Editorial, Justice, Politique, Société

Que les armées d’Afrique centrale prennent de la graine.

Que les armées d’Afrique centrale prennent de la graine.

Par   Jean-Claude BERI

Ce qui vient de se produire au Mali est certes une situation qu’on ne souhaiterait plus revoir dans les pays africains. Mais que faire devant  un peuple qui désabusé en pleine détresse sociale pris dans l’engrenage d’un système qui le dépouille et le rend vulnérable en tant que nation?  La faillite de nos institutions et l’épuisement de notre système représentatif sont plus que des signes annonciateurs d’un désir de renouvellement démocratique. Les symptômes d’une révolution discrète sont  présents partout . Lorsque les gouvernements africains continueront à nier l’ampleur du désarroi social qu’ils causent au sein de leur population, les coups d’état seront considérés comme une solution de libération positive. Et si les armées africaines, réellement au service du peuple, sensibles aux souffrances des siens, s’engagent à prendre en considération ce silence assourdissant et étouffante de la brimade, les coups d’état seront bénis par les peuple rendus esclaves dans leurs propres états par des gouvernements corrompus et affairistes.

Après la conférence de la Baule l’Afrique francophone aspirait vers une autre forme de démocratie, cela a libéré également toutes formes d’avidités de pouvoir et de richesse par le biais de la politique. Autant le désir de liberté et de paix était tenace au point de déclencher cette vague des conférences nationales dans les années 1990 ayant entraîner un balbutiement de démocratie, force est de constater que le retour de contestations d’un genre nouveau, signe d’un malaise vis à vis d’un système démocratique en panne, d’une société qui ne se sent tout simplement plus représentée inquiète et est a prendre en considération.

Face à cette dérive des professionnels de la politique et aux technocrates africains qui s’empressent à condamner le réveil des peuples par la force, la légitimité des pouvoirs dictatoriaux  s’affaiblissent ou se renforceront .

Installé dans une situation confortable,  les présidents africains, en particulier ceux de l’Afrique francophone, bien qu ‘étant élus, n’entendent pas abdiquer aussi facilement même pris la main dans le sac.

Il faut le dire haut et fort dire que les institutions internationales qui s’érigent en donneur de leçon en encourageant les dictatures en s’empressant de reconnaître leurs forfaits et en protégeant leurs magouilles et autres corruptions et  surtout qui condamnent les peuples qui réclament la justice, la liberté et le bien-être dans le leurs pays ne méritent aucunement notre considération.

Plusieurs pays peuple  noire francophone sont en perpétuelle attente d’assistance d’une considération de leur situation d’opprimée et qui ne demandent qu’à être délivrée de cette colère qui dort dans les esprits de chaque africain déshumanisé, que font l’ONU et l’OUA ? . Ce n’est pas faute de n’avoir pas prôner le dialogue, envoyer des signaux forts,  disant clairement qu en  l’Afrique noire francophone en particulier, au Cameroun, Tchad, Congo-Brazzaville, Gabon…  qu’il y a urgence et plus particulièrement d’un besoin de redynamiser la démocratie.  Que ces dictatures avec leur système démocratique moribond soient à « bannir», qu’attendez-vous d’autres de ces peuples opprimés ? Sinon la révolte .

Lorsque vous avez un tyran qui déclare, « on n’organise pas des élections pour les perdre ». Cet état d’esprit a conduit à la confiscation du pouvoir par tous les moyens, y compris la manipulation des populations, l’instrumentalisation de l’ethnicité et du nationalisme, les violations des droits humains et la militarisation de la jeunesse fortement désespérée par le chômage et l’absence de perspective d’avenir. Quel recours a le peule devant un tel affront ?

L’armée, c’est aussi le peuple

C’est ce qui me pousse à soutenir le récent coup d’Etat malien. Car ce n’est que l’expression d’une quête de liberté et de justice légitime. Qui condamne les dirigeants épinglés par la mauvaise gouvernance, qui sanctionne ces dirigeants qui établissent des systèmes parallèles de gestions des biens publics pour assouvir leurs besoins personnels, qui condamne ces mêmes dirigeants qui alimentent la corruption internationale, qui pratiquent la torture et autres brimades répréhensibles sur les peuples…

Cela ramène forcément aux causes profondes du problème des africains noirs francophones : la pauvreté, la gouvernance. Tant que les ressources des pays respectifs ne sont pas gérées et administrées convenablement, tant que La gouvernance politique et économique sera le véritable obstacle à la paix et à la stabilité, les peuples se rebelleront et réclameront une justice équitable pour que  les ressources soient équitablement partagées. Dans ce cas,  l’armée a-t-il eu raison d’intervenir ? Ma réponse est OUI, car j’estime que la démocratie doit aussi évoluer et accepter les situations qui puissent exceptionnellement retirer la confiance à un voyou mis  la tête d’un état.  Pourquoi le peuple qui lui a accordé sa confiance ne plus  la lui retirer ?

Toutefois, recourir aux coups d’état demeurent un aveu d’échec annonciateur d’une démocratisation ratée. Il est aussi à craindre que malheureusement, très souvent, l’immense satisfaction des peuples qui saluent ces coups d’Etat dans l’espoir de voir se rétablir la normalité démocratique et constitutionnelle soit  de courte durée. La manipulation extérieure surgit très vite et l’on découvre rapidement que derrière ces belles intentions se cachent souvent des désirs de pouvoir, richesse,  d’honneurs et surtout d’hégémonie de pouvoir piloté depuis l’extérieur , jusqu’a ce que le nouvel homme fort devienne un déchet encombrant.

Peuple africains prenons chacun de son côté notre part de responsabilité avec lucidité . Le pouvoir doit être rendu aux civils

 

Jean-Claude BERI

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