Economie, FINANCE, Politique, Société, Tribune libre

« Que Faire, après la décision du FMI ? »

« Que Faire, après la décision du FMI ? »

Par    VERLIN RICHARD

 

Verlin RICHARD

SITUATION DE LA DETTE PUBLIQUE DU CONGO AU 31/12/2020

(Source ministère des finances).

 

1ère partie : Savoir lire et interpréter la dette publique du Congo

 

Le ministère des finances du Congo a rendu public la situation de la dette publique au 31/12/2020.

L’intérêt des chiffres dans une analyse économique ou financière c’est de « savoir les lire et les interpréter ».

Le premier chiffre à retenir est l’encours total de la dette publique du Congo. Celui-ci est de 6016 milliards 500 millions de FCFA. La dette publique du Congo a baissé de 1,9 % en 2020 par rapport à 2019.

Il faut noter qu’en 2019, le gouvernement congolais a consacré un terrible effort pour réduire les arriérés de la dette qui sont passés de 1923 milliards 989 millions de FCFA à 210 milliards 64 millions de FCFA au 31/12/2019. L’Etat a payé 1713 milliards 925 millions de FCFA juste pour solder le stock des arriérés de la dette.

Il faut rappeler que les dépenses de l’Etat votées en 2019 étaient de 1604 milliards 279 millions de FCFA (loi de règlement 2019). Autrement dit le Congo dépense plus pour rembourser sa dette publique et moins pour financer son économie.

L’Etat congolais pensait en avoir fini avec les arriérés de la dette, mais en absence de croissance en 2020, l’année 2020 s’est soldée avec un stock d’arriérés de la dette de 2133 milliards 66 millions de FCFA qui est donc venu augmenter le stock de la dette publique pour atteindre au 31/12/2020 la somme de 6016 milliards 500 millions de FCFA.

L’année 2021 s’annonce donc très éprouvante pour le Congo d’autant plus que le FMI n’entend pas intervenir. Le pays doit faire face à un double choc macroéconomique et budgétaire. Si le montant de cette dette donne le tournis, sa composition et la répartition des créanciers qui détiennent la dette congolaise permet de comprendre la délicate situation du Congo. Cela soulève des interrogations sur les choix de politique budgétaire dans la recherche des sources de financement extérieures. Tout montre que ces choix sont à l’origine de l’endettement excessif du pays.

La situation de la dette publique du Congo montre que le Congo avait fait le choix de s’endetter auprès des créanciers commerciaux (46% de la dette extérieure), des créanciers bilatéraux (42% de la dette extérieure), des créanciers multilatéraux (12% de la dette extérieure). Ce choix peut s’expliquer par le fait de vouloir échapper aux exigences liées aux emprunts multilatéraux (FMI, Banque mondiale).

 

C’est donc de la responsabilité des autorités congolaises d’assumer ce qui apparait aujourd’hui comme un mauvais choix. La récession économique qui touche le Congo depuis 2014, n’a pas pour cause la baisse du prix de pétrole. La chute du prix de pétrole n’a fait qu’aggraver la cause principale ayant provoqué la récession économique : la dette publique dont le remboursement grève les faibles recettes.

2ème partie : La composition de la dette congolaise et qui détient cette dette ?

La dette publique comporte trois volets : la dette extérieure, la dette commerciale, et la dette intérieure. Vous trouverez ci-dessous la composition de la dette extérieure du Congo et les créanciers qui détiennent cette dette. Une présentation suivie des recommandations qui me paraissent de bon sens pour chaque volet :

  • Dette extérieure :

Le total de la dette extérieure est de 3767 milliards 420 millions de FCFA, soit 63% de la dette publique totale. Cette dette extérieure est composée de :

  1. – Dette multilatérale : 456 milliards 172 millions de FCFA, soit 12% de la dette extérieure.
  2. b) – Dette bilatérale : 1582milliards 608 millions FCFA. Soit 42 % de la dette extérieure.

RECOMMANDATION 1 :

Le Congo doit impérativement réduire l’endettement bilatéral et s’endetter en priorité auprès des institutions multilatérales.

2-Dette commerciale :

 

Le total de cette dette commerciale est de 1728 milliards 640 millions de FCFA, soit 46% de la dette extérieure. Elle est détenue par :

  1. a) – Club de Londres : 144 milliards 391 millions de FCFA.
  2. b) – AFREXM Bank : 73 milliards 13 millions de FCFA.
  3. e) – Traders pétroliers : 1000 milliards 45 millions 875 mille de FCFA.
  4. f) – Entreprises privées chinoises : 237 milliards 117 millions de FCFA.
  5. g) – Divers créanciers = 228 milliards 243 millions de FCFA.

