (1 196 987 534 854 FCFA) ; 2012 (471 923 945 336 FCA) ; 2013 (628 393 118 534 FCFA) ; 2014 (1 001 923 374 941 FCFA).

Autrement dit en 4 ans le Congo a cumulé une cagnotte de 4 284 541 721 683 FCFA. Une cagnotte de + de 4 mille milliards de FCFA.

En effet, sur les excédents budgétaires de 2010 et 2011, soit un total de + 2182 milliards de FCFA, réparti de la sorte : + 1082 milliards de FCFA déposés à la BEAC, et + 1 100 milliards de FCFA au Trésor public. Il est intéressant de noter qu’en 2010 l’Etat congolais avait déposé +841 milliards de FCFA à La BEAC, et + 143 milliards de FCFA au Trésor public. Mais, en 2011, on note un changement majeur dans le choix du Gouvernement, et donc du Ministre des finances de l’époque. Sur l’excédent budgétaire de 2011, on note + 241 milliards de FCFA déposés à la BEAC, et le jackpot au Trésor public qui reçoit +956 milliards de FCFA.

Cette grosse cagnotte déposée au Trésor Public a donc servi à financer quoi ?

Certains diront que c’est pour les besoins de trésorerie. Mais, en 2011, la charge de la dette, c’est-à dire, le remboursement des intérêts de la dette était de + 155 milliards de FCFA, et si l’on considère que les dépenses de fonctionnement ont été totalement couvertes par les recettes budgétaires, alors où sont passés les 1 100 milliards de FCFA déposés au Trésor public de 2010 à 2011 ? La réponse à cette question est à chercher sur les dépenses d’investissement.

En effet, entre 2010 et 2011, l’Etat congolais a investi sur fonds propres, c’est-à-dire sur son budget + 1329 milliards de FCFA, et sur emprunts extérieurs + 258 milliards de FCFA. Il n’est donc pas faux de penser que l’argent déposé au Trésor public a servi justement de financer les investissements dans le cadre du projet Chemin d’avenir. Et, si la dette extérieure a augmenté si vite, c’est à cause des emprunts chinois  ayant servi à financer, entre 2010 et 2014, différents contrats de crédit d’infrastructures socio-économiques de base suivants : la réhabilitation de l’unité d’eau de Djiri ; la construction des réservoirs et la pose du réseau de distribution d’eau potable ; l’aménagement et le bitumage du tronçon Dolisie-Brazzaville, long de 415 kilomètres, de la route Pointe-Noire Brazzaville ; la construction du barrage hydro-électrique de Liouesso ; la construction de centre commercial à Brazzaville ; la construction des logements sociaux de Mplila à Brazzaville ; la construction de la zone commerciale de Mpila à Brazzaville ; la construction du mémorial de Mpila à Brazzaville.

Ce sont donc pour financer ces projets que l’Etat congolais s’était endetté auprès de la Chine à hauteur de 5000 milliards de FCFA entre 2010 -2014. C’est cette dette qui avait fait l’objet de restructuration en 2019 dans le cadre de l’accord du FMI.

En réalité le « grand bond » en avant de la dette publique du Congo s’est fait à partir de 2012. En effet, dès 2012, on note un nouveau changement dans la gestion des excédents budgétaires, l’Etat Congolais ne déposait plus ses excédents à La BEAC. Les + 471 milliards FCFA d’excédent budgétaire de 2012 sont déposés au Trésor public. Et, il ressort des comptes financiers de l’Etat que les dépôts bancaires de l’Etat congolais en Chine auraient progressé en 2013. C’est ainsi, que l’excédent budgétaire 2013, + 629 milliards de FCFA (soit 9,4% du PIB) est ajouté au dépôt en Chine qui avec le dépôt effectué en 2012 constituaient les fameux « 1000 milliards de FCFA » du fonds des générations futures.

Le choix de l’Etat congolais de ne plus déposer ses excédents à la BEAC peuvent s’expliquer par le niveau peu élevé des rémunérations des dépôts à la BEAC, et qu’en effet l’EXIM Bank offrait des rémunérations avec un niveau plus élevé de rémunération.

Qu’une entreprise cherche ainsi à optimiser sa trésorerie par des placements à court terme ou à moyen et long terme rentable, cela est un risque qu’un bon trésorier peut gérer et maîtriser. Mais qu’un Etat, choisisse de placer ses excédents dans une banque commerciale à l’étranger, en lieu et place de sa banque centrale, bien qu’il soit vrai qu’un docteur en économie ne soit pas et ne sera jamais un financier, mais quand même, un tel choix n’a été rendu possible que dans un Etat qui n’assume aucune fonction responsive.

C’est donc la période 2012 à 2017 qui constitue le point d’orgue de ce que sera l’endettement du pays dans l’avenir. Un choc indescriptible pour les congolais. En 7 ans, le taux de la dette a quintuplé pour atteindre 110 % du PIB (selon le FMI), passant de 20% du PIB en 2010 à 110 % du PIB en 2017, soit une progression de 5,5 points par an. La dette a franchi, dans cette courte période, un cap qui rend la situation du Congo insoutenable, dangereuse et l’avenir incertain. Nous en sommes là.

Cette brève histoire du Congo, au travers du prisme de sa dette, permet de tirer deux enseignements. Le premier enseignement concerne les accusations sur un coupable ou des coupables désignés. Dans les moments où le prix de baril de pétrole s’est mis à chuter, il a manqué au Congo, un ministre des finances ferme, y compris et surtout à l’égard du président de la République. Le second enseignement est le non-respect des engagements de la zone CEMAC. C’est sans aucun doute le point crucial de la situation actuelle du Congo. Depuis 2017, le Gouvernement congolais ne parvient pas à relancer l’économie de façon générale, et le secteur privé en particulier. La crise sanitaire n’y aide pas, c’est vrai, mais que ce serait-il passé en absence de la crise sanitaire, qui ne s’est pas réalisé en périodes d’excédents budgétaires ?

L’élection présidentielle 2021 offre donc un rendez-vous de débattre sur la question de la dette du Congo, il y a bien un responsable ou plusieurs responsables à la fois. Ils ne sont pas, sans doute, coupables. Est grand tout responsable politique qui sait reconnaître sa responsabilité dans un échec.

S’il est vrai que dans nos sociétés moderne, l’échec est habituellement considéré comme l’antithèse du succès. Cette approche de l’échec a tendance à empêcher beaucoup de personnes de se lancer et c’est bien dommage, car tout cela est totalement faux. L’échec n’est pas à éviter mais plutôt à embrasser ! En effet, l’échec est un élément indispensable à la réussite. On pourrait même dire que les échecs sont un tremplin vers le succès. Les grands dirigeants des startups à succès de la Silicon Valley (Google, Apple, Facebook, …) ne pourront qu’acquiescer et confirmer que l’échec est une part essentielle de leur succès actuel.

Aux dirigeants congolais, vous devez donc impérativement dépasser votre peur de l’échec et passer à l’action car tous les grands de ce monde ont suivi ce cheminement qui conduit au succès à conditions de faire preuve de résilience et d’une volonté sans failles.

Faites donc preuve de volonté sans failles, et organiser des élections libres et transparentes. L’alternance permettra peut-être de corriger votre échec.

@ 28/12/2020 Par Verlin Richard, citoyen congolais !

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