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Quel intérêt de célébrer le manifeste de Brazzaville, 80 ans après …. Le Congo, l’éternel perdant. 

Quel intérêt de célébrer le manifeste de Brazzaville, 80 ans après …. Le Congo, l’éternel perdant. 

Par 

Jean-Claude BERI

Derrière les belles paroles se cachent une réelle volonté d’assouvir, de domination et enfin de préservation du pré-carré économiquement  riche et prospère. Surtout n ‘y voyez pas une démarche de décrispation de la situation politique congolaise.   

Le Congo est parmi les trois premiers pays d’Afrique centrale à avoir un taux de chômage élevé, une croissance faible et une dette abyssale. Nous serions le seul à avoir conservé un Code du travail lourd, rigide et complètement fantaisiste ou tribal, un modèle social affreusement coûteux et tourné vers le bling-bling tribal, et incapable de mener les réformes basiques permettant de nous adapter à la fois à la mondialisation, à la révolution technologique et surtout à l’embourgeoisement d’un clan. Cette vision est radicalement décriée depuis plusieurs années, sans succès. Incapables de gérer correctement les dysfonctionnements de la société congolaise, les gouvernements préfèrent s’accrocher à l’avilissement de l’ethnie MBOCHIS pour demeurer au pouvoir. 
C’est pour cela doit-on célébrer aujourd’hui le 80 anniversaire du manifeste de Brazzaville en rendant hommage à une France qui nous a divisé, qui nous a poussé s’entre-tuer, qui nous vole sans cesse…. 

A quel moment l’avez-vu déjà entendu dans les multiples discours des présidents français salué le bine fondé de ce manifeste ? . Cet événement est occulté,  (comme l’a reconnue le DRIAN) relégué au second plan. Par coïncidence électorale,  SASSOU le remet en selle pour solliciter le soutien  de ses parrains et protecteurs.

Dieu merci, heureusement que tous les MBOCHIS ne suivent pas aveuglement SASSOU. Malgré les annonces mielleuses, ce sont en réalité les mêmes politiques qui sont aujourd’hui poursuivies. Il nous faut rompre avec elles. Un autre projet est possible. Il est urgent de le mettre en œuvre. Proposons un diagnostic puissant et dessinons une autre voie avec une opposition unie et décomplexée.
Il n’est plus à démontrer que la violence ne résolve pas forcément le problème. Elle est source de tension et génère des sacrifices humains, cause des dégâts infra structurels nécessitant des ressources supplémentaires pour rebâtir ce qui a été détruit ou rendu inopérant par l’action d’une quelconque révolte. Vous me répondrez qu’on ne fait pas une omelette sans casser les œufs.

Quel intérêt pour le Congo de célébrer le manifeste de Brazzaville 80 ans après ….

La conscience nationale congolaise plongée dans une bouillie cérébrale par le pouvoir en place, au lieu d’être la cristallisation coordonnée des aspirations les plus intimes de l’ensemble du peuple, au lieu d’être le produit immédiat,  le plus palpable de la mobilisation populaire, ne sera en tout état de cause qu’une forme sans contenu, fragile, grossière. En réalité, malgré les indépendances, le « problème africain » reste entier depuis plus d’un demi-siècle : la décolonisation est – et demeure – inachevée ; et pour cause :  elle s’est manifestée, depuis les indépendances, par ce qu’il est convenu d’appeler le « néo-colonialisme », l’une des menaces les plus graves sur les indépendances africaines. Au Congo, on parlera plus de l’auto-colonisation par des dirigeants infidèles et immoraux face au noble combat des pères de la nation face aux colonisateurs.

Lorsque l’on entend de telles déclarations, peut-on vraiment penser un seul instant que l’on peut discuter  d’égal à égal.  « Dans un monde marqué par la brutalité, par les tentatives de prédation, par la rivalité des puissances, il nous faut faire bloc ensemble ». (Le ministre français des Affaires étrangères devant les chefs d’État du Congo, de la République démocratique du Congo, de la Centrafrique et du Tchad.)  Le discours n’a pas vraiment changé depuis De Gaulle. On est que des proies qui suscitent l’envie de s’en approprier. « Faire bloc ensemble » pour se laisser dévorer par l’un des prédateurs. Y aurait-il une différence entre la morsure du lion français, du lion chinois et encore récemment du lion Turc ? 

