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Un brin d’histoire du Congo-Brazzaville des années 1980 : LE RÉGIME POLICIER

Un brin d’histoire du Congo-Brazzaville des années 1980 : LE RÉGIME POLICIER

 

LE RÉGIME POLICIER

Par  HERVE MAHICKA

Hervé MAHICKA

Programme d’ajustement structurel, grève lycéenne, « Muntu fua ku », procès des attentats de 1982, Katali, affaire Anga, déchets toxiques… un mandat agité ou tout va changer.

La session du comité central de juin 1985 constatant la crise, les ratés du plan quinquennal et la corruption votera un plan d’ajustement structurel ayant pour objectif de baisser le train de vie de l’Etat, supprimer certains monopoles et consentir à des efforts sociaux. SASSOU se fit rare à la télé où ses ministres n’annonçaient plus que des mesures d’austérité très impopulaires. Sur le volet efforts sociaux du plan, si la CSC ne broncha pas sur le gel ou la suppression de certains droits des travailleurs, l’UJSC marqua sa désapprobation à l’idée d’obliger désormais un concours pour à tous les bacheliers souhaitant une bourse. Après une intervention du 1er ministre affirmant que « la bourse n’est pas un droit », les élèves des lycées de Brazzaville sortirent manifester le 11 novembre 1985. Le mouvement, bien que très suivit, ne dura que quelques heures fautes du soutien de l’UJSC mis au pas et des étudiants qui ne se sentaient pas concernés. Au final, l’idée du concours pour l’octroi de la bourse fut abandonnée, mais l’âge maximal pour en bénéficier la première fois fut fixée à 23 ans.

La session du CC avait été très critique et situation ne s’améliorant pas, Sassou eu peur que cela ne se répète avec plus de véhémence à la session de décembre, surtout que les évènements lycéens avaient laissé une forte rumeur de tortures policières sur les manifestants arrêtés dont nombreux auraient disparu de la circulation. Les méthodes de la Sécurité d’Etat (DGSE) commençaient à poser problème au vu du silence qui les entouraient et du cadre juridique de plus en plus libre de son fonctionnement. Des réformes planaient et Sassou s’évertua à faire pression sur nombreux membres du comité central via ses services de sécurité pour faire en sorte que la cession n’examine que les solutions économiques probables et non la critique et les changements de gouvernance. Le crédit populaire de Sassou s’entammait. Le beau SASSOU à la coiffe devenue populaire chez les sapeurs, homme de compromis et de la sécurité dans la douceur était en train de se transformer en dictateur craint. Un grognement se mit à monter peu à peu, et c’est Bacongo qui donna le ton, trouvant l’équipe des Diables Noirs comme foyer principale de contestation.

Les injures à caractères ethnique du match contre l’étoile du Congo suivit la grève lycéenne furent d’une rare violence, et déclenchèrent un cri « muntu fua ku » (quelqu’un va mourir ici) qui inquiéta le pouvoir. Gabriel OBA APOUNOU, ministre de la jeunesse et des sports fut démis, et remplacé par Jean Claude GANGA, mais sans grand changement.

En 1986, une cour révolutionnaire fut instituée pour juger des attentats de 1982 que tout le monde avait oublié. Les accusés présents étaient tous congolais en plus d’un français. Par contumace on jugeait un autre français, deux centrafricains et un zaïrois. La plupart des congolais étaient du Pool et tous semblaient ne rien à faire là. Le principal accusateur qui justifiait la présence de tous les autres était Claude Ernest NDALLA mais il affirma sur tout le procès que c’était par la contrainte et la suggestion qu’il avait cité tout ce monde, à savoir Blaise NZALAKANDA, Gaspard KIVOUNIA, Jean Claude NKEMBISSILA, Daniel BIAMPANDOU, Jean Pierre TCHYSTERE, ainsi que les absents. La plupart étaient inconnus du public. NDALLA et TCHYSTERE étaient des anciens numéro 2 du régime. Tandis que le colonel Blaise NZALAKANDA, fils de l’ancien ministre de l’intérieur de YOULOU, ancien commandant de zone militaire de la Cuvette, ancien chef du contingent congolais au Tchad (1981-82) puis attaché militaire à Moscou pour casser sa popularité grandissante était très en vue. On savait également que Bernard KOLELAS et BIKINKITA avaient été relâchés peu avant le procès. Le procès était télévisé mais les noms des hommes politiques en poste furent interdits d’être cités. Pourtant celui de Katali revint très souvent.