RECOMMANDATION 2 :

Le Congo doit arrêter définitivement de s’endetter auprès des Traders pétroliers et limiter la présence des entreprises chinoises au Congo en favorisant les entreprises privées congolaises, les seules capables de créer des emplois durables à condition que l’observation des obligations de gestion d’entreprises soit effective.

 

3- Dette intérieure :  2249 milliards 80 millions de FCFA, soit 37% de la dette publique totale.

RECOMMANDATION 3 :

La dette intérieure est une priorité des priorités pour relancer l’économie locale.  S’il y a une dette à rembourser en priorité c’est la dette intérieure.

3ème partie :  MAINTENANT COMMENT FAIRE ?

Le problème du Congo est donc identifié : une dette insoutenable. Cette dette est un ACTE politique qui résulte des choix dans les sources de financement extérieures. Aujourd’hui, tout montre que ce choix était MAUVAIS.

Les 3 recommandations ci-dessous relèvent donc du bon sens et invitent le Congo à opter sur des sources de financement dont les risques de surendettement peuvent être gérés et maîtrisés. Il s’agit, par exemple, (i) de préférer les emprunts des institutions multilatérales à la place des emprunts commerciaux et bilatéraux ; (ii) d’interdire les emprunts aux traders pétroliers ; (iii) de favoriser les entreprises locales sur les marchés publics ; d’interdire les emprunts dans les banques étrangères (le Congo a des banques).

Mais toutes ces recommandations ne vont pas effacer cette énorme dette publique.  Et, par ailleurs, le FMI n’entend pas aider le Congo ni dans le cadre de l’aide d’urgence Covid, ni pour la facilité élargie de crédit.

Toutefois, le FMI reste ouvert pour aider le Congo à condition que les réformes structurelles soient mises en œuvre. Il ne s’agit pas de voter les lois, mais de les appliquer de façon efficace et efficiente. Les 48 mesures du FMI restent d’actualité. Et, il convient de les mettre en œuvre.

Outre ces exigences du FMI, une feuille de route doit être donnée au futur Gouvernement. Cette feuille route doit avoir pour premier objectif, celui de dégager des marges budgétaires immédiatement.

NOTRE PROPOSITION DE FEUILLE DE ROUTE :

  • Former un gouvernement de technocrates (15 ou 16 membres en respectant la parité hommes /femmes).
  • Assigner à ce Gouvernement les missions suivantes :
  1. – Gérer et Animer la bonne gouvernance : il va s’agir d’instaurer un Etat de droit dans le respect de la constitution.
  2. – Réformer l’Etat sur le plan économique : cela passe par l’audit de toutes les entreprises du portefeuille public, afin de tirer les conclusions qui s’imposent, notamment sur l’inefficacité et l’inefficience de ces entreprises publiques. Est-ce un problème de compétences ? Est-ce un déficit d’Etat de droit ne pouvant sanctionner des fautes de gestion ? Ou alors, s’il faudrait se débarrasser de certaines entreprises pour les confier au secteur privé (avec une préférence aux privés congolais).

 

  1. – Mettre immédiatement en œuvre toutes les réformes votées, toutes les institutions ou organismes déjà créés.
  2. – Orienter les économies réalisées sur la réduction du gouvernement vers les dépenses prioritaires ayant un impact positif sur la croissance. Il va s’agir d’augmenter des dépenses d’investissements productifs pour la diversification de l’économie ; de réduire les dépenses militaires (réformer l’armée vers une armée professionnelle avec un militaire = un métier) ; réduire de 50% le budget affecté à la Présidence de la République.
  3. – préparer les élections législatives à venir en réduisant le nombre de député de 151 députés à 60 députés, soit 5 députés par département, et de 72 sénateurs à 36 sénateurs, soit 3 par département.
  4. – Stimuler la croissance, la seule façon permettant de stabiliser et de réduire la dette.

 

Conclusion : 

Le Congo a véritablement besoin d’un PLAN de Relance économique, et la seule source pour dégager les marges budgétaires passe par la mise en place d’un gouvernement réduit des technocrates chargés d’appliquer et de respecter les orientations de la FEUILLE de route indispensable pour sortir le pays de ce marasme qui dure depuis 2014.

Cette feuille de route suffira à convaincre le FMI et les institutions multilatérales pour accompagner le Congo à relever les défis qui s’imposent.

28/04/2021 Par Verlin Richard.

VERLIN RICHARD

Laisser un commentaire