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Quel gâchis !

Quel gâchis !

 

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA  

« Mes chers compatriotes, Je suis en difficulté. Je me bats contre la mort. Mais cependant, je vous demande de vous lever. Allez-y voter, pour le changement. Je ne me serai pas battu pour rien. Battez-vous ! Je ne me serai pas battu pour rien. Levez-vous ! Comme un seul homme. Faites-moi plaisir. Je me bats sur mon lit de mort. Vous aussi, battez-vous ! Pour votre changement. Allez-y ! Il y va de l’avenir de vos enfants. Battez-vous ! Merci. »

Les dernières paroles de feu le Président Guy-Brice Parfait Kolélas sont celles d’un homme seul, d’une âme en peine, alors que tout le monde connaissait son aura, son poids politique et son impact dans la politique congolaise. Il était l’espoir d’une génération capable d’incarner le changement démocratique dans notre pays. Mais, que s’est-il passé pour qu’il s’effondre aussi près de la ligne d’arrivée ?

Nous avons l’habitude de dire que c’est au lendemain des défaites que se construisent les victoires. Qualifié pour le deuxième tour de l’élection présidentielle en mars 2016, le Président Guy-Brice Parfait kolélas s’était emmuré dans un silence de moines. Nombreux congolais furent déconcertés, décontenancés par cette absence de prise de parole devant une opposition bâillonnée, malmenée et emprisonnée pour certains. Monsieur Denis Sassou Nguesso venait par la manière forte, comme à l’accoutumée, de réussir un hold-up électoral au nez et à la barbe de la communauté nationale et internationale.

L’opposition congolaise était orpheline d’un leader charismatique avec un langage clair prônant l’alternance démocratique dans notre pays au bout d’au plus deux mandats de cinq ans comme étant la ligne rouge à ne pas franchir. Le Président Guy-Brice Parfait Kolélas pouvait être de ceux-là. Ses dernières paroles avant de quitter la terre des hommes arrivèrent cinq ans trop tard, car aucune personne aussi puissante soit-elle ne peut mener seule un travail aussi titanesque de refondation de notre pays délabré.

Les bras ne manquaient pas au Congo-Brazzaville pour le soutenir. Mais sa ligne politique devenait illisible en rejoignant l’opposition officielle derrière un homme dépourvu de tout crédit politique, Pascal Tsaty Mabiala, l’ancien directeur de l’école du parti (PCT), le dernier Ministre de la Défense de Pascal Lissouba qui perdit la guerre civile qui fît au moins 400 000 morts au Congo-Brazzaville. Monsieur Pascal Tsaty Mabiala traumatisé par cette expérience malheureuse veut profiter de la vie, de sa vie. Le sort des Congolais qu’il prétend représenter avec son parti l’UPADS (Union panafricaine pour la démocratie sociale) à la remorque de son ancien parti le PCT (Parti congolais du travail) n’est qu’une mascarade pour bien se positionner à la « mangeoire ». À la première difficulté, il abandonne ses militants en rase campagne pour se réfugier derrière un ni-ni dont lui seul connaît la teneur.

Pris dans le piège de cette opposition soi-disant républicaine, le Président Guy-Brice Parfait Kolélas était en souffrance comme le laissent supposer ses dernières paroles. Il était esseulé dans ce marécage infesté de crocodiles alors qu’il n’avait qu’à lever son petit doigt pour avoir autour de lui une armée de concitoyens soucieux d’un devenir radieux du Congo-Brazzaville. Il pouvait fédérer autour de son parti l’Union des démocrates humanistes-Yuki (UDH-Yuki) bon nombre de Congolais venant de tout horizon.

Avait-il un exercice solitaire du pouvoir ? Je ne saurai vous répondre ne connaissant pas l’homme. Il fut entouré à un moment donné de jeunes talents de la politique congolaise. Mais peu à peu, ces derniers prirent le large en s’éloignant du Président Guy-Brice Parfait kolélas. Quel gâchis !

Ses dernières paroles empreintes de patriotisme résonnent encore dans nos oreilles. Était-il Saint Jean ou Jésus-Christ ? Seul l’avenir nous le dira.

Un acteur majeur de la politique congolaise vient de nous quitter et nous sommes bien tristes. En ces temps de deuil et de recueillement, nous ne faisons pas le procès de l’homme. Mais nous relatons une occasion manquée entre un homme et son peuple. L’on ne peut pas réécrire l’histoire, mais il faisait partie de ceux qui pouvaient changer le cours de notre histoire commune.

Nous aurons aimé qu’il prononça ces paroles en d’autres termes, en prenant le leadership de l’opposition congolaise. Mais ça c’est réécrire l’histoire.

Que l’âme du Président Guy-Brice Parfait kolélas repose en paix et sa mémoire respectée.

Adieu Président, mais quel sacré coup vous nous avez joué !

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Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

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