En résumé, NDALLA vieux briscard de la politique mais que Sassou craignait de reprendre à cause de ses capacités d’intrigues, formait idéologiquement des opposants centrafricains que lui avait confiés le régime congolais lui-même, en guerre larvée contre KOLINGBA le président centrafricain. Le colonel François-Xavier KATALI, ministre et membre du BP était l’homme de liaison. Ces opposants KEWANE et IDI LALA étaient auteurs d’un attentat à Bangui en juillet 1981 et apparemment les bombes avaient été fournies par le gouvernement congolais. Ils en remirent le reste à NDALLA. Quand explosèrent les bombes du Congo, NDALLA jeta son stock dans les toilettes à ciel ouvert de son domicile croyant que ses protégés y étaient mêlés. Lors de son interrogatoire, il reconnut les faits, mais on lui présenta des explosifs soit disant trouvés chez lui, différents de ceux qu’ils avaient un temps détenu. C’est lui qui impliqua TCHYSTERE (sous la contrainte des enquêteurs dit-il) leur lien n’ayant pas été établi au procès. Autant que le rôle des autres, parce que manipulateurs d’explosifs dans leurs métiers en travaux publics. NDALLA fut condamné à mort (peine jamais exécutée) tandis que TCHYSTERE et NZALAKANDA eurent de la prison avec sursis brisant à jamais leur carrière, ce qui semblait être l’unique but de ce procès au final.

Quelques semaines plus tard, alors que Diables Noirs en tête du championnat et était quasiment certain du titre, on fit courir le bruit que c’est suite à son dernier titre que Marien NGOUABI mourut peu après et que celui-ci étant à sa portée, le régime de SASSOU comptait ses heures. La prédiction fut prise au sérieux en haut lieu où le mysticisme gagnait, et le pouvoir profita d’une banale altercation dans les gradins pour suspendre les « yaka dia mama » à trois jours de la fin du championnat. La grogne fut contenue, mais la recherche d’un leader représentatif se fit encore plus vive dans le Pool.

En 1987, c’est le colonel et ministre KATALI, dernier du CMP avec NGOLO encore au gouvernement et d’un charisme certain, qui décédait, à 46 ans, dans des circonstances que la rue imputa à une élimination. Etait-ce l’épilogue de l’affaire des attentats de 1982 ?

Quelques semaines plus tard, ce fut l’affaire ANGA. Au départ, le 8 juillet 1987, sont arrêtés une dizaine de cadres Kouyou proche de Yhombi. Jean Michel EBAKA (ancien du CMP), le colonel EBOUNDJI et un ancien membre du CC, Lecas ATONDI MOMOMDJO pour les principaux. Ils sont accusés de complot en faveur de YHOMBI qui est en liberté depuis 1984 mais à condition de ne pas quitter Owando, où vit aussi Pierre ANGA, libéré une année avant sous le même régime. Convoqués tout deux par la sécurité d’Etat pour y répondre à Brazzaville, ils refusèrent d’obtempérer. Des médiations furent envoyées. La première, menée par Camille BONGOU fut reçue par le président Yhombi qui réitéra son refus de répondre à la convocation. Quant à Pierre ANGA il refusa carrément de rencontrer le médiateur venu de Brazza. Mais il enregistra une vidéo le 7 août 1987, dans laquelle il donnait sa version des faits de l’affaire NGOUABI, accusant SASSOU. Elle ne sera rendue publique que bien tard. Une seconde médiation pour ANGA fut mise en place après le 15 août, conduite par Charles ASSEMEKONG. L’ancien lieutenant du CMP accepta celui-ci, et lui développa tous les griefs qu’il reprochait au régime de Sassou. Uniquement des problèmes personnels : son exclusion, son incarcération sans procès, sa relégation à Owando, les humiliations etc. Il donna des exigences politiques et refusa de nouveau de répondre à la convocation.

Le 4 septembre 1987, un détachement militaire encercla la maison d’Anga dans le but de le ramener de force. Avec ses parents qui l’entouraient, certains venant de l’extérieur, Anga réussit à les repousser, tuant deux militaires et en blessant plusieurs autres. Le détachement se replia sous l’hostilité des populations qui saccagèrent au passage la résidence du commissaire politique (préfet) et mirent des barricades autour de chez Anga. Dans l’après-midi, les militaires revinrent avec des blindés et dispersèrent les tenants des barricades. Ils lancèrent l’offensive sur la résidence d’Anga qui réussit à s’échapper avec une douzaine de membres de sa famille pour se réfugier dans la forêt proche d’Ikongono. Un couvre-feu fut déclaré dans tout le district d’Owando, des fouilles furent entreprises par l’armée, dans un esprit vengeur de leurs collègues tombés sous les balles du fugitif. Face à une volonté des populations de le couvrir, ils casseront des maisons de villageois ainsi que celle d’ANGA et commettront des exactions. Il y eut entre 10 et 50 morts selon les témoignages.

A Brazzaville aussi des barrières et fouilles seront mis en place et de nouvelles arrestations de proches de Yhombi seront opérées alors que celui-ci, est ramené à Brazzaville dès le 4 septembre. En octobre intensifiant les recherches, le gouvernement français mettra à disposition du Congo un avion de type Transall et des éléments de son contingent militaire du Gabon. La tension se relâcha au fil de semaines.

Ce n’est que le 6 juillet 1988, près d’un an après le début de l’affaire, et après que la rumeur ait annoncé ANGA en Afrique de l’Ouest, au Gabon, en Afrique de l’Est, en France etc…. que le gouvernement annonça sont élimination au cours d’une altercation avec les forces chargé de l’appréhender. L’affaire du Transall venu du Gabon 9 mois avant, avait favorisé la rumeur selon laquelle il fut appréhendé au Gabon et livré à Sassou pour être exécuté. Ça faisait aussi remake de l’affaire Diawara et la thèse accrocha.

Une affaire remplaçant l’autre dans ce mandat plutôt agité par rapport au précédent, peu avant la fin de la traque d’Anga fut révélée en mai 1988 par une association belge, Les zorros verts, une énorme affaire de corruption et de scandale écologique, impliquant le ministre de l’information Christian-Gilbert BEMBET qui en son nom personnel avait signé un contrat avec une société européenne pour l’enfouissement de 2 millions de tonnes de déchets toxiques provenant des USA et de l’Europe dans les gorges de Diosso au Kouilou, pour un paiement de 74 millions de dollars. Des hauts fonctionnaires qui avaient avalisés la transaction ainsi que Maitre Vincent Gomez conseiller à la primature furent arrêtés (ce dernier radié du barreau), et les ministres BEMBET et BOURAMOUE (recherche scientifique) exclus du gouvernement POUNGUI par le remaniement du 30 juillet 1988 qui vit le retour en grâce de Florent Ntsiba.

Cette période avait eu pour conséquence la création d’une nouvelle psychose au PCT. Camille BOUNGOU avait perdu ses attributions de chargé de l’organisation au parti, soupçonné d’avoir joué un rôle si pas dans l’incitation mais dans la diffusion de la vidéo de Pierre ANGA. Chacun craignait désormais d’être associé à un courant interne au parti ou d’entretenir une clientèle. Les réunions en privé entre membres du parti pour parler politique, même en vue de la préparation d’une réunion officielle furent interdites et les ministres cessèrent de se fréquenter également en privé pour ne pas susciter de soupçons de complot. Les sécurocrates prenaient le pas sur le politique et des personnages comme le colonel Norbert DABIRA (chef de la direction politique à l’armée), le colonel Jean Marie Michel MOKOKO (chef d’état-major général), Pierre Oba (ancien responsable de la sécurité présidentielle passé directeur général de la police nationale), ou encore Camille OKO de la DGSE prenaient le dessus en influence sur le bureau politique, diminué de sa puissance par la création d’un secrétariat permanent du PCT. Il ne manquait plus qu’à Sassou lui-même de réaffirmer et de rappeler à tous ceux qui avaient trop dansé que le régime était avant tout militaire, en envisageant de porter les galons de général à l’occasion du 10è anniversaire de son accession au pouvoir.

 

HERVE MAHICKA

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