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« Réflexion sur le passage du Ministre Collinet Makosso à ZianaTV »

« Réflexion sur le passage du Ministre Collinet Makosso à ZianaTV »

Par :  ALFONCINE NYELENGA BOUYA

J’ai suivi hier soir avec un grand intérêt le débat sur les mesures prises par l’Etat pour le système éducatif dans la cadre de la pandémie du Covid-19 et j’en suis sortie à la fois émerveillée et bien meurtrie.

1) Emerveillée parce que, pour sûr, le Ministre Makosso est un fin orateur doublé d’un plaisant diplomate avec une force de conviction presque hypnotique. Ayant certainement lu toutes les critiques faites à son endroit et à l’endroit du gouvernement depuis l’apparition de la pandémie du coronavirus au Congo et les mesures qui s’en sont suivis, il avait soigneusement préparé son passage à ZianaTV, bien décidé à ne pas se faire démonter par les intervenants. On peut donc dire que Monsieur le Ministre attendait au tournant ses éventuels contradicteurs. Et il les a tous « eus » sous son verbe charmeur. Pour cela, chapeau Monsieur le Ministre ! Et ça s’arrête là.

2) Meurtrie parce que le Ministre s’est enfermé dans une sorte de bulle politique, sourd à toutes les critiques mêmes constructives, à toutes propositions positives. Il a joué à fond le jeu politique faisant fi des tristes réalités que vivent élèves, parents d’élèves, enseignants, inspecteurs sur le terrain.

Le Ministre a d’abord présenté « l’école à domicile » comme une initiative nouvelle due au Covid-19, puis il a fait référence à la « Loi Martial de Paul Ikounga » et au « Décret de 2019 fixant les conditions d’organisation de « l’enseignement dans la famille ». Or la réalité est que ces textes de loi ont été édictés dans la totale méconnaissance des réalités congolaises, ces textes n’étant, à la rigueur, applicables que dans les centres urbains (et encore…. !!!). Pire, la loi Martial de Paul Ikounga précise que l’enseignement dans la famille peut être dispensé aux enfants « dans les localités où il n’y a ni école ni enseignant » (sic).

Dans ce cas, s’agit-il toujours de l’enseignement formel ? Ou ne bascule-t-on pas plutôt dans l’enseignement informel ? (et encore !!!) Ce n’est pas parce qu’une loi a été édictée par un prédécesseur, qu’elle a été enfermée et oubliée dans des tiroirs pendant presque vingt ans qu’elle est toujours d’actualité ! Il est à déplorer que le Ministre Makosso ait pu déterrer cette loi sans se donner la peine de se référer aux récentes définitions que l’UNESCO fait des enseignements formel, non formel et informel. La loi Martial de Paul Ikounga est caduque et le MEPSA aurait tout à gagner en revoyant son contenu, quitte à la réactualiser ou à l’amender au regard de l’environnement national et des textes plus récents des institutions internationales en charge de l’éducation (UNESCO, UNICEF, Banque Mondiale, Partenariat Mondial pour l’Education, etc…) C’est sans doute ici le lieu de préciser que la plupart des textes issus de l’ONU et / ou de ses organismes spécialisés sont généralement des Recommandations ou des Déclarations auxquelles les Etats membres doivent ou pas souscrire.

Il revient aux pays adhérents à telle ou telle déclaration de la mettre en œuvre selon un plan d’actions établi en fonction et en adéquation avec les réalités nationales. Et, oh mon Dieu, combien de Déclarations des Nations Unies y compris de l’UNESCO sont restées lettres mortes parce que inapplicables à certains de nos pays africains !

Enfin, il serait injuste de ne pas reconnaître les efforts entrepris par le MEPSA pour que les enfants ne voient pas leur apprentissage stopper brutalement, mais, force est, quand même, de reconnaître que ces efforts ou ces mesures contribuent plutôt à privilégier les enfants de certaines classes sociales et à laisser sur le bord de la route des milliers d’enfants issus des familles vraiment défavorisées et vulnérables dont l’exemple le plus parlant est celui des enfants dits « autochtones ».

La pandémie du Covid-19 aura, en tout cas, révélé que l’enseignement au Congo est à plusieurs vitesses, inéquitable et inégalitaire

ALFONCINE NYELENGA BOUYA

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