Le Congo ne s’en sortira que complètement dépouiller de ses plus importantes ressources sols et sous-sols. Et il ajoute « C’est ça aussi l’esprit du manifeste de Brazzaville ».  Autrement dit rester sous la coupole de la France comme en 1944 avec de Gaulle pour garantir la puissance économique de la France. L’intérêt de la France est connu, elle se précipite dans cette zone où elle est fortement menacée par la chine, la Russie et maintenant la Turquie au Congo. Ce n’est nullement pour une quelconque célébration d’un acte colonial qui serait curieusement bénéfique, mais pour garantir et maintenir sous son joug le pré carré qui tente de lui échapper. L’intérêt du Congo est nul dans cette histoire, a par le fait que la nation se ridiculise de voir un des leurs sabrer le champagne pour son colonisateur.

60 après les indépendances le Congo a-t-il tiré profit de sa relation avec la France ?

Économiquement, le Congo reste marginalisé, et les intérêts à court et moyen terme poussent les opérateurs français vers les marchés des pays industriels ou des pays émergents. Mais du fait de ses ressources naturelles et pétrolières, il demeure un terrain d’enjeu stratégique. Les investisseurs français ont toujours été très frileux pour investir dans un pays longtemps considéré comme bastion du socialisme malgré des taux élevés de rentabilité, car les risques sont considérés comme très élevés et que de nombreux le Congo jouit d’une mauvaise réputation. En gros le Congo est une proie dont se sert la France en cas de difficulté et non un partenaire.
Les failles que l’on y découvre expliquent amplement la facilité avec laquelle, le Congo de sassou, passe de la nation à l’ethnie, de l’état à la tribu. Ce sont ces lézardes implantées dans les cerveaux de quelques étourdis politiques qui se complaisent dans ces retours en arrière, si pénibles et si préjudiciables à l’essor national, à l’unité nationale. Nous ne tarderons pas voir que ces rencontres stupides pour le Congo sont des faiblesses qui entraînent des dangers graves et elles sont le résultat historique et moderne, de l’incapacité de la bourgeoisie nationale entretenues par ces pseudo-coopérations inégalitaires entre la France et le Congo. La célébration du manifeste de Brazzaville( du 27 au 29 octobre 2020) rapporte quoi au Peuple Congolais?  Sinon, un saignement inutile du trésor public et la garantie des futurs troubles au Congo.
Tant que la France n’adoptera pas une nouvelle perspective du développement à long terme permettrait de réconcilier des intérêts contradictoires et de donner plus de cohérence aux politiques d’aide et de coopération. Nous lui rappellerons qu’elle est un Etat colonisateur avec tout le corollaire qui va avec. 

La politique de l’intérêt gagnant-gagnant doit prévaloir dans la relation FRANCE-CONGO dans laquelle chaque interlocuteur obtient une partie de ce qu’il recherche. Un tel résultat est atteint par le fait que chaque partie se préoccupe aussi de l’intérêt de l’autre partie en recherchant un accord qui augmente les gains de chacun. Mais dans le cas spécifique du Congo, la France protège les intérêts d’un clan au pouvoir continuant ainsi sa méthode prédatrice savamment expérimentée durant la colonisation. En retour le clan livre le Congo a la voracité des fauves économiques mondiales

Cette rencontre devrait avant tout se décliner sous l’angle d’une nouvelle tonalité écartée de tout perspectif victimaire, pour interroger la vraie réalité des pratiques de gouvernance instaurées au pays depuis ces dernières années. Cela passe avant tout par la démission de sassou et son gouvernement. Monsieur Jean-Yves Le Drian, vous déplorez que « cette mémoire commune » autour du manifeste de Brazzaville ait été si « longtemps occultée » et appelée  à construire des « mémoires partagées », au-delà des « malentendus», afin de « garantir une relation qui ait du sens ». Ne serait-ce t-il pas temps de construire une relation pour le bien des peuples pour le peuple par les peuples ?

Jean-Claude BERI